‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 243 sur 320 · EN FAVEUR DES RELIGIEUSES PÉNITENTES OU REPENTIES DE PARIS · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DES RELIGIEUSES PÉNITENTES OU REPENTIES DE PARIS

L'une des sources de revenus les plus fécondes aux xv= et xvi^ siècles pour le clergé et les ordres religieux, aussi bien que pour les hôpitaux et hospices, ont été les lettres d'indulgences, colportées ou affichées pour solliciter les offrandes des fidèles. Répandus à profusion, ces documents, pour lesquels l'imprimerie a été mise à contribution dès ses débuts, sont aujourd'hui fort rares ; on n'en connaît que quelques spécimens \ et encore ceux-ci ont-ils dû leur conservation à un emploi bien différent de celui auquel ils avaient été primitivement destinés, soit que leur grand format les ait fait utiliser comme chemises de dossiers de pièces d'archives, soit qu'ils aient servi à la confection de cartons pour les relieurs.

Aux exemplaires de ces lettres d'indulgences qui ont été déjà signalés, il en faut ajouter un nouveau, récemment découvert aux archives du Finistère, à Quimper, par l'archiviste, M. Bourde de la Rogerie, qui me l'a aimablement communiqué. On ne possède pas de spécimen entier de ce grand

I . Voir les placards de ce genre concernant l'Hôtel-Dieu de Paris, les Quinze -Vingts et l'hôpital Saint-Yves de Rennes, communiqués par Léopold Delisle en 1890 à la Société de l'histoire de F uns (Bulletin, t. XVII, p. 162), ainsi que ceux qui avaient été précédemment cités par M. Léon Le Grand dans son histoire des Quinze-Vingts (Mémoires de la Société de l'histoire de Paris (1886-1887), t. XIII, p. 242, et t. XIV, p. 165). M. Ernest Coyecque en a mentionné d'autres dans son histoire de V Hôtel-Dieu de Paris au moyen âge (1891), publiée pour la Société de l'histoire de Paris, t. I, p. 142, note I, et p. 395.

placard in-folio, mais seulement deux moitiés de deux exemplaires différents, permettant cependant d'en reconstituer complètement le texte, qui compte 62 lignes, imprimées en caractères gothiques, et dont la justification mesure 305 millimètres sur 230. C'est une affiche de pardons et indulgences, qui devait être apposée à la porte des églises de Bretagne pour solliciter les aumônes des fidèles en faveur des « pauvres religieuses pénitentes, nommées les Repenties de Paris », établies par le cordelier Jean Tisserant, à la fin du xv' siècle.

Ce placard ne porte aucune mention d'année, mais le préambule, où sont cités le pape Paul III (i 534-1 549) et le dauphin François, fils de François I" et duc de Bretagne (1518-1536), permet d'en fixer la date entre les années 1534 et 1536. Les religieuses Pénitentes ou Repenties de Paris, suivant la règle de Saint-Augustin, étaient alors au nombre de trois cents et étaient logées près de l'église Saint-Eustache, dans l'hôtel d'Orléans, qui leur avait été donné par le roi Louis XII '.

Quant à Jean Tisserant, si ses sermons l'ont rendu célèbre de son temps ^, on a de lui encore quelques opuscules, impri-

1. Voir Jacques du Breul, Je Théâtre des antiquité::;^ de Paris (Paris, 1639, ia-40), p. 650-631, et Piganiol de La Force, Description historique delà ville de Paris (Fans, 1765, in-S"), t. II, p. 153-134, qui rapportent l'établissement de ces religieuses à l'année 1492 ; Le tiers volume des Chroniques de France [de Robert Gaguin] (Paris, G. Eustace, 15 14, in-fol.), feuillet CCL, donne la date de 1494, et les lettres d'indulgences celle de 1498, alors que ces mêmes religieuses avaient reçu une Règle et des Constitutions de l'évêque de Paris, Jean Simon, en 1497 (N° 122 du Catalogne des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron James de Rothschild, [par M. Emile Picot]. Paris, 1884, in-80, t. I, p. 68-69).

2. Voir sur Jean Tisserant, confesseur d'Anne de Bretagne, mort à Lyon en 1494, les Scriptores Ordinis Minorum..., recensuit Fr. Lucas Waddingus (cd. Sbaralea ; Rom;ï, 1806, in-fol.), p. 464-465 . On a de lui encore un petit volume intitulé : « Sermones religiosissimi F. Jo. Tisserandi, doctoris theologi, quos tempore Adventus Parisiensibus disseminavit cum maximahominum frequentia... (A la fin :) Expliciunt Sermones de Adventu R. Patris F. Jo. Tisserandi iMinorite, Parrhisiis impressi per magistrum Petrum Vidoue, expensis vero magistri Pétri Gromorsi etRogerii de Launay, anno

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mes sans doute par ses soins, à l'usage des religieuses, qu'il avait ainsi établies à Paris. Deux de ces petits livrets ont été décrits par M. Emile Picot dans le Catalogue des livres composant la bibliothèque de Jeu M. le baron James de Rothschild ' ; ce sont une <f Dévote contemplation exitant || à la crainte de Dieu, moult || utile à ung chacun pel|cheur voulant penser de son sa||lut, laquelle chantent les filles || Repenties à Paris par dévotion », et : « Sensuivent les noelz tresexcelens |1 et contemplatifz, lesquelz chantent || les filles rendues par dévotion ». Un troisième petit livret du même genre a depuis été signalé par Léopold Delisle, avec le nom de Jean Tisserant ^ : « S'ensuytH une très H belle sa||lutation, faicte sur |1 les sept festes de Nostre Dame, laquelle l'on || chante au Salut à Sainct Innocent à Paris. |1 Et la fist et composa frère Jehan Tissarant ; || Avec l'Aleluya du jour de Pasques. Et avec||ques ce les Grâces à Dieu en françoys. » Chacun de ces trois livrets forme un petit in-8° gothique, de 4 feuillets, de 18 lignes à la page, imprimé, sans date, mais sans doute à la fin du xv^ siècle, par Guillaume Guerson de Villelongue, étudiant à Paris '.

Ces lettres d'indulgences ne donnent aucun autre détail, sur les religieuses Pénitentes ou Repenties de Paris, que ceux qui ont été rapportés plus haut. Elles se terminent par l'énumération des multiples indulgences, « en somme dix-neuf mille deux cents jours de vray pardon pour les biensfaicteurs des pauvres Filles Pénitentes, fondées en l'honneur de Dieu et

Domini salvatorisque mundi millcsimoquingentesimo decimo septimo, die vcro vigesima prima mensis novcmbris. » (42 sermons.) Pet. in-4", gothique, de 4 feuillets préliminaires, 59 feuillets chiffrés et un dernier feuillet. (Bibliothèque nationale, hiiprimés, D. 10276.) Le titre de départ porte (fol. i) : « Incipiunt declamationes F. Johannis Tisserandi, thêologi doctoris, Ordinis Minorum, quibus apud Parrhisios usus, anno Domini M.cccc.xciiij. plurimas animas Christo domino lucrefecit. »

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