‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 205 sur 320 · T. III, col · texte numérisé non relu

T. III, col

2. Dans une pièce placée au vo du titre, Estauge nous apprend qu'il a été l'imprimeur du volume. La souscription porte que l'impression en a été faite aux dépens d'AntoineLudin, escuyer, citoyen de Be^anson, au mois de mars

jj/jjmais il ne résulte nullement de cette indication qu'Estauge ait momentanément transporté ses presses à Besançon; c'est bien plutôt à Bâle que l'ouvrage a dû être exécuté.

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La bibliothèque royale de Leyde possède entre autres manuscrits rares le plus ancien glossaire latin-arabe que nous connaissions. D'après M. C. Seybold, professeur à l'Université de Tûbingen, qui en a donné une édition critique ', les certificats d'origine de cet ouvrage attribué à un juif espagnol converti permettent d'en faire remonter la compilation ainsi que la copie au xi-xii^ siècle de notre ère.

Certes, la valeur du glossaire de Leyde au point de vue de la connaissance du parler vulgaire hispano-arabe, son ancienneté et sa rareté sont des titres suffisants à le faire tenir pour extrêmement précieux. Mais encore n'est-ce pas seulement par là qu'il se désigne à notre attention. Il arrive que les plus belles choses, comme aussi les plus insignifiantes, quand on les considère par leurs petits côtés, présentent un attrait nouveau et un intérêt d'autant plus vif qu'il est resté jusqu'alors insoupçonné. Ainsi en est-il de ce curieux manuscrit.

Avant de devenir, en 1609, la propriété de l'Académie de Leyde, il avait appartenu pendant environ douze ans à J.-J. Scaliger, qui le tenait lui-même — nous ignorons com ment — de son collègue et ami F. Raphelengius. A sa science d'humaniste, le successeur de Juste-Lipse joignait une connaissance plus ou moins approfondie de la langue arabe, dont il avait appris les rudiments dans sa jeunesse de la bouche de Guillaume Postel, en échange d'une hospitalité que le plus

I. Gîossarium JaHiio-arahicKiii ex tcno qui exstat codice leiâensi (Berolini, 1900, in- 16).

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grand orientaliste du temps, toujours poursuivi par l'implacable malignité de la fortune, était bien aise de trouver à Paris en l'année 1563. « In video illi arabicam linguam », disait-il plus tard de son maître. Scaliger légua en mourant à la bibliothèque de l'Académie ses livres et ses manuscrits (1609). Au nombre de ceux-ci était un Thésaurus Imgiiœ arahicœ, pour la compilation duquel il avait beaucoup emprunté au glossaire susdit, et ce glossaire lui-même, catalogué aujourd'hui « CLXX, cod. 291 Seal. » avec la mention « Ex îegato îUustris viri Josephi Scaligeri ».

Quant à François Raulenghien qui, sous le nom de Raphelengius, fut non seulement le collaborateur de l'imprimeur Plantin, mais un orientaliste doublé d'un helléniste, il mit largement à contribution, lui aussi, le seul vocabulaire original qui existât à l'époque, pour en tirer un Lexicon arabicum que ses fils éditèrent en 1613, seize ans après sa mort. Il dut faire d'autant plus cas de ce manuscrit unique en son genre, qu'il l'avait reçu de Guillaume Postel même, de ce confrère fameux par son savoir universel, ses démêlés avec l'Inquisition et ses extraordinaires tribulations, de Postel « litteratorum litteratissimus », qui était son ami et qui, avant de se dessaisir de son précieux livre, y avait inscrit de sa main trois petits quatrains en manière d'ex-libris, au bas d'une page' que ne remplissait pas la double colonne des mots latins en lettres visigothes et des mots arabes en caractères maghrébins, le f° 140 r°. Immédiatement au-dessous de cet autographe dont l'intérêt présent et futur ne lui échappa point, Raulenghien traça à son tour, d'une écriture qui contraste par sa netteté et son modernisme avec celle de son vieil ami, ces simples mots :

« Postea fuit Francisa Raphelcngij, ex dono Posiclli. »

Il ne manque que la date, et c'est chose regrettable. Nous savons du moins quand, où et comment le manuscrit vint

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