Straton II, dont le nom est abrégé ^JJ, et qui
règne treize ou quatorze ans, de 346 à janvier 332, date de Tentrée d'Alexandre à Sidon (groupe E), PI. XII, fig. 2, 3, 6.
D'après ce tableau chronologique, il ne reste plus déplace, dans la série des rois de Sidon, pour y intercaler les monnaies des groupes F et G, les seules qui soient encore à classer. C'est qu'en effet ces pièces, qui sont manifestement contemporaines de Tennès, d'Evagoras, ou de Straton II, n'appartiennent pas aux rois sidoniens ; elles n'ont même pas été frappées en Phénicie.
Les monnaies du groupe F (PI. XII, fig. 5 et 7), qui portent la légende HMû {Mazdaï) ont été frappées par le satrape Mazaïos, vraisemblablement dans l'un des ports de la Cilicie. La lecture du nom, après avoir été longtemps controversée, a été définitivement établie par M. J. Halévy*, elle est aujourd'hui acceptée par tout le monde. Mazaïos fut établi satrape, ou plus exactement dynaste héréditaire de Cilicie, comme les Syennésis, en 300 environ. Quelques années plus tard, nous le trouvons, avec Bélésys, à la tète des troupes perses qui luttent contre Tennès, au nom d'Ochus. Après la mort de Bélésys, vers 350, Mazaïos joignit à son gouvernement de la Cilicie toute la Transeuphratique et la Ciseuphratique, c'est-à-dire la plus grande partie de la Syrie. Il conserva cette situation considérable jusqu'à
1. J. Halévy, Mélangée d'épigraphie et d'archéologie sémitique», p. 64 et 8uiv. Paris, 1874. On peut lire Mazdaï ou Mazraï; le daleth et le reach se confondent dans l'écriture araméenne des monnaies : les deux formes sémitiques conduisent, d'ailleurs, aussi bien l'une que l'autre, à la forme grecque MaÇaTo;.
Tarrivée d'Alexandre*, et, à la bataille de Gaugamèle, il commandait les troupes syriennes. Enfin, il trahit Darius, ouvrit les portes de Babylone à Alexandre, qui lui laissa la satrapie de Babylone, où il mourut en 328 V
Tout en acceptant la lecture du nom de Mazaïos sur nos monnaies. M. Six croit que l'atelier monétaire de ce satrape était à Tripolis. Cette opinion ne saurait être admise ; car, si Mazaïos est entré dans Tripolis avec les troupes perses, il n'a certainement pas possédé cette ville pendant vingt et un ans avant l'arrivée d'Alexandre, minimum du temps rigoureusement exigé par les dates monétaires, qui forment trois groupes comprenant respectivement les années 1, 2 et 3, pui^ les années 9, 10, H et 12, et enfin les années 19, 20 et 21, si je m'en rapporte aux pièces connues jusqu'ici. D'autre part, ainsi que nous l'avons fait remarquer, Tripolis étant située en Phénicie, les légendes des pièces qui y auraient été frappées seraient en caractères phéniciens, comme celles des monnaies sidoniennes, et non en caractères araméens. Les lettres étant araméennes sur les pièces du groupe F, nous tirons de là la conclusion que l'atelier qui les a émises se trouvait dans un pays où l'araméen était en usage pour les légendes monétaires. Or, comme la galère, qui forme le type constant des doubles sicles, nous oblige à confiner nos recherches
1. Dans les dernières années de la monarchie perse, c'est-à-dire en 334-332, Mazaïos parait n'ayoir plus possédé laCilicie; le satrape qui gouverne alors ce pays s'appelle Arsamcs, mais peut-être ce dernier était-il sous Tautoritë de Mazaïos. P. Krumbholz, De satrapis Asix minoris persicis, p. 93.
2. P. Krumbholz, De satrapis Astte minoris persicis, p. 77 ; Six, Le satrape Mazaïos dans le Numism. Çkronicle, 1884, p. 89 et suiv.
dans un pays riverain de la Méditerranée, nous sommes amenés à conclure rigoureusement que les monnaies de Mazaïos ont été frappées en Cilicie, la seule province maritime du gouvernement de ce satrape, où Ton employât l'écriture araméenne sur les monnaies. On ne saurait donc songer à une ville quelconque de l'intérieur de la Syrie; la grossièreté et le mauvais style de nos pièces, comparées aux monnaies araméennes de Tarse, s'expliquent, ici comme à Sidon, par la précipitation qui présida à la frappe de ces monnaies, qui ont un caractère occasionnel et spécialement militaire.
Quant aux pièces du groupe G (PL XII, fig. 8 et 9), qui sont sans date et partent des lettres phéniciennes, elles offrent une particularité qui va nous aider à en fixer la patrie originaire : c'est l'Égyptien en costume national qui suit le char du grand Roi. Ces monnaies doivent être classées à l'Egypte, ainsi que la déjà conjecturé M. Eugène Révillout*. A la vérité, M. Six, qui a bien reconnu le caractère égyptien du personnage, fait observer, pour justifier son attribution à Tripolis, que la Phénicie a été longtemps sous l'influence de rÉgypte, dont elle a adopté en partie Tart, le costume et les usages : témoins de nombreux monuments d'origine phénicienne et notamment le costume de la déesse de Gébal sur la stèle du roi Jéhawmelek*. Mais si un semblable argument explique bien le type égyptisant de certains doubles sicles de Straton II, imités des pièces que nous
1. Eug. Révillout, Annuaire de la Société de Numifmaii^uefiBBb, p. 144.