‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 44 sur 220 · Ouvr. cité, p. lxxxvii · texte numérisé non relu

Ouvr. cité, p. lxxxvii

5. U. V. Châtelain, Le surintendant Nicolas Foucquet, protecteur des lettres, des arts et des sciences; Paris, 1905, in-8°; p. 437-438.

6. L. Thuasne, Gentile Bellini et le sultan Mohammed II; notes sur le séjour du peintre vénitien à Constantinople (i4yg- 1480); Paris, 1888, in-8*; p. 69 à 62..

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lOI

démontré que Gentile, mort en iSoy, ne pouvait avoir retracé une scène qui eut lieu en i5i2. On l’attribue maintenant à Mansueti, ainsi que sa réplique, qui fait partie de la collection de L. Stern, à Paris ^ . Le sultan y est coiffé d’un grand turban blanc, évasé à la partie supérieure et plié de manière à former six protubérances très saillantes, destinées peutêtre à rappeler les cornes traditionnelles.

Ainsi toute une série de portraits, remontant pour le moins au xvi^ siècle, nous montrent des sultans d’Égypte coiffés de turbans cornus ou à formes 'étranges; et des traditions historiques prouvent que ce détail de costume était particulier aux sultans mamelouks. Ne serait-on pas autorisé à en conclure que l’émail de Brunswick représente un sultan du Caire? On pourrait même être tenté de supposer qu’il montre lui aussi (mais avec une autre coiffure) l’un des princes que nous avons cités ; car les traits donnés au personnage par l’émailleur n’y contrediraient pas.

Sans préciser à ce point, on peut croire qu’il s’agit d’un prince mamelouk; et il n’y a pas lieu d’être très surpris en constatant qu’un émailleur limousin du xvie siècle a représenté un souverain musulman. Car on sait maintenant qu’à partir de la fin du xv« siècle il y eut un échange fréquent de portraits entre les états musulmans et ceux de l’Occident chrétien. Gentile Bellini fut appelé à Constantinople en 1479 par Mahomet II, et ses oeuvres eurent un tel succès auprès des Turcs que les artistes orientaux les co-

I, Jean Guiffrey, La collection de Louis Stern] les Arts ^ novembre 1911; fig. p. 16. — La figure du sultan, d’après le tableau du Louvre, a été reproduite par M. Martin, New originals and oriental copies (voy. plus loin).

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pièrent. On en a la preuve pour une miniature qui représente un peintre ottoman exécutant un portrait d’homme, aujourd’hui dans la collection de Gardner à Boston : M. Martin en a découvert une copie signée par Behzad, le grand miniaturiste persan du xvie siècle (collection de M. Jacques Doucet), D’autre part on voit que, depuis l’Inde jusqu’à la Turquie, les artistes musulmans reproduisirent souvent, à partir du xv« siècle, les traits de leurs contemporains illustres ^

Les amateurs occidentaux qui constituèrent au xvie siècle les premières grandes collections icono-, graphiques purent ainsi (souvent par l’intermédiaire des Vénitiens) recueillir ou faire copier des portraits de personnages orientaux. Nous venons d’en avoir la preuve pour Paul Jove, et d’autres exemples pourraient être ajoutés au sien : ainsi Thevet a raconté qu’il possédait plusieurs portraits d’orientaux, dont celui de « Melech Salai », souverain de Damas détrôné par Saladin : « l’ay apporté son pourtraict de la ville de Damas, qui me fust donné par un Euesque Arménien auec d’autres 2. »

On comprend donc maintenant comment un émailleur limousin du xvi^ siècle a pu reproduire, —

1. F. R. Martin,^ portrait of Gentile Bellini found in Constantinople ; Burlington Maga^ine^ vol. IX, 1906. — F. Sarre, Eine Miniatur Gentile Bellinis, gemalt 1 4jg-i 480 in Konstantinopel ; Jahrbuch der kgl. Kunstsammlungen ; Berlin, igo6. — F. Sarre, The miniature by Gentile Bellini; Burlington Maga\ine^ vol. XV, igog. — F. R. Martin, Two portraits by Belr^ad, the greatest painter of Persia; Burlington Magai^ine, vol. XV, igog. — F. R. Martin, New originals and oriental copies of Gentile Bellini found in the east; Burlington Maga- \ine^ vol. XVI, 1910.

2. Thevet, Pourtraits et vies des hommes illustres; Paris, i584, in-fol.; fol. 627 [628] v”.

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d’après un modèle oriental qu’il serait intéressant de retrouver, — les traits d’un sultan du Caire. Mais il convient de noter que cette plaque, presque unique, est l’une des plus anciennes œuvres d’art françaises retraçant un sujet de ce genre; car elle est bien antérieure aux recueils de Thevet (iSSq), de Du Verdier (iSyB) ou de Roville (i553) qui ont vulgarisé les portraits d’orientaux. On peut en effet, d’après sa technique et son style, déterminer assez exactement l’époque où elle a vu le jour.

Son revers est recouvert d’une couche opaque d’émail grisâtre, lavé de vert; et ce détail seul suffirait à prouver qu’elle date du premier tiers du xvi® siècle, car, à partir de i53o environ, les artisans limousins ont employé comme contre-émail un « fondant » incolore et translucide, au travers duquel on aperçoit la plaque de cuivre.

Et le style de l’œuvre confirme les indications fournies par sa technique. On pourrait en effet la rapprocher de diverses plaques, représentant chacune un prophète ou un apôtre debout, qui ont servi de volets à des triptyques, suivant une disposition fréquente à Limoges. Parmi les plus anciennes, de l’époque de Nardon Pénicaud, on devrait mentionner celles des Musées du Louvre, d’Orléans et de Bruxelles; et parmi les plus récentes, contemporaines de Jean pr Pénicaud, celles de la collection de M»"® la comtesse de Valencia et du Musée Wallace. D’un style plus archaïque que ces dernières, la plaque de Brunswick semblerait intermédiaire entre l’art de Jean P% plus souple et plus élégant, et celui des contemporains de Nardon. Une étude d’ensemble sur les productions de ces ateliers du premier quart du siècle.

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importants mais très mal connus, permettra seule de lui attribuer sa place exacte parmi les œuvres de cette époque.

En attendant de publier ce travail, — compliqué et assez considérable, — nous avons voulu aujourd’hui insister sur l’intérêt iconographique que présente la belle plaque du Musée de Brunswick, curieux essai d’orientalisme dans l’art limousin, et indiquer quelle date il convient de lui assigner.

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