Ibid., 11, 18, p
32 p. VILLEY
Je ne suis pas non plus très frappé de les entendre l'un et l'autre déclarer que la vieillesse est une maladie « a disease», et je ne me sens pas enclin à compter comme des disciples ou des imitateurs de Montaigne tous ceux qui pourront dans l'avenir employer la même expression.
iMais les rapprochements de M. Dieckow pèchent plus souvent par un autre défaut. Dans la plupart des phrases où il veut nous montrer une réminiscence de Montaigne je ne trouve qu'un souvenir de quelque auteur ancien, dont Montaigne a sans doute tiré profit avant Ben Jonson, mais qui ne vient pas à Ben Jonson par l'intermédiaire de Montaigne. Souvent les mots mêmes dont il use auraient dû suffire à avertir le critique. « But hear (with Alexander), nous dit-il par exemple, the answer the musician gave him. Absit, o rex, ut tu melius hnjc scias quam ego '. » Il est bien vrai que le même apophtegme est chez Montaigne, mais Montaigne ne l'a pas cité en latin, il l'a mis en français. Quelle raison, s'il le devait à Montaigne, Ben Jonson pouvait-il avoir de lui donner cette forme latine, qui n'était ni celle de l'auteur ni celle de l'intermédiaire ? Évidemment il a puisé cet exemple dans une traduction latine de Plutarque ou dans quelque recueil latin d'apophtegmes.
Quand Ben Jonson me dit encore : « Money is possest with greater stir and torment then it is gotten ^ », quelle raison pourrait m'inviter à penser à Montaigne plutôt qu'à Sénèque ? Montaigne a dit « There is ever more pain in keeping than in getting of monie ' ». Il est vrai, mais Montaigne imite ici Sénèque qui a dit : « Majore tormento pecunia possidetur quam quasritur 4. n Et le contexte prouve amplement d'ailleurs que c'est bien à Sénèque et non à Montaigne que Ben Jonson songeait en écrivant.