DU MONUMENT
DE LA
Par M. Alexandre Tuetey.
Lorsque François d’Aubusson, duc delà Feuillade, maréchal de France, eut fait ériger sur la place des Victoires le groupe de bronze doré représentant Louis XIV couronné par la Victoire^ groupe qui fut solennellement inauguré le 26 mars 1686, il se préoccupa d’assurer la conservation indéfinie de ce monument qui devait perpétuer le souvenir glorieux de son souverain. Par contrat passé le 29 juin 1687 devant Moufle et Lauverdy, notaires au Châtelet, portant donation et substitution de ses terres en faveur de Louis d’Aubusson, son fils unique, contrat qui fut confirmé par lettres patentes de juillet 1687, il lui imposa l’obligation, ainsi qu’à ses descendants, de faire redorer tous les vingt-cinq ans la statue et d’entretenir le groupe de la statue en bronze, le piédestal de marbre, les quatre Esclaves aux coins du monument, les bas-reliefs, inscriptions, les quatre groupes de colonnes de marbre, ornés chacun de six basreliefs de bronze représentant les grandes actions du
roi. De plus, pour être plus sûr que ses volontés seraient scrupuleusement observées, le duc de la Feuillade voulut y associer le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris, et l’article XI du contrat du 29 juin 1687 stipulait ce qui suit :
Et afin que lesdits ouvrages soient conservez avec plus de soin, ledit seigneur donateur désire et demande que de cinq ans en cinq ans, le cinquième du mois de septembre, fête de saint Victorin, jour de la naissance du Roi ou le lendemain, où ledit jour 5 septembre tombe en un dimanche ou jour de fête, lesdits ouvrages soient vus et visités par mesdits sieurs les prévôt des marchands et échevins de cette Ville de Paris, à la diligence de M. le procureur du Roi et de ladite Ville, qui, quinzaine auparavant, prendra la peine d’avertir ou faire avertir... ledit seigneur donataire ou celui des substitués qui jouira pour lors desdites terres et seigneuries, pour se trouver à ladite visite, à laquelle seront appeliez deux experts qui seront nommez par mesdits sieurs les prévôt des marchands et échevins, et sera dressé procès-verbal de ladite visite et des réparations qui seront à faire auxdits ouvrages, dont sera délivré une expédition audit donataire ou substitué, qui sera contraint de faire faire incessamment lesdites réparations et de payer les experts qui en auront fait les devis, et en cas de négligence par ledit donataire ou substitué de payer lesdits experts, ou de faire faire ou payer lesdites réparations, mesdits sieurs prévôt des marchands et échevins pourront faire avancer les deniers à ce nécessaires... Desquelles visites la première sera faite le 5 septembre prochain et sera en icelle fait procès-verbal de l’estât, nombre et qualité de tous lesdits ouvrages, dont la minute sera mise au greffe de ladite Ville, pour estre lesdits ouvrages recollez sur ledit procès-verbal dans toutes les visites qui seront faites ensuite à perpétuité.
La première visite de la Municipalité, qui eut lieu le 5 septembre 1687, et dont le procès-verbal a été inséré in extenso dans les Registres du Bureau de la
4o6 les visites du monument
Ville, est la constatation officielle de l’état du monument, qui est décrit minutieusement dans toutes ses parties; comme Piganiol de la Force dans sa Description de Paris lui consacre de longs développements et reproduit même le texte des inscriptions, il n’y a pas lieu de s’y arrêter.
La seconde visite fut effectuée le 5 septembre 1692, les deux experts Jean Beausire, juré du roi pour les œuvres de la Ville, et Charles Hébert, professeur royal de mathématiques en l’Université de Paris, constatèrent que la statue du roi avec les esclaves et attributs se trouvait en bon état, mais que la plupart des bas-reliefs n’étaient pas encore posés. Ils remarquèrent également que plusieurs chardons et pointes de fer au pourtour de la balustrade pour empêcher l’accès de l’enceinte du monument avaient été arrachés et brisés par les vagabonds, qui avaient également réussi à forcer les barres de fer de l’enceinte du groupe des colonnes au coin de la rue d’Aubusson et à arracher plusieurs pointes.
Le procès-verbal du 5 septembre 1692^ ne nous donne pas seulement l’état de conservation du monument, mais encore il entre dans d’intéressants détails sur la formation de la place des Victoires, conformément au plan de Mansart, et montre le souci à cet égard de l’édilité parisienne qui veillait avec un soin jaloux à ce que rien ne vînt rompre la régularité des constructions. On sait que l’hôtel de la Ferté-Senneterre, acheté par le maréchal de la Feuillade, qui en avait généreusement abandonné une partie lors de la formation de la place, devait, malgré ce retranche-