I. En blanc dans le texte
Quelque tems après, Perrier fut chargé du plafond de la seconde Chambre des Enquêtes, il y a représenté la Justice accompagnée de tous ses symboles. Cet ouvrage étoit à peine fini que M. de Guénégaud, surintendant des Finances, le chargea du dôme de sa chapelle de Fresne où Ton voit une Assomption de la Vierge. Il fut aussi choisi pour travailler au château de RinciC M. Bordier, maître de cette belle maison, aimoit à voir la variété des manières, car les trois chambres du premier étage sont ornées de peintures de différentes mains et le morceau de Perrier est assurément le plus distingué et peut être regardé comme un des plus beaux qu’il ait faits. C’est une Bacchanale de la plus élégante et de la plus agréable composition; elle rappelle les nobles idées de Jules- Romain lorsqu’il a exécuté de pareils sujets. Celui-ci est exécuté à fresque et ne peut être mieux conservé. On pourroit y reprendre un peu de dureté dans la couleur, La calotte du sallon de cette même maison est encore de la main de Perrier, elle fait- voir des compartimens et des bas-reliefs feints de stuc, ils sont de la plus grande beauté et de l’effet le plus trompeur. Des affaires particulières, dont le détail ne nous est pas connu, engagèrent Perrier, après avoir terminé cet ouvrage, à faire un second voyage à Rome ; il revint à Paris en lôqS pour ne s’en plus éloigner et, en 1648, qui fut l’année de l’érection de votre Académie, il fut nomme un des douze premiers officiers chargés de conduire l’École et de présider à ses exercices sous le nom d’Anciens.
La gallerie de l’hôtel de la Vrillière, qu’il fut chargé d’exécuter à fresque à son retour, seroit seule capable de faire son éloge, en ne considérant même que la préférence qui lui fut donnée ; car dans tous les tems les hommes ont été honnorés’et flattés de certains choix, tel étoit celui que pouvoit faire M. de la Vrillière. Ce ministre
I. « Nommé aujourd’hui Livri », dit le ms. des beaux-arts. Le château avait été acheté, en effet, en 1694 par Louis Sanguin, marquis de Livry, qui fut maréchal de carnp et maître d hôtel du roi. Cf. Ch. Chavard et O. Stemler, Recherches sur le Raincy^ Paris, 1884, in-8°.
VIE INÉDITE DE FRANÇOIS PERRIER. IçS
étoit non seulement amateur, mais bon connoisseur, il en a laissé la preuve la plus assurée par Fassemblage d’un de ces cabinets, dont même le premier coup d’œil déclare aux curieux le grand goût et les connoissances solides de celui qu’il l’a formé. La justice qu’on rend à ces sortes d’assemblages se conserve dans la république des arts, même longtems après que ces beaux cabinets sont dispersés, et l’on cite éternellement les morceaux qu’ils ont possédés; c’est un nouveau titre pour la preuve de leur beauté.
La gallerie dont Perrier fut chargé est véritablement magnifique; elle a 19 toises 4 pieds de longueur sur la largeur de 3 toises un pied. Les sujets dont Perrier l’a ornée ne forment point une suite historique; il a donné carrière à son imagination et n’a représenté que les sujets de la Fable qui lui ont paru les plus agréables et les plus heureux pour son talent; mais, dans le dessein de rendre la totalité flateuse et recommandable, il a peint dans la voûte un compartiment d’architecture varié par des arcsdoubleaux, des cadres, des panneaux et des bordures ovales, dans lesquelles il a renfermé ses tableaux, dont la variété est des plus piquantes.
Le premier tableau de la voûte, sur la droite en sortant ' de l’appartement, représente VEntreveuë de Neptune et d'Amphitrite. L’un et Fautre sont accompagnés des divinités de la mer et sont représentés avec tout l’appareil de leur cour.
Celui de la gauche présente Junon dans son char traisné par des paons; cette déesse est accompagnée d’iris et commande à Éole de laisser sortir les vents pour favoriser sans doute l’armée des Grecs assemblée pour le siège de Troye.
On voit ensuite à côté d’un arc-doubleau plusieurs panneaux ronds qui renferment les portraits de quelques-uns des héros de l’antiquité.
