Bibliothèque Nationale. Fonds français, n
2. La seconde et dernière publication des Réflexions sur le Bonheur, fut faite sur le texte de la première, par Hochet. Lettres inédites de Mme du Cliatelet à M. le comte d'Argental, Paris, Xhrouet, etc., 1806, in-8 (p. 337-369).
à Voltaire, et datés ineptement de Londres, le 14 mai 1739 ', discours dont la pensée semble assez analogue à celle de la commentatrice de la Bible, niais dont le ton est bien éloigné de celui de l'écrivain de la Dissertation sur Vexistence de Dieu. Dès 1793, Longchamp, l'ancien valet de chambre, s'évertuait à ramasser ses souvenirs, dont l'exacte rédaction ne fut imprimée qu'en plein xixe siècle 2. Le temps n'était pas encore venu, de la publication des lettres où s'étale la vie privée de Voltaire et de son illustre amie 3. Mais dès le 25 messidor an IV, l'éditeur des Opuscules, l'abbé de Vauxcelles, évoquait en propres termes, dans une feuille quotidienne, « Voltaire surprenant Saint-Lambert bc son Emilie ». Et dans le Journal littéraire, Clément, qui gardait tenace la rancune de son incarcération au For-1'Évêque, écrivit, le 5 vendémiaire an V : « Bien des personnes croiront qu'une femme qui sacrifiait l'auteur de la Pucelle à l'auteur des Saisons ne se connaissait guère en bonheur. Mais... en se débarrassant de la fidélité comme d'un préjugé, en consultant les intérêts de sa santé, en multipliant ses goûts et ses passions, et surtout en se faisant illusion, Mme du Châtelet pouvait trouver Saint-Lambert aussi aimable que Voltaire ». Que faire contre l'insolence, aux époques de liberté licencieuse? Le vieux gentilhomme philosophe se pouvait répondre qu'en rendant, en son dernier ouvrage, un témoignage suprême à la femme dont il avait jadis éprouvé la vaste intelligence et le cœur bienfaisant : il inséra, dans ses « Mémoires pour servir à la vie du maréchal de Beau- \>au », — dont, par un singulier retour, Suard devait être appelé, en 1801, par l'altière maréchale, à supprimer l'édition, à remanier le texte1, ce portrait authentique, capable de compenser la discrétion, qui surprit Sainte-Beuve, avec laquelle l'audacieuse moraliste des Réflexions avait parlé du bonheur de la vertu : « Ce que M. de Beauvau aimait surtout en Mme du Châtelet, c'était sa simplicité, sa candeur, cette facilité à pardonner à ceux dont elle avait à se plaindre, enfin, ce cœur qui n'a jamais connu la haine que pour les ennemis de ses amis, ce cœur qui la faisait penser bien de tous les individus, quoiqu'elle pensât beaucoup de mal de notre espèce ».
Georges Mangeot.
Agrégé des Lettres Professeur de Première au Collège Stanislas.