D'ÉRASME
I. Albert Pighius à la Faculté de théologie de Louvain, de Rome, 12 juillet 1525.
Pessîme hic audit veneraiidaac saucia iUa facilitas. Lettre originale, très probablement autographe, fournissant des détails sur les rapports entre Érasme et la Faculté de Louvain. Publiée de différents côtés '.
V. Cuthbert Tunstall, évêque de Londres, à Pierre Gilles, de Londres, i'''' juillet 1527 (?).
Nudius tertins ad te îitteras dedi. Autographe. Envoi d'argent pour Érasme.
VL Eustache Chapuys à Érasme Schetz, de Londres, 23 septembre 1536.
Pie atque humnnitcr facis, mi Scbete. Autographe. Sur la mort d'Érasme. Publié par de Ram, Auunairc de T Université de Louvain, 1853, P- 259-260.
VIL Tilmannus GraviusàFossa, à Ér. Schetz, de Cologne, i^"' août 1536.
Non mihi duhiiun est, Schcte vir hiunanissinie. Autographe. Sur la mort d'Érasme. Publiée par de Ram, tWi/., 1853, p. 257-259.
I. Voir H. De JoNGH, L'ancienne faculté de théologie iie Louvaiu, Louvain, 191 1, p. 257.
8 A. ROERSCH
Il est inutile d'insister, je crois, sur Tintérêt qui s'attaclie aux documents qui viennent de réapparaître après une éclipse de près d'un demi-siècle. Ils complètent, de la façon la plus heureuse, la belle série des lettres de Schetz à Érasme qui est conservée à Bâle.
Presque toutes les épîtres érasmiennes de la collection de Ram fournissent des détails très précis sur les opérations financières que le banquier anversois a faites pour le compte de son illustre ami. Mais, elles apportent plus que des renseignements — si précieux soient-ils — sur les pensions touchées par Erasme en Angleterre et aux Pays-Bas. Certaines d'entre elles ont une importance historique et nous édifient sur la situation politique de l'Europe (lettres 19 et 16 de juin et octobre 1530), sur la condition des Protestants, sur les rapports entre Érasme et Luther (lettres I, 25 du 18 avril 1531 et 35 du II mai 1534).
Esprit chagrin, impressionnable, irrésolu, le grand humaniste se montre très dur pour le chef du protestantisme et pour ses partisans. Il ne ménage généralement pas non plus ses contemporains ; et ces pages contiennent plus d'une appréciation curieuse, plus d'une épithète savoureuse, qui valent d'être entendues et retenues :
« Il faut se défier de Pierre Gilles. — Ledoyen Pierre Barbirius est un être famélique. — Hayo Caminga est d'instinct féroce et criblé de dettes. — Rien de plus scélérat que François Berckman. — Quirinus Hagius est un monstre de perfidie, et le chanoine Molendinus de Tournai un drôle. » Clauthus, mort à Rochester au service d'Érasme, est tout aussi maltraité : captahat prœdaiu et in venatu périit. Erat meriis fucus, etc. Quant à Marc Laurin, doyen de Saint-Donat à Bruges, il est — et l'expression est pour les lecteurs belges vraiment impayable : een vlaemschen dayng, quelque chose — comment dirais-je — comme un grand flandrin, doublé d'un fainéant.
Voilà certes, pris sur le vit. quelques instantanés qui ne sont pas flatteurs !
QUARANTE-SIX LETTRI-S IXEnirKS D KRASMI- 9
Mais, faut-il le dire, dans cette galerie de portraits, les deux figures de premier plan sont toujours celles d'Érasme et de son correspondant. Dans les lignes qui précèdent, ne vient-on pas de retrouver Erasme tout entier ? — Combien vivante aussi la physionomie de Schetz, le confident, le conseiller sage, exact et prudent, l'ami des bons et des mauvais jours, si dévoué, si obligeant, si empressé à rendre grands et petits services, à fournir à son illustre ami le canevas d'une dédicace au roi de Portugal ou à choisir pour lui quatre-vingts à quatrevingt-dix aunes de toile de Hollande pour draps de lit, luediocris texturœ sed soJidx. Ailleurs, il lui envoie quelque menu présent, des figues sèches et un flacon de sirop de figues de Barbarie, excellent remède contre la siccitas.
Cependant, Madame Schetz n'apparaît pas moins empressée à guider son mari dans les achats qu'il fait pour le grand homme. Érasme ne saurait assez en remercier l'excellente femme : mais, que n'a-t-elle pu, en lui faisant tenir tant de belles choses, lui envoyer du même coup une servante flamande capable de les entretenir convenablement !
Son amitié se traduit, d'ailleurs, autrement que par des paroles. A l'aimable patricienne anversoise, il oft're un anneau d'or « consacré » par le roi d'Angleterre; à son époux, un remède contre la pierre... et il en tient encore plusieurs autres à sa disposition.
Ce n'est pas sans une triste émotion que j'aisortide ses plis la dernière lettre que le célèbre penseur adressa à son ami Schetz. Ce court billet, Érasme l'a tracé d'une main défoillantc, alors qu'il était vaincu par la maladie. Félix Nève a éprouvé le même sentiment de mélancolie, quand il l'a eu sous les veux. Il en a fait part en ces termes ' :
« Cinq semaines avant sa mort, — au moment où il pouvait déjà entrevoir l'abîme creusé autour de lui, mais que