‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 113 sur 276 · UN ADMIRATEUR DE THEOPHILE CRITIQUE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

UN ADMIRATEUR DE THEOPHILE CRITIQUE LITTÉRAIRE

« La Satyre du Temps » (1622) et son auteur.

La Satyre du Temps est la première manifestation de critique littéraire au xvne siècle j elle nous apporte un jugement sommaire sur les principaux écrivains de la régence de Marie de Médicis et du commencement du règne de Louis XIII. A ce titre, elle mérite qu'on s'y arrête un instant. La personnalité de son auteur n'est pas non plus indifférente, l'intérêt attaché à ses appréciations dépend de leur valeur propre et aussi de la situation sociale que cet auteur occupait lorsqu'il les a formulées.

Nous devons la connaissance de cette curieuse pièce à M. Ed. Tricotel qui, en l'insérant dans ses Variétés bibliographiques, l'a entourée de commentaires copieux \ Malheureusement, il n'a pu préciser la date exacte de sa publication et les renseignements qu'il fournit sur son auteur présumé : Nicolas Besanzon, sont peu abondants. Laissons-lui la parole :

« Elle [La Satyre du Temps) parut pour la première fois, suivant Le Clerc, à Lyon, en 1619, à la suite de V Espadon Satyrique (de Desternod). On la retrouve dans d'autres éditions de ce livre, notamment dans celle de Lyon, Jean Lautret, 1626, in-12 de 143 pages (elle occupe dans cette édition les pages 131 à 139), ainsi que dans la Satyre Menippêe de Courval- Sonnet, Lyon, Vincent de Cœursilly, 1623, in-8, p. 186-193. *).

« Quel est l'auteur de cette pièce ? Sur ce point, les avis sont partagés. Les uns, comme Goujet (Bibliothèque Française, t. XIV, p. 310-313), et l'abbé Joly pensent que Courval a écrit cette satyre ; d'autres, comme Le Clerc et d'Artigny (Nouveaux Mémoires d'Histoirs et de Littérature, t. VII, p. 111-121), l'attribuent à un poète assez obscur nommé Besançon. Pour

1. Nous renvoyons, pour le texte complet de cette pièce, aux Variétés bibliographiques de M. Ed. Tricotel, 1863. Nous ne donnons ici que les extraits qui nous permettent de chercher à en découvrir l'auteur.

2. Courval-Sonnet a été complètement étranger à cette édition de 1623, elle reproduit, en effet, simplement la troisième édition de la Satyre Menippêe de Paris, 1610 ; mais pour qu'on ne puisse la reconnaître, on a supprimé 1' A\: au Lecteur » et le sixain de Courval relatif à cette troisième édition.

nous, nous n'hésitons pas à admettre cette dernière opinion, et voici nos motifs à l'appui. Besançon a signé La Satyre du Temps dans l'édition de L'Espadon ci-dessus indiquée; dans la Satyre Menippée de Courval1, au contraire, aucun nom, aucune signature. C'est là, ce me semble, un motif suffisant pour donner la paternité de l'œuvre à Besançon, qui se nomme et qui signe. Dira-t-on que ce nom est un nom de convention et de fantaisie? Non, car nous trouvons, dans les œuvres de Gilles Durant, une pièce intitulée Songe adressée à Nicolas Bezançon. C'est l'ode XXI du premier livre2 ; malheureusement cette pièce n'apprend rien sur notre auteur. Nous voyons également dans le même volume, au milieu des pièces en l'honneur de Durant, une longue ode à la manière antique avec strophes, antistrophes et épodes, signée Nie. Bezançon. Tout ceci prouve, selon nous, que ce poète a réellement existé et n'est nullement un être imaginaire. Nous croyons donc que La Satyre du Temps est l'œuvre de Nicolas Bezançon et qu'elle doit lui être restituée. »

Plus heureux que M. Ed. Tricotel, nous avons découvert l'édition de L'Espadon Satyrique où La Satyre du Temps a paru pour la première fois, «e n'est pas celle de Lyon, 1619. La voici :

U Espadon Satyrique. Par le sieur Desternod. Reveu et augmenté de nouveau. Lyon, Jean Lautret, 1622, in-12 de 5 feuillets et 155 pages chiffrées \

La Satyre du Temps est ainsi des derniers mois de 1621 ou du premier semestre de 1622.

Dans cette édition de L'Espadon Satyrique, La Satyre du Temps porte Besançon tout court. Est-ce à dire qu'elle soit, comme le croit Ed. Tricotel, de Nicolas Besanzon, l'ami de Gilles Durant de la Bergerie? C'est une autre question.

Nous sommes un peu, mais pas beaucoup plus renseigné sur Nicolas Bezançon que ne l'a été Tricotel. Nous savons seulement qu'il a contribué pour un sonnet au Tombeau d'Othon Turnèbe (ou Tournebu)

1. Cette édition de La Satyre Menippée contre les femmes de Courval-Sonnet (Lyon, 1623), a été faite, nous l'avons dit, sans la participation de l'auteur ; les éditions de Rouen des Satyres de Courval-Sonnet ne renferment pas La Satyre du Temps, par exemple l'édition de Rouen, Guillaume de La Haye, 1627.

2. Œuvres Poétiques du sieur de la Bergerie, avec les imitations tirées du latin de Jean Bonnefons, Paris, Abel l'Angelier, 1594, in-12 (Tricotel).

3. C'est la troisième édition, de Jean Lautret, de L'Espadon Satyrique. Elle renferme, en dehors des XVI satyres de Desternod, une ode satyrique d'un amoureux à sa maistresse, qui a remplacé, dans l'édition de Cologne, 1680, la XVIe satyre contre l'apostat Léandre. Nous avons donné sur Desternod la première notice exacte avec bibliographie dans l'ouvrage suivant : Le Libertinage au XVIIe siècle. Bibliographie des Recueils collectifs de Poésies libres et satiriques publiées de 1600 jusqu'à la mort de Théophile de Viau (1626), Paris,

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