Cf. Mercure de France^ août 1737, p
DE CLAUDE BOUCOT. 25g
Comment un pareil collectionneur est-il resté aussi profondément ignoré? A ma connaissance, on ne trouve aucune trace de son nom dans les lettres ou les ouvrages de ses contemporains. Il paraît cependant avoir entretenu avec Roger de Gaignières des rapports suivis. Les deux grands amateurs faisaient entre eux des échanges. C’est ainsi que nous voyons Boucot céder à Gaignières trois manuscrits particulièrement précieux^ contre un Atlas de Savoie en blanc, estimé 90 livres^.
A la mort de Boucot, toutes ses collections furent dispersées. La vente commença le i6 novembre 1699. Elle dura sans doute assez longtemps, car un des manuscrits qui y a figuré et qui est aujourd’hui l’un des joyaux de la Bibliothèque de TArsenal, le beau Bréviaire de René II de Lorraine, n° 601, ne fut vendu que le 6 janvier 1700. Le catalogue des estampes et des livres était l’œuvre de deux libraires, Moette et Boudot. En voici le titre : Catalogue de la bibliothèque de défunt M. Boucot, garderolle des offices de France, composée de plus de dix-huit mille volumes de livres imprime:^, très-bien conditionne^, plusieurs des in folio étant de grand papier et relief en maroquin ; de plus de soixante et dix mille estampes, entre lesquelles il y a dix-sept mille portraits; d’un très-grand nombre de livres d’arts, d’éloges, de descriptions, de médailles, d’emblêmes, de plantes, et autres remplis de figures; et de plusieurs manuscrits en velin, orne:{ de très-belles
1. Deux de ces manuscrits sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal sous les n“‘ 940 et 5096.
2. Cf. Bibl. nat., f. fr. 26691, fol. 8; — et Henry Martin, Histoire de la Bibliothèque de VArsenal (1900), p. 210.
LE CABINET d’eSTAMPES
mignatures. La vente s'en fera en détail au plus offrant et dernier enchérisseur^ le 1 6 novembre i6gg et autres jours suivans. A Paris^ rue des Noyers^ vis-à-vis la rue des Anglois^ ^^99- Au verso du titre, après diverses explications sur la façon dont il sera procédé à la vente, on lit : Le présent catalogue se distribuera à Paris che\ les S. Moette et Boudot^ libraires^ qui ont été charge^ par les héritiers dudit sieur Boucot de le faire imprimer et du soin de la vente. Suit une liste de libraires de la province et de l’étranger. Ce catalogue, de format in-12, est paginé en deux parties, la première comprenant i3g pages; quant à la seconde, dans laquelle sont décrits les estampes, les manuscrits à miniatures, les livres à figures, etc., elle contient 3g pages. Les huit premières pages de cette seconde partie sont occupées par le catalogue des estampes et des portraits.
Les libraires Moette et Boudot ont décrit très brièvement les livres imprimés et plus sommairement encore les portefeuilles contenant les gravures. Il m’a semblé, néanmoins, que le catalogue d’une collection de 70,000 estampes formée au xvii® siècle méritait, quelque insuffisant qu’il soit, d’être mis en lumière. L’exemplaire que j’en ai sous les yeux porte, en marge de la plupart des articles, un chiffre ajouté à la main qui indique sans aucun doute le prix atteint par chaque portefeuille. Les prix ainsi marqués sont, à coup sûr, très différents de ce qu’ils seraient aujourd’hui. Ce sont les Recueils de portraits qui atteignent les prix les plus élevés : les portefeuilles 6 et 7, 25o livres chacun ; les portefeuilles i , 4 et 5, 200 livres. Le Recueil du fonds des Estampes n^qô, comprenant iio grands dessins originaux de Jules Romain, Le Parmesan, Poussin, Perino del Vaga, Antoine Car-
DE CLAUDE BOUCOT.
rache, etc., ne porte pas d’indication de prix; mais le Recueil précédent, n° 45, ne fut payé que i5o livres, et l’on peut voir qu’il était formé de q33 pièces, dont 200 d’Albert Dürer et 188 de Lucas de Leyde. Dans ce même fonds des Estampes, le n° 168, contenant trois volumes de io5 pièces de Gallot, aurait été vendu 5 livres seulement. Enfin, ce n’est pas sans étonnement qu’on voit inscrit le chiffre i, c’est-à-dire une livre, en marge du n® iy3 indiqué comme composé de 16 grandes figures d’Albert Dürer.
Pour n’offrir plus aujourd’hui qu’un intérêt de curiosité rétrospective, le Catalogue du cabinet d’estampes de Claude Boucot n’en est pas moins, semblet-il, un document d’une certaine importance pour l’histoire des collections d’œuvres d’art en France. Aussi n’ai-je pas hésité à le reproduire, en y respectant la forme donnée par le rédacteur aux noms des artistes, noms qui, du reste, ne sont pas défigurés au point d’être rendus méconnaissables.
CATALOGUE