Helsingfors
BORNES ARTU 211
M . George L. Kittredge a publié, il y a deux ans, une étude des plus solides sur les Pillais of Hercules. Cette admirable étude a passé presque niaperçue, à cause du fait qu'elle a paru dans un livre de mélanges dédié à M. Frédéric Ward Putnam '. La bibliographie qu'offre M. Kittredge est très complète tant pour les colonnes d'Hercule de l'Orient que pour celles de l'Occident. L'auteur montre que Lambert leTort et Alexandre de Paris ont traduit le mot îrophea de leur source par bornes Arcu ou Ercu, c'est-à-dire Hercule ^.
Il est clair que l'expression bornes ou bonnes ' Artu indique les limites que le roi Artur est supposé, d'après l'imagination populaire, avoir établies, et que le mot Artu\\A\d rien à faire avec Artur, mais dérive d'une corruption à' Hercule. Le changement d'i/c;T///t? ovuXErcu à Arcu, puis à Artu, n'est pas surprenant. Il atteste la grande popularité du roi de Bretagne. Le public français du moyen âge, à en juger d'après les poèmes, n'avait aucune idée du pays indiqué par bornes Artu : c'était un pays «sarrazin » très éloigné, soit de l'Orient, soit de l'Espagne. Aucun poète français, que je sache, n'a raconté une
1. Pntiniiii Aiiniversary Vohunc. Anthropological Essays, New- York, G. E. Stechert, 1909, pp. 545-66. Une brève mention de l'article de M. Kittredge se trouve dans VArchiv fitr dus Stndiuin der Nenercn Sprachcn, CXXIV, p. 428.
2. p. 559, note I. Je dois cette référence à mon savant ami, M. J. Douglas Bruce, qui exprime l'opinion, lui aussi, que Arcu, et puis Artu, sont des corruptions d'Ercu.
3. II y a un bon nombre de passages qui montrent bonnes au sens de l'oriies; voir, par exemple : les Nurboniiais, v. 1201 ; Aymeri de Narbonne, v. 430; Mcliador, 10061 ; Guibert d'AïuIreiias, ms. du Musée Britannique, Bib. Reg. 20. B, XIX, fol. 157 r°:
« Se ne me mostres lo gue isnelement, Par la ou vient et passe vostre jent, Ge t'ocirrai a m'espee trenchant ! » — « Enfes, fet il, a celé pierre grant, La ou cez ondes floteut si durement, Par iluec puez passer seûrement. Ce sont les bonnes que fichierent Persant. » Voir aussi dans Littré, au mot Iwrne.
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expédition dans laquelle Artur aurait établi ces bornes mystérieuses. Les copistes souvent ne comprenaient pas ces mots de homes Artu, et les ont, soit supprimés (les mss. du Roman d'Alexandre en font foi), soit altérés '.
Voici le relevé des passages déjà cités qui renterment les mots bornes Artu : P. Paris donne un passage, que M. P. Meyer cite et discute plus tard; M. M. Lipke cite mal-un vers, que M. J. Runeberg explique plus tard; M. E. Langlois mentionne sept passages qui offrent cette expression; M. G.-L. Kittredge en mentionne trois. A ces passages, on peut ajouter les suivants : Roman d'Alixaiidre, édition de Michelant, p. i68, v. 36; p. 312, vv. 3, 4; p. 380, V. 33 ; p. 519, v. 14. On doit mentionner aussi ici, du même poème, à la p. 213, le v. 33 : Trosqu al daerain lin Hercules a hosnés (c'est-à-dire, bornés'). Aliscans, édition de Halle, offre les mots honcs Artu, à la p. 358, V. 25. Remarquons en passant que Rolin, dans son édition de cette chanson (à la p. 93, sous la variante 6470) donne ainsi la leçon du ms. de Venise : « jusqas bors artu [antu]? ». Le Moniage Guillaume, seconde rédaction, offre bones Artu (l'éditeur lit, par erreur sans doute, boues artu^, ms. de Londres -. Une altération de bornes Artu ou Hercule se trouve dans le récit en prose de la bataille d'Aliscans (voir la Bataille d'Arleschant, thèse de M. Fritz Reuter, Halle, 191 1, p. 123). On y parle du roi Margot : « 11 estoit si puissant qu'il possedoit la terre des tours d'Arcalde jusques en habisme ou les vens dessendent ; et dist l'en que la est la gueule d'enffer ou les deables habitent les plus souvent ». Il y a deux passages dans la Bataille Loquifer qui renferment les mots qui nous occupent : Teue ert la terre jusqu'à bones Artu >, et :
1 . Le ms. 792 du Roman tfAlexaiulrc remplace les mots : El des bornes Arlu par : El des atiltes viervelles : voir Ro)ihiiiia, XI, p. 274. Nous allons voir d'autres exemples d'altération.
2. Les deux Rédactions envers duMonicii^v Giiillauuie. W. Cloetta, Société des anciens textes.