A Bouillon, et à Paris (Lacombe), 1769, 3 vol. in
Chamfort avait prêté son « recueil philosophique », témoignait à son ami une entière estime pour l'ouvrage, une parfaite méconnaissance de l'auteur. En Lorraine, d'autre part, le cahier avait fait son chemin : l'opuscule figure, proprement calligraphié, en tête d'une compilation faite pour la comtesse de Boisgelin, dame de Remiremont '. Or Marie de Boisgelin de Cucé, sœur cadette de l'archevêque d'Aix, et du comte, était, depuis le 6 novembre 1760, belle-sœur de Marie-Stanislas-Catherine de Boufflers-Remiencourt, la fille de la Chloé de Saint-Lambert, de la confidente d'Emilie, de la favorite de Stanislas, de l'amie du poète local François Devaux, dit Panpan ; et il se peut que le dissentiment né, dès janvier 1765, entre le grandmaître de la garde-robe, et le lecteur du roi de Pologne, eût pour origine quelque indiscrétion de ce faible Panpan.
Quoi qu'il en soit, c'est au cours de l'été 1796 que furent publiées, (p. 1-42) dans les Opuscules philosophiques et littéraires la plupart posthumes ou inédits » (Paris, Chenet, in-12), les Réflexions sur le Bonheur ", Les éditeurs, qui s'en défendirent dans le Journal de Paris, s'étaient dénoncés par leurs initiales. Suard, avec délicatesse, avait laissé à l'abbé Bourlet de Vauxcelles le soin de rédiger la notice, peu exacte, sur la marquise. « M. de S L..., le jeune poète qui depuis s'est élevé à la célébrité et même à la gloire littéraire », touchait alors au terme de sa quatre-vingtirinr année ; il venait