‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 185 sur 220 · I. Archives nationales, H · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, H

ment, comporter une façade en saillie sur la place, ce qui était d’un fâcheux effet au point de vue esthétique, mais, après la mort du maréchal, le i8 septembre 1691, on décida de revenir à la forme circulaire adoptée par Mansart; c’est ce qu’établit le procès-verbal du 5 septembre 1692 :

Nous avons trouvé, disent les experts, que les bâtimens des deux costez de ladite place sont entièrement faits et élevés sur leur plan circulaire, le premier fait par la Ville et l’autre opposé, du costé de la rue des Petits-Pères, par feu monseigneur le duc de la Feuillade, la face de l’hôtel de feu mondit seigneur duc estant au devant de ladite statue ayant esté avancée de trente pieds ou environ sur ladite place et en ligne droite, au lieu que suivant le plan agréé par le Roy, ladite place en ses trois faces contiguës devoit estre d’un cercle parfait, mais depuis la mort dudit seigneur duc, il a es-té arresté que ladite façade seroit retirée, et au lieu d’estre rétablie comme elle est à présent sur une ligne droite, elle sera continuée en ligne circulaire de pareille ordonnance et scimetrie que les deux autres costez de ladite place et à pareille distance du centre, et les faces opposées des hostels de Pomponne et Rambouillet aux deux encoigneures de la rue des Fossez sur ladite place ont esté restablies par ladite Ville et rendues de scimetrie l’une à l’autre.

Lors de la visite qui fut faite le 6 juin iy33 par Jean Beausire, architecte ordinaire du roi et de son Académie, maître général et inspecteur des bâtiments de la Ville, et Jean-Baptiste Loir, désigné d’office, les deux experts ayant examiné le groupe de la statue pédestre de Louis XIV en toutes ses parties, constatèrent que l’or se noircissait et se tachait en quelques endroits, particulièrement dans les parties plates et concaves, les plus exposées à la pluie et les plus proches

LES VISITES DU MONUMENT

du rez-de-chaussée, ce qui néanmoins causait très peu de difformité par rapport à l’ensemble, dont le coup d’œil était encore brillant, et furent d’avis que ces parties, dont l’or était un peu altéré, pouvaient rester dans le même état jusqu’à ce que l’on jugeât nécessaire de renouveler toute la dorure, mais estimèrent « qu’il seroit avantageux pour la conservation de la dorure de la figure pédestre, attributs et dépendances, de faire nettoyer au moins deux fois l’année la poussière que les eaux pluviales y attachent et qui contribuent beaucoup à gâter et noircir l’or, ce qui rendroit le coup d’œil plus agréable ».

Au dire des experts, la balustrade en fer avait besoin de quelques réparations, pour empêcher sa dégradation ; il y avait lieu de remplacer nombre de chardons brisés, ainsi que les bornes extérieures de la grille, pour la plupart brisées et détruites probablement par le passage des voitures.

Non contents de vérifier l’état du monument, les architectes firent porter leur examen sur la façade circulaire des maisons formant le pourtour de la place et servant de cadre à la statue de Louis XIV ; ils trouvèrent qu’il n’y avait aucun changement et que la symétrie n’en avait point été dérangée, à part la façade de la maison formant l’encoignure de la rue du Petit- Reposoir, dont les fondations s’étaient affaissées de longue date, ce qui avait occasionné quelques ouvertures de joints aux plates-bandes et soubassements des croisées.

En outre, ils déclarèrent avoir « remarqué que M. l’archevêque de Cambrai avait fait mettre ses armes au-dessus de la porte d’entrée de son hôtel, faisant l’encoignure de la rue du Fossé-Montmartre »,

suivant la permission qu’il en avait obtenue dès l’année 1725 :

Plus nous avons aussy remarqué qu’il a été fait un balcon au premier étage de la maison de M. de Clairambault, faisant l’autre encoignure de ladite rue, de simetrie à celuy de l’hôtel de Gambray, suivant la permission qu’il en a obtenue de la Ville en lySi.

Plus remarqué au pourtour de ladite façade qu’il manque plusieurs balcons au dessus des arcades au devant des croisées du grand étage et qu’il conviendroit y en mettre pour rendre la simetrie plus parfaite, y en ayant en la plus grande partie des maisons qui composent ladite place.

Plus remarqué qu’il manque vingt-six bornes d’accompagnement au devant des trumeaux des arcades de ladite place, pourquoy nous estimons qu’il seroit à propos d’exciter les propriétaires desdites maisons où il en manque d’en faire mettre, tant pour leur conservation que pour la simétrie de ladite place.

La minutie de ces observations-montre à quel point l’édilité parisienne se préoccupaitdes moindres détails de nature à compléter l’ensemble de la décoration de la place des Victoires.

Le procès-verbal de la visite suivante, qui eut lieu le 8 août 1738 par les soins de Jean-Baptiste-Augustin Beausire, architecte du roi et de son Académie, et de Jean Fauvel de Villiers, expert nommé d’office, ht des constatations identiques en ce qui concerne la dorure du monument, qui se tachait et noircissait de plus en plus, et conclut au nettoyage de la statue, ainsi que des bronzes et marbres qui étaient remplis d’ordure et de poussière. Relativement à la grille, il faut croire que l’on n’avait tenu aucun compte des observations présentées en lySS, car les experts reconnurent

LES VISITES DU MONUMENT

que nombre de chardons, flammes en pointes étaient brisés, et déclarèrent qu’il fallait bien nettoyer cette grille, puis la peindre en noir à l’huile pour éviter sa ruine totale.

A partir de cette époque, les visites s’espacent de plus en plus et se font non plus tous les cinq ans, comme dans le principe, mais tous les sept ans et même huit ou neuf ans. Beausire et Michel Tanevot, qui furent chargés de procéder à la visite du 28 juillet lySo, trouvèrent plusieurs grandes cassures aux Esclaves et constatèrent une fois de plus que la dorure du groupe principal se noircissait et se tachait en plusieurs endroits, mais estimèrent néanmoins qu’elle pouvait encore être conservée quelques années. Il est à noter que depuis l’inauguration du monument en 1686 la dorure de la statue qui, d’après l’une des clauses du contrat du 29 juin 1687, devait être renouvelée tous les vingt -cinq ans, ne le fut pas une seule fois, quoique le procureur du roi et de la Ville en eût fait la remarque, notamment en lySS; aussi les intempéries auxquelles le groupe fut exposé pendant trois quarts de siècle ne purent qu’aggraver la situation.

Les architectes du roi et de l’Académie, Pierre- Louis Moreau et Charles-Pierre Coustou, qui reçurent la mission de procéder à la visite du 10 juin 1766^ tout en reconnaissant le bon état du groupe, des attributs et ornements, qui avaient été bien nettoyés et frottés avec de l’huile, ne purent que faire des réserves au sujet de la dorure du monument et s’expriment en ces termes :

Nous avons ensuite examiné la dorure dudit monument

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