‹ Mélanges offerts à M. Émile PicotChapitre 81 sur 320 · JEAN BABELON · texte numérisé non relu

JEAN BABELON

Qui, possible est, emprunte ceste dragme Pour soy braguer, faire appeller monsieur, Qui donne au diable son corps aussi son ame.

50 S'on ne luy faict en passant quelque honneur, Il faict serrer les gens contre le meur Par ses groniars allant devant derrière. Jure maulgré, c'est pitié et douleur ;

54 Par dessoubz moy, helas ! qu'en ay je affaire! Et puis après, de quoy ne me puis taire, Ung asne vient tout chargé de porée Et une lourde qui le touche derrière,

58 Qui crie et brait a gueuUe desployée :

« Mes beaulx choulx blancz ! a ma belle porée !

« Mon beau persil, ysope et senriete !

« Mes beaulx lectues tendres comme rosée !

62 « Beaulx espinars ! belle ozeille porrctte ! » Il n'est si bon cerveau ne bonne teste Que par leur bruyct ne soit toute estourdie Plus de trois cens par chascun jour arreste

66 Salles et ordes affectées comme pie ; Et puis après ung grant crieur de lye. Qui crye si fort qu'il me faict tout trembler Pour son vinaigre plus amer que n'est suyc,

70 Et sa brouette qui luy veult ressembler. Après il vient pour illecques assembler Grant compaignie de ses anges de gresve Allans, venans pour meubler, desmeubler ;

74 Leur bruictz et faictz totallement me gresve : L'ung cotteretz, l'autre bourrée en verve. L'autre gros boys et l'autre marée fresche, L'autre salé, l'autre pois, l'autre febve,

78 L'autre voulaille en quelque lieu despeche ; Une minute en paix on ne me laisse, On crie, on brait, il semble que tout fonde. Mille chevaulx, muletz, asne, asnesse,

82 Par dessoubz moy voy passer tout le monde, Cent charriotz passans, tout y redonde, Chargés, vuidés et de divers pays, Si grant douleur il n'en est poinct au monde,

86 Et si ne suis que ung des pontz de Paris. Tant de charrettes, banneaulx grans et petis

LES LAUDES ET COMI'LAIXCTFS Dl- FHTIT POXT 87

Vont et reviennent tout le jour sans cesser,

Et bien souvent font de grosses folies 90 Tant qu'il convient toute la rue laisser.

Et puis il vient, qu'on ne seroit besser,

Tant d'escoliers en grande compagnie,

Qui vont si tost qu'on ne les peult passer 94 Aux messagiers et la cossonnerie.

Et puis après une grant sonnerie

De boulengiers qui crient leur pain si liault :

Pctis pattez et la tarte jolye !

98 Beaux eschauldez et petis choux tous chaulx !

Puis ung garson qui crie livres nouveaulx :

Farce nouvelle, prenostication !

Mes gros navetz, mes raves et porreaulx ! 102 A mes carottes, ma botte de cresson !

Et puis aussi la terrible chanson

De ses tripières, chascune d'elle hue :

Margot, Bietrix, Henrette Perrichon, 106 La grande tripière Alison la barbue.

Hz crient, ilz jurent : A ma belle morue !

A mes rogetz ! A ma grant raye vive !

Mes soUes fresches ! mouUe de mer venue ! iio Moulle en l'escaille ! beau merlan, belle visve !

Beau harenc fraiz, belle plie toute vive !

Mes quarreletz et mon beau saulmon fraiz !

Ystres bellistres d'auprès Sainct Sauveur d'Yve ! 114 Harenc salé de Flandres tout auprès !

Puis l'une dit quant elle a beu vingt foys :

« Va, villaine, ta marée est puante,

« Tes macquereaulx estoient a huyt jours fraiz, 118 « Ta raye put, ne lametz plus en vente,

« Tes rougetz sont tous blancz et doz et ventre,

« Tu les as tins par trop en ta bouticle,

« Tonbacquet est crasseulx, puant meschante, 122 « Tu n'es pas bonne a revendre replicque. »

— « Saincte Marie ! respond l'autre et réplique,

« Vieille putain, paillarde macquerelle,

« Vieille moynesse et houllière publicque, 12e « Ma marée est plus que la tienne belle,

« Va a heulleu ou est ta kirielle,

« Tu es passée, ridée et descriée,

« Tous les estas, exceptez les femelles,

Page 1