LETTRES DE GUGLIELMO LIBRI
M. le Ministre,
Puisque vous avez bien voulu vous intéresser au succès des démarches que mes amis font pour moi dans la vue de me faire succéder à M. Poisson dans la place d'examinateur à l'Ecole de Metz, je viens, d'après votre aimable invitation, vous rendre compte de ce qui a été fait déjà. Je vous prie de dire un mot ce matin au général Cubiéres comme vous me l'avez fait espérer '.
M. Mignet et d'autres personnes ont parlé pour moi à M. le Président du Conseil qui a bien voulu leur promettre d'en parler à M. de Cubiéres (sic). M. Rossi et M. de Pontécoulant ont vivement parlé en ma faveur au Ministre de la Guerre qui s'est montré bien disposé. Je vais lui écrire pour lui demander une audience particulière ; mais il serait tout à fait essentiel que, lorsqu'il recevra ma lettre, il ait été favorablement disposé par vous, Monsieur le Ministre, qui pourriez faire valoir en ma faveur l'amitié dont m'honorait l'illustre géomètre dont nous déplorons la perte. C'est une place d'exaiiiinateur pour les mathématiques dont il s'agit et on a toujours choisi un membre de l'Institut qui fût en même temps professeur et mathématicien. Vous savez. Monsieur le Ministre, que je ne cumule pas. Depuis six ans, je fais gratuitement le cours de M. Lacroix au Collège de France, et il me serait aussi utile qu'honorable de succéder à M. Poisson dans la fonction d'examinateur. Je serais d'ailleurs extrêmement fîatté de devoir à votre appui et à votre ancienne bienveillance pour moi la faveur que j'ai sollicitée.
Je vous prie. Monsieur le Ministre, d'agréer l'hommage de ma considération distinguée ^.
Votre très humble serviteur,
G. LiBRI.
De la Sorbonne 3, 3 mai.
P. S. Permettez-moi d'ajouter un mot pour vous dire combien
remarquer dans les suppliques de Libri un fond de raideur impèrative.
1. Cubiéres était ministre de la Guerre et Cousin ministre de l'Instruction Publique dans le cabinet Thiers du le"" mars 1840.
2. Comparez cette formule à peine convenable dans une lettre à un Ministre avec les lignes obséquieuses qui précèdent.
3. Le 28 décembre 1836, Libri avait été élu par la Faculté des Sciences pour jouir d'un appartement vacant à la Sorbonne où l'on sait que Cousin était également logé.
522 CHARLES DEJOB
j'ai été charmé d'apprendre la nomination de M. Poinsot ■. Ce choix doit plaire également à l'Université et à l'Institut, et pour ma part, je ne puis que féliciter le Ministre qui a proposé M. Poinsot à la nomination du Roi.
Permettez-moi de vous exprimer toute ma reconnaissance pour la démarche que vous avez bien voulu faire auprès de M. le Général Cubiéres et surtout pour l'aimable billet que vous m'avez adressé et qui m'a vivement touché. J'ai vu hier M. le Général Cubiéres ; il m'a répété ce que vous aviez eu la bonté de lui dire en ma faveur. Il paraît tout à fait décidé pour moi. Je sais que M. Mignet a déjà parlé pour moi à M. le Président du Conseil, mais, puisque vous avez si bien réussi auprès du Ministre de la Guerre, ne pourriez-vous pas avoir la bonté de protéger mes intérêts auprès de M. Thiers ? Vous le décideriez sans doute et je vous en serais éternellement reconnaissant.
Je sais qu'à propos de la place que je demande on a prononcé le nom de M. Poinsot. Mais je doute fort que M. Poinsot, géomètre d'un mérite très distingué sans doute et dont tout le monde a vu avec plaisir la nomination au Conseil Royal, voulût se charger des fonctions d'examinateur à l'Ecole de Metz, fonctions qui désormais devront être remplies réellement et qui nécessiteront un voyage annuel. D'ailleurs, M. Poinsot n'est pas candidat : il n'a fait aucune démarche, et je crois, s'il était consulté, qu'il serait favorable à ma candidature au lieu de demander la place pour lui.
Veuillez bien excuser. Monsieur le Ministre, la liberté avec laquelle je m'adresse à vous, mais vous accueillez toujours avec une grâce si parfaite vos anciens amis qu'ils oublient quelquefois la réserve que devrait leur imposer votre position actuelle.
Je vous prie...
De la Sorbonne, 6 mai.
Un billet sans date envoie à Cousin un passage tiré de Galilée avec mille coniplimenls de la part de G. Lîbri.
Monsieur et honoré confrère. Bien que vous m'ayez engagé à ne pas vous écrire au sujet de la correspondance de Mairan avec Malebranche, cependant je