I. Acte 111, se
iMONTAIGNE ET Ui 7JMBER DE BEN JONSON 3 I
phrase ; d'autres occupent jusqua quatre ou cinq pages. Tout cela fait songer aux Essais, plus il est vrai peut-être aux Essais de Bacon dans l'édition de 1597, la première édition, qu'aux Essais de Montaigne ; pourtant, à première vue, le rapprochement des deux oeuvres était naturel, et il était naturel aussi de se demander si Ben Jonson n'avait pas profité du travail de son devancier.
Et là-dessus M. Dieckow rapproche une vingtaine de passages du Timbcr d'autant de passages semblables relevés par lui dans les Essais. La conclusion qui se dégage de toutes ces comparaisons, si nous l'en croyons, est que Ben Jonson doit beaucoup à Montaigne, et que le Timber procède directement des Essais.
Je crois que si nous y regardons de plus près nous serons d'un avis différent. II est facile de multiplier les rapprochements entre des textes quelconques lorsqu'on se contente de similitudes vagues.
Quelques-uns de ceux que nous devons à M. Dieckow portent sur des idées vraiment trop générales pour qu'il y ait lieu d'y voir des marques d'influence. Qu'importe que Ben Jonson blâme le mensonge ? Avait-il besoin de l'autorité de Montaigne pour cela ? Encore si ses mots rappelaient ceux de Montaigne, mais il n'en est rien. « A lying mouth, dit-il, is a stinking pit, and murthers with the contagion it venteth ' . » Je ne vois rien dans ce jugement, sinon la haine d'un vice haïssable aux yeux de tous les honnêtes gens, qui soit commun avec le texte de Montaigne allégué ici par Dieckow. Je le cite dans la traduction de Florio - car Ben Jonson ne savait pas le français et certainement quand il a lu Montaigne, il l'a lu dans la traduction anglaise qu'il possédait. « Verily, lying is an ill and détestable vice '... To lie is a horrible-fllthy vice -K »