Dans l’espace compris entre les deux autres arcs-doubleaux, Perrier a placé au milieu de la voûte un grand tableau dans lequel il a fait voir Diane assise sur un nuage, accompagnée des génies de la chasse avec leurs attributs. Des bas-reliefs feints de bronze doré, qui repré-
sentent Amphjrtrite dans une conque marine tirée par des dauphins et Borée qui enlève Oréthie, sont placés à droite et à gauche sur la chute de la voûte.
Le tableau principal de cette partie de la voûte est enfermé dans un quadre dont les extrémités forment de l’un et de l’autre côté des portions de cercle dans lesquelles sont peints Apollon dans son char, accompagné du Tems, des Heures, de l’Aurore, des Zéphirs et de la Nuit qui se retire à l’approche du soleil.
Au delà de ce grand tableau et dans le milieu de la voûte, entre deux arcs-doubleaux, il a placé l’Aurore avec tous ses attributs. Dans une bordure ovale, à la droite de ce morceau, on voit un bas-relief feint de bronze vert et de forme ronde; il représente Hercule qui étouffe Antée, et dans un autre bas-relief, à la gauche, et qui fait pendant à ce dernier, il a placé deux Vestales qui conservent le feu sacré.
Les deux derniers tableaux de la voûte sont enfermés chacun dans un grand quadre, celui de la main droite représente Pluton lorsqu’il enleva Proserpine et celui de la main gauche Jupiter qui vient avec toute sa gloire rendre visite à Sémélé.
Le haut des deux faces opposées de la galerie et qui terminent la longueur de la voûte, et qu’on appelle des culs-de-four, sont également ornés de peintures ; sur le haut de la face ceintrée, du côté des appartemens, il a placé plusieurs figures symboliques, telles que l’Architecture et la Musique, et dans la face opposée la Peinture et la Sculpture avec les richesses des symboles accordés aux arts libéraux.
Enfin, les trumeaux et les lambris de la gallerie sont ou de la main de Perrier ou bien exécutés sur ses desseins. Cet ouvrage à fresque prouve assurément un beau génie et une grande exécution, et l’artiste, par conséquent, fait beaucoup d’honneur au pays qui l’a produit.
Perrier a aussi travaillé pour M. le président Lambert, qui n’a rien épargné pour rendre recommandable du costé des arts sa belle maison placée à la pointe de l’Isle. Bien des gens ont sacrifié de tous les tems des sommes immenses à la décoration de leurs maisons; mais tous
n’ont pas apporté, comme M. Lambert, le soin et la connoissance dans le choix des grands hommes qu’ils ont employés.
Perrier lui a fait quelques tableaux qui représentent des sujets de la fable, ils sont placés dans la gorge du plafond du cabinet des Muses et peints sur fonds d’or; ils font honneur à celui qui les a produits, quoy qu’à dire la vérité ce soit peu de chose et que dans cette place il ait affaire à un mauvais voisin. Le Sueur.
On voit encore deux petits plafonds de Perrier dans l’église des religieuses de Sainte-Marie de la rue Saint- Antoine; ils sont à fresque et de forme ovale, l’un est au milieu de cette église et représente une gloire céleste, l’autre est placé dans la chapelle de la Vierge et l’on y voit une Assomption ; ces morceaux, peu considérables par eux-mémes, font cependant plaisir à voir.
Il mourut à Paris au mois de juin i65o; il étoit le septième de la classe des Anciens; c’est, comme je vous l’ai déjà dit, le nom qu’on donnoit aux professeurs dans l’enfance de l’Académie. Le sort l’avoit fait professeur, et il le fut pendant deux ans, ou peu s’en faut; car elles n’étoient pas tout à fait expirées lorsqu’il mourut. Il n’étoit point encore d’usage dans ces premiers tems de donner des tableaux de réception, ainsi vos salles n’ont point l’avantage de posséder des preuves de son mérite.
Perrier étoit grand et d’une figure agréable, et, quoyque son caractère fût sage, froid et modéré, il étoit vif pour ses amis et, par une conséquence nécessaire et dépendante de ces mêmes qualités, il avoit plus réuni que personne l’estime particulière et généralle. Voilà le portrait de ses moeurs et celui de sa figure. Quant à ses talens, il avoit beaucoup de feu, son génie étoit facile, sa manière de dessiner aisée et agréable ; il peignoit assez bien le paysage et suivoit dans cette partie le stile des Caraches. Son coloris étoit à la vérité un peu outré et ses ombres trop noires. On peut lui reprocher de n’avoir pas toujours été fort exact dans la perspective pour la place de ses figures.
On ne connoît point de peintres qui ayent gravé un plus grand nombre de planches à l’eau forte. Il a fait voir
igS VIE INÉDITE DE FRANÇOIS PERRIER.
dans ce genre beaucoup d’esprit et de facilité ; l’un et l’autre sont en effet l’attrait et le mérite de cette petite partie de l’art. Dans la grande dispute qui s’éleva sur les deux célèbres tableaux de la Communion de saint Jérôme, peints l’un à Bologne, dans la Chartreuse, par Augustin Carache et l’autre à Rome par le Dominiquain, Perrier fit une eau forte du premier à la prière de Lanfranc, et ce grand peintre envoya cette estampe par toute l’Europe pour prouver qu’il avoit eu raison de soutenir que le tableau du Dominiquain étoit composé d’après celui d’Augustin Carache.
Liste des ouvrages de Fr. Perrier.
Plusieurs ouvrages à Tivoli dans le Palais du cardinal d’Est.
Un Crucifix pour le grand-autel de Sainte-Genevièvedes-Ardens.
Un Crucifix, accompagné de plusieurs figures, pour l’auteur du chapitre de la Chartreuse de Lyon et les huit morceaux suivans pour les mêmes religieux :
Une Prière de J.-C. au jardin des oliviers dans la chachapelle de Saint-Antoine.
Une Décolation de saint Jean. Morceau qu’il a gravé, placé dans le chœur.
J.-C. accompagné de la Vierge et de saint Joseph, placé dans le chœur.
La Cène, c’est le plus grand morceau des huit. Celui-ci est dans le réfectoire.
Saint Anthelme, évêque du Bellay et général de Vordre des Chartreux, qui ressuscite un homme mort de la piqûre d’une vipère, placé dans le chapitre.
Un Crucifix, avec une Magdelaine et Saint Bruno, dans la chambre du prieur.
Un Saint Bruno qui offre un lys à la Vierge, dans la même chambre.
On voit dans le petit cloître de cette même Chartreuse dix autres morceaux à fresque de la vie de saint Bruno. En voici les sujets :
Saint Bruno qui se propose de quitter le monde et qui exhorte ses amis à une pareille retraite.
Une apparition des anges à saint Bruno.
L’Entreveüe de saint Bruno et d’un hermite.
Saint Hugues, évêque de Grenoble, couché par terre avec un sentiment de mortification, quoyque revêtu de son habit épiscopal.
Saint Hugues qui donne l’habit de Chartreux à deux compagnons de saint Bruno.
Une apparition de la Vierge à saint Bruno sur le sommet d’une montagne.
Saint Bruno et ses compagnons prosternés aux pieds d’Urbain II qui les reçoit favorablement.
Une apparition de la Vierge et de saint Pierre à un Chartreux.
Le Pape offrant à saint Bruno la dignité épiscopale qu’il refuse.
Saint Bruno qui apparoît à Roger, comte de Calabre, et qui lui révéle la trahison d’un de ses capitaines.
La Chapelle de Chilly, sur les desseins de Vouet.
Alexandre et son médecin.
Hercule et Omphale.
Une allégorie sur la naissance de Louis XIV.
Vulcain qui forge des armes en présence de Vénus.
Acis, Galathée et PoliphémeL
Le Triomphe de Neptune.
Saturne qui coupe les ailes à l’Amour’^.
La Justice avec ses symboles, dans le plafond de la seconde Chambre des Enquêtes.
Le Dôme de la chapelle de Fresne.
Une Bacchanale à fresque, dans le plafond d’une’ chambre du château de Livri, autrefois nommé de Rinci.
La gallerie de l’hôtel de la Vrillière, aujourd’hui l’hôtel de Toulouse.
Quelques morceaux pour M. le président Lambert.
1. Au Louvre, n“ 694. La gravure de ce tableau, éditée par N. de Poilly, est due à Perrier lui-même. Elle ne figure pas dans le catalogue de R. Dumesnil.