PI. V
Située sur la côte de Syrie, presque en face de nie d'Aradus (Àrvad, Ruad) dont elle n'était séparée que par un bras de mer large de quatre ou cinq kilomètres, la ville de Marathus florissait déjà à Tépoque de Tindépendance et de la grande prospérité commerciale des Phéniciens, sans qu'on puisse autrement préciser la date de sa fondation. Elle dut son existence aux riches marchands d'Aradus qui, trop à Tétroit dans leur îlot devenu le centre le plus important du commerce de la Phénicie du nord, étaient allés s'installer sur la côte, où ils fondèrent successivement Pal tus, Balanée, Carné, Enydra, Simyra, Marathus appelées les filles d'Arvad\ Marathus, la plus rapprochée de la métropole, n'était en quelque sorte, dit M. Renan, qu'un faubourg d'Aradus, couvert de villas somptueuses; c'est là que les Aradiens avaient coutume d'enterrer leurs morts
Renan. Mission de Phénicie, pp. 22 et 59 à 102.
qui reposaient ainsi du sommeil éternel à côté des luxueuses demeures oîi les vivants venaient euxmêmes se délasser des soucis du négoce.
Le nom de Marathus subsiste encore aujourd'hui sous la forme Mrith ou Amrith, donné à une nécropole et à un ensemble de ruines qui s'étendent sur une lieue carrée*. Le Nahr Âmrith qui traverse ces ruines s'appelait Marathias dans l'antiquité ' : c'est à l'embouchure de ce cours d'eau que se trouvait le petit port de la ville.
Alexandre trouva Marathus très florissante^ psyakntt xoei eiâaifijovay dit Arrien, mais naturellement soumise au roi d'Aradus*; le conquérant macédo- BÎen y séjourna vers le milieu de décembre 333, quelque temps avant d'aller entreprendre le siège de Tyr. Marathus passa plus tard, comme les autres cités phéniciennes et Aradus sa métropole, tour à tour sous la domination des rois de Syrie et celle des rois d'Egypte.
Cependant, les deux villes si étroitement ufaies par la communauté d'origine et les vicissitudes de leur histoire politique, en arrivèrent à se jalouser au point de chercher à s'enlredélruire. La fille se sépara de sa mère ; Marathus rejeta orgueilleusement la tutelle d' Aradus et voulut poursuivre seule le cours de ses destinées. Cette émancipation de Marathus
' G. Perrot et Ch. Chipiez. JETist de Vart, t. m, p. 146.
* Mo vers. DU Pkcenicier, t. I, p. lOi. Une phrase de M. Renan {op. cit., p. 60) pourrait faire croire que MoYers a inventé ce nom de MapaOfaç : il est donné par Eustathe, ad Dionys. Periegetem, V. 914.
« Arrian. Ikcped. Alex,, H, 13, 7; XFV; XV; Q. Curtius, IV, i, 51 ; Pompon. Mêla, I, 12.
dut se produire, si l'on s'en rapporte aux dates que nous relèverons plus loin sur les monnaies, dès le temps du règne de Séleucus P' Nicator et peut-être au moment de la mort de Ptolémé Soter.
Aradus vit avec dépit se détacher d'elle son ancienne colonie, et elle résolut de profiter de la première occasion favorable pour revendiquer et faire valoir ses droits sur une ville tributaire devenue sa rivale. Il s'ensuivit entre les deux cités phéniciennes une haine profonde qui éclata, au témoignage de Polybe (V, 68) dès l'an 219 avant Jésus-Christ, et qui faillit avoir un dénouement terrible sous le règne d'AlexandVe Bala vers Tan 150 avant notre ère. Diodore de Sicile* raconte qu'Alexandre Bala, sollicité par les Aradiens, les autorisa à détruire la ville de Marathus, et ce fut sans doute, après s'être vengé de leur colonie rebelle, que les Aradiens firent frapper, au nom d'Alexandre Bala, des tétradrachmes qui paraissent attester les liens d'amitié et de reconnaissance particulière qui les unissaient au roi de Syrie\
A la suite de cette catastrophe, Marathus, bien que déchue de son ancienne splendeur, conserva pourtant une certaine autonomie attestée par les monnaies qu'elle fit frapper. Les Aradiens revinrent à la charge et la dernière de leurs tentatives d'agression est postérieure à l'an 83 avant notre ère ; elle correspond par conséquent à peu près à
* Diod. Sic. XXXm, frag. V.
^ Duc de Luynes, dans la Eevue numismatique, 1850, p. 316 et pi. XI, flg. 3; Six, dans Ntm. chron., 1877 (N. S.,, t. XW)
que les orientalistes comme Gesenius \ Jûdas ', Schrœder ', ont cité les légendes phéniciennes des monnaies de la yille qui nous occupe. Bref, nous n'avons guère à tenir compte, et encore on yerra avec quelle réserve, que des notes succinctes de M. Vaux en 1858 \ J.-P. Six en 1877 •, Imhoof Blumer en 1883 ^ et de quelques autres écrits que nous aurons l'occasion de citer au cours de cette monographie.
Abordons maintenant l'examen critique des pièces que quelques auteurs ont cru pouvoir attribuer à «Marathus; puis nous donnerons la description détaillée de celles qui appartiennent sans conteste à cette ville.
Il n'y a pas lieu, selon nous, d'attribuer à Marathus, comme on Ta proposé, les tétradrachmes et les statères au nom et aux types d'Alexandre, au revers . desquels figure un caducée en symbole '. Si le roi d'Egypte dont l'effigie parait plus tard sur des bronzes de Marathus (voyez ci-dessous, n** 9), porte aussi un caducée sur l'épaule, ce rapprochement ne saurait constituer un argument bien solide^ puisque la plupart des monnaies d'Alexandre qui
» Phœn. monum., pi. XXXV, 5, p. 271-274. « Étud. dem,, ip. 113, 85 fg.
* Die phœnizische SprackCy p. 275.
* Numismatic chronich, t. XX, 1858, p. 84.
» JVum. chron,, 1877 (nouv. série, t. XVII), p. 188.
* Monnaies grecques^ p. 444.
^ MûUer. Numism. d'Alexandre^ n^* 1369 et suiv.; J.-P. Six, dans N%m. chran.f N. S. t. XVO, p. 482 et suiv.
niciennes ayant été détrônés, le peuple de ces villes commença à inscrire son nom sur les monnaies. L'inscription k is7 {peuple (TAradtis) correspondrait donc à celle de APAAinN qui vint plus tard. Elle aurait elle-même été substituée aux lettres hd> et celles-ci, remontant au temps des rois, ne seraient autre chose que les initiales des deux mots tiim *]Sn roi d'Aradus. Dans une étude plus récente, M. Six explique, d'après le même principe, les lettres sm sur des didrachmes de Tyr par xshû |w *.
Malheureusement pour ce brillant échafaudage, la base, c'est-à-dire la lecture md7 sur le ^tatère d'Alexandre, ne saurait être admise. Je connais de visu les deux seuls exemplaires de ce statère, qu'on ait signalés jusqu'ici. L'un, celui-là même de la collection Allier, est entré, lors de la vente de ce médaillier, au Cabinet de France; l'autre y est venu, plus tard, avec la collection de Luynes. Sur ces deux pièces, qui sont du même coin et dans uti parfait état de conservation, j'ai pu constater que si les deux lettres H12 sont sûres, il n'en est pas de même de Yaîn. Il faudrait pour admettre cette dernière lettre, supposer qu'elle est beaucoup plus petite que les deux autres, et en outre, lui reconnaître la forme v. Or Vain .phénicien sur les monnaies de cette époque n'a jamais cette forme ; il est toujours O ou a, ainsi que le prouvent, outre des monnaies de Marathus que nous décrivons ci-des- -sous, les monnaies de Gaza et les statères au type d'Alexandre t[ui portent le nom d'Acé.
< Six. L'èr$ de Tyr^ p. 10 (Extrait du Ntm. ehronick, 4886).
signaler ici pour la première fois. Les lettres kd se lisent nettement dans le champ du revers de ce tétradrachme, et il est difficile d'accepter que, sur une pareille pièce, ces lettres soient les initiales de rrm ^Sci roi d'Aradus.
Tout en repoussant l'interprétation donnée par M. Six, il convient d'ajouter que, parmi les monnaies à la légende kdi il en est qu'on ne peut refuser de classer à Aradus : ce sont celles qui portent en même temps que kd> le monogramme composé des lettres AP« Quant à Marathus, elle ne saurait revendiquer aucune des pièces de la série : ces monnaies remontent, pour la plupart, à une époque où cette ville était dans la dépendance étroite d'Âradus et ne pouvait avoir un atelier monétaire. D'autre part, le nom de Marathus étant en phénicien niDt ne saurait guère s'abréger par les deux lettrés nq qui resteront peut-être longtemps encore inexpliquées. Ainsi qu'on va le constater, les premières monnaies de Maraihus, aux types d'Alexandre, portent non pas hd» mais un monogramme grec composé des lettres MP0f transcription rigoureuse du nom phénicien.
1. Tétradrachme aux types ordinaires d'Alexandre (Muller, n^ 1396). Cette pièce, de la collection de Luynes, porte au revers un palmier comme symbole, le monogramme /^ (= MP©) et la date -Jv-liva {= an 30).
2. Tête d'Athéna à droite, coiffée d'un casque corinthien. Grènetis.
]|. AAEIANAPOY. La Victoire allant à gauche,
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àcrostolium ; de la gauche, ramenée en arrière, il tient un rameau à longue tige ; sa chlamyde est en* Toulée autour de son bras gauche. Dans le champ, devant le personnage, la date phénicienne fll-iv4iN9 (=an33).
Ar. 29. Tétradr. attique, 46 gr. 71 . Brit. Muséum^ Autre exemplaire qui paraît du même coin, au Cabinet de France. Beau style. 16 gr. 25. — PI. V, fig. 2.