‹ Mélanges offerts à M. Henry LemonnierChapitre 43 sur 220 · V.., ( :-i V< ■ ‘.yy.pÀ^tÜ'peîl’' • *OU · texte numérisé non relu

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UN PORTRAIT DE SULTAN

donner dans ses Eloges une explication détaillée, que nous reproduisons d’après l’édition française de îSSq :

Le Saladin, en son viuant, auoit usage de porter à la teste (selon la coustume de la nation) un turban cornu, de toille : pour monstrer auec noble argument, à ceux qui le voyoient, autant de Royaumes conquestez par sa valeur : laquelle façon de diademe nous voyons depuis avoir esté usitée par les Soldans, ses successeurs. Et ainsi la figure de Saladin, auec la manière de cest habit, me fut iadis donnée par M. Donato da Legge, gentil-homme Vénitien, homme illustre pour les charges qu’il a eues longuement en Gipre et en Sorie, et aussi pour l’estude de l’histoire, et de toute antiquité L

Le portrait oriental que Donato da Legge avait communiqué à Paul Jove dérivait sans doute d’une de ces collections iconographiques que les musulmans d’Égypte s’étaient plu à former, et dont nous savons que des répliques parvinrent en Europe, comme le prouve l’histoire d’un autre portrait de sultan à turban cornu, Kait-bay.

La collection de Paul Jove nous fournit en effet un second exemple de cette coiffure étrange, sur la tête d’un autre souverain égyptien. Dans sa galerie il avait donné place à un autre sultan mamelouk, Kaitbay, qui régna de 1473 à 1495. Le tableau existe encore dans la collection de M. le marquis Rovelli, à

I. Les éloges et vies briefvement descrites sous les images des plus illustres et principaux hommes de guerre^ antiques et modernes : qui se voyent à Como, au Musée de Paolo louioy Euesque de Nocere : traduites par Biaise d'Eueron. — Auec priuilège du Roy. A Paris, pour Galliot du Pré, tenant sa bouticque au Palais, au premier pillier en la grande salle. i559; petit in-4®. P. 18-19.

UN PORTRAIT DE SULTAN

Corne et on en possède également deux copies anciennes dans les séries de Florence et de Vienne^. Le sultan est représenté en buste, de profil à gauche ; il est coiffé d’un grand turban composé de larges bandes blanches, d’où sortent au-dessus du front deux cornes noires formées de tiges quadrangulaires; elles s’élargissent à leurs extrémités supérieures, où elles sont coupées carrément. Et cette fois encore on ne saurait accuser le peintre italien d’avoir imaginé cette étrange coiffure : car Paul Jove a pris soin de noter qu’il avait fait exécuter ce tableau d’après une peinture conservée au palais de Memphis, lequel fut détruit par les Turcs en iSiy.

Enfin, il est un troisième sultan d’Egypte que ses portraits montrent coiffé de turbans à cornes ou d’autres formes singulières : Kansou Ghoury, le dernier sultan mamelouk, qui régna de i5oi à i5i6 et après lequel l’Egypte tomba sous la domination des Turcs. Ce prince paraît avoir intéressé particulièrement les Européens, car on a de lui une série de portraits.

Nous le trouvons dans la galerie de Paul Jove, et sous deux aspects différents. La peinture de Corne, dont on peut voir les copies à Florence et à Vienne^, le montre en buste, de trois quarts à gauche, coiffé d’un bonnet qui descend jusque sur le cou et que surmonte un grand chapeau plissé, en étoffe grise, évasé

1. Nous devons ce renseignement à l’obligeance de M. le D'' Emil Schaeffer.

2. F. Kenner, oiivr. cité; Jahrbiich de Vienne, t. XIX, p. i36; n° 24.

3. F. Kenner, ouvr. cité; Jahrbuch de Vienne, t. XIX, p. 137; n“ 25.

UN PORTRAIT DE SULTAN

à la partie supérieure et muni au bas d’un bourrelet de même étoffe. Ce tableau n’est d’ailleurs pas celui qui a été reproduit dans l’édition illustrée des Eloges de Jove% dont la planche montre le prince dans la

D’après C. Vecellio.

même pose, mais avec une autre coiffure : il porte un turban droit, plissé, d’où sortent en avant deux cornes formées de bandes enroulées. Cette dernière gravure a été, à son tour, copiée très exactement

I. Eigentliche und gedenkwürdige Contrafactiiren,... p. 71. — Jove aurait-il possédé deux portraits de ce sultan ?

UN PORTRAIT DE SULTAN

par Théodore de Bry dans ses Vitae et icônes sultanortim ^ .

C’est également un turban à cornes que porte Kansou Ghoury dans le portrait que Vecellio a donné de lui dans ses Habiti antichi et moderni^ ; le sultan est coiffé d’un turban de forme presque carrée, qui touche aux épaules, et que surmontent deux cornes verticales (fig. p. 99). Cette planche semble avoir été gravée par Vecellio d’après un dessin fait pour illustrer une relation manuscrite du voyage de Domenico Trevisan au Caire en i5i2; ce manuscrit a appartenu à M. Ch. Schefer, qui l’a mentionné dans un ouvrage dont il va être question^.

Il existe en effet un quatrième portrait de Kansou Ghoury, bien connu depuis son identification par M. Schefer^ : c’est un tableau du Musée du Louvre qui représente l’ambassadeur vénitien Domenico Trevisan reçu en audience au Caire par le sultan Kansou Ghoury en i5i2. Cette curieuse peinture, qui appartint jadis au surintendant Foucquef^’, a pendant longtemps été attribuée à Gentile Bellini , jusqu’au moment où M. Schefer, puis M. Thuasne® ont

1. Vitae et icônes sultanorum Ua'cicorum, principum Persarum, etc.; Francfort, iSgô, in-8"; pl. p. 140.

2. C. Vecellio, Degli Habiti antichi et moderni di Diiierse Parti del Mondo; Venise, iSgo, in-8“; fol. 477 v“ à 479.

3. Ch. Schefer, Le voyage d'outre-mer de Jean Thenaudy ... suivi de la relation de l'ambassade de Domenico Trevisan auprès du Soudan d'Égypte ( 1 5i2); Paris, 1884; in-8“; p. lxxv.

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