Anne de Montmorencv
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avait « deschargé, c'est à dire privé ledict Raguegncau de Toffice de 01*= des requestes, parce que ledict Raguegneau avoit esté accusé de crime de faulx ». Il ne voulait plus entendre parler de ce personnage. Toutes les démarches tentées en faveur du condamné n'avaient fait qu'irriter davantage le roi. Dans une récente séance du conseil privé, — et Jean du Bellay pouvait en parler sciemment, car il était présent, — « il avoit esté exacerbé si fort qu'il declaira plusieurs foys qu'il ne vouloit plus et n'entendoit que ledict Raguegneau le servist et que si jamais ne devoit avoir autres maistres de requestes de son Hostel que ledict Raguegneau, il n'en auroit jamais, et que si les juges qui avoient donné ledict arrest avoient esté negligens de faire la justice dudict Raguegneau ainsi qu'il l'avoit meritté, que luy qui estoit la loy la feroit ». Quant au reproche qu'on adressait à Baïf, d'avoir « poursuivy l'office d'un qui encores estoit vivant », Jean du Bellay « estoit tesmoing du contraire. Bien estoit vray que le Roy estant à Fontainebleau, ledict Bayf se trouva en la compagn3'e du cardinal de Lorraine au disner du Roy auquel icelluy de Bayf feit la révérence, et luy porta le Roy bon visaige et après le disner, le Roy soy levant de table et se pourmenant avec le cardinal de Lorraine, regardant ledict Bayf, dist audict cardinal qu'il y avoitung office de maistre des requestes de son Hostel vaccant (qu'il entendoit estre celluy dudict Raguegneau) et le donnoit audict Bayf, et commanda que l'on luy en expediast ses lettres de provision. Et à la vérité croioit que le Roy avoit esté meu à faire ce don audict de Bayf pour ce qu'il esl hoiiinic de vertu, de bonnes lettres et luy a faici plusieurs grand:{ services hors le royaume et s'est le Roy bien trouvé de son service es choses où le Roy Fa employé. Or avant ce don ainsi faict par le Roy estant encores en Picardye ', se seroit trouvé personnage devant luy, lequel luy auroit tenu propos en ceste sorte. « Sire, vous avez plusieurs fois declairé que
I. Durant les mois de février à mai, François I^r avait tait une tournée en Picardie pour surveiller et activer les opérations militaires contre les Impériaux.
LAZARE DE HAÏr MAITRE DJ'S REQUETES i2)
jamais vous ne vous serviriez de M'^ René Ragucgneau en l'office de m^ des requestes de vostre Hostel. Je sçay ung personnage très suffisant, lequel s'il vous plaist le pourveoir dudict office, il vous en viendra, sans vendition et par moyen très honneste, xv" francs ». Auquel le Roy feit ceste responce : « Foy de gentilhomme! xV" francs sont bons, veu le feiz que je porte; mais j'ay pieça ordonné que Bayfait la première maistrise vacante et je veux que ce soit ceste cy. » Qui donnoit à congnoistre le vouUoir du Roy estre se servir dudict de Bayf en l'office de maistre des requestes de son Hostel et que Raguegneau ne s'en meslast plus. » Il fliUait donc obtempérer à la volonté si clairement manifestée de François F' et recevoir Baïf sans difficultés. Quant à Ragueneau, il serait bien inspiré s'il cessait ses protestations. Qu'il se rappelât la réponse du roi à propos d'un personnage dont la faute était moins grave et que la cour (le Parlement) soutenait dans ses réclamations. François F'' avait dit « qu'elle pourroit bien tant faire que ledict personnage se trouveroit sans teste et partant sans office ».
Le premier président Lizet, tout en protestant de la bonne volonté du Parlement, rejeta sur le règlement de plusieurs affaires urgentes, auxquelles étaient intéressées la comtesse de Penthièvre, la duchesse de Vendôme, etc., les difficultés opposées à Lazare de Baïf. Il était visible que l'intention de la cour était, comme d'habitude, de traîner les choses en longueur. Mais ni le roi, ni les protecteurs du nouveau maître des requêtes ne se laissèrent prendre à cette tactique. A la fin de juillet, nouvelle intervention, du cardinal de Bourbon, cette fois. Baïf présente en même temps des lettres de jussion. Le Parlement finit par obéir. Koiis n'avons pas le texte de l'arrêt de réception; mais on peut l'inlérer de ce fait que le 8 août fut installé Michel de l'Hospital qui remplaçait Baïf dans sa charge de conseiller clerc au Parlement'.
I. E. Dupré-Lasalc. Michi'l lic riiofpital avant son clL-valion au poste de
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La nomination de Baïf était donc définitive. Il la devait à la faveur du roi qu'il avait su se concilier par ses œuvres et par ses services. Il la devait également à l'appui de ses protecteurs, Jean du Bellay, le cardinal Louis de Bourbon, et surtout le cardinal Jean de Lorraine, qui depuis 1524 était pour lui un véritable Mécène '.
L'office de maître des requêtes de l'Hôtel était très important. Les maîtres des requêtes résidaient le plus souvent auprès du roi, remplaçant même parfois le chancelier lorsqu'il était absent. Ils « réunissaient dans leurs attributions la gestion des biens du domaine royal pour ce qui concernait l'administration intérieure et la connaissance de toutes les causes qui, à raison de la qualité des parties ressortissaient directement à la juridiction royale; ils étaient à la fois les intendants et les conseillers de la couronne -. » Comme tels ils pouvaient être envoyés en mission pour certaines affaires et dans diverses parties de la France : pour ces voyages et « clievauchées » ils recevaient 250 livres par an \ Nous avons retrouvé, dans un carton des Archives nationales *^, cinq
chancelier de France (r^o^-ij: ^8), Paris, 1875, p. 71-76. L'aulcur a connu, par une autre copie, et utilisé partiellement les documents relatifs à Lazare de Baïf. — Comme Michel de l'Hospital devait épouser bientôt la fille de Jean Morin, le lieutenant criminel de la prévôté de Paris, on lui accorda le même jour la dispense qui lui était nécessaire, puisqu'il était conseiller clerc.
1. Sur les rapports du cardinal avec Baïf, voir A. Collignon, Le vièccnal du cardinal Jean de Lorraine (14^8-1 ))0), p. 40-55. Après 1534 « nous perdons la trace des relations [de Baïf] avec le cardinal de Lorraine. Mais tout permet de supposer qu'elles demeurèrent ce qu'elles avaient été jusque-là». La nomination de Baïf atteste le bien fondé de cette supposition.