LETTRES DE GUGLIELMO LIBRI
désire vous rendre compte de mes démarches et du résultat qu'elles ont eu. J'ai vu M. Lebrun ' qui désire vivement avoir de vos écrits pour enrichir le Journal des Savants dont il croit qu'ils seraient l'un des principaux ornements. Cependant il a pensé qu'il fallait lire votre article à la conférence d'après les règlements et il a craint que l'on ne trouvât que c'était là une nouvelle édition de celui qu'on n'avait pas cru pouvoir imprimer. Comme, excepté l'introduction que vous y avez ajoutée, le reste est une épreuve déjà imprimée de votre premier article, si j'avais porté votre affaire devant la conférence, M. Lebrun et moi nous avons craint d'entendre dire que c'était là reprendre une chose déjà jugée. D'ailleurs vous ne m'aviez pas autorisé à lire de nouveau cet article et j'ai dû m'arréter. Je prends donc la liberté de vous écrire pour vous dire : 1° que M. Lebrun désire très sincèrement et bien vivement pouvoir enrichir le Journal de vos productions, 2° que d'après aussi l'avis d'autres personnes que j'ai consultées, l'article soulèverait dans son état actuel les plus grosses difficultés s'il était présenté de nouveau à la conférence.
Maintenant dites-moi ce qu'il faut faire. Ou bien parlez de tout cela à M. Lebrun qui doit se rendre à Plombières et qui aura sans doute l'honneur de vous y voir 2.
Agréez, Monsieur et très-savant confrère, l'hommage de tous mes sentimente distingués.
12 août 1841.
Suivent des lettres où Libri, réfugié à Londres, remercie Cousin de s'entremettre pour lui et sollicite ses bons offices. J'en donne seulement quelques courts extraits ; car autant la fermeté d'un accusé innocent émeut, autant répugne l'acharnement d'un coupable à tromper ses amis pour tromper la justice. Bornons-nous à montrer comment il puisait un chimérique espoir dans ses anciennes relations : « J'ai appris » écrit-il à Cousin le 29 avril 1849 « que vous avez pris avec vigueur ma défense au sein du Conseil [de l'Instruction Publique]... Encouragé par vos efforts et confiant dans votre appui, j'ai écrit une lettre officielle à M. Rousselle ' dans laquelle, après avoir fait brièvement l'énumération des irrégularités
1. Le poète tragique; il était alors secrétaire du Journal des Savants.
2. L'affaire dut s'arranger; car \q Journal des Savants, qui avait déjà inséré des articles de Cousin, publia de lui, dans la seconde moitié de 1842, Méditations philosophiques et correspondance de N. Makhranche avec D. de Mairan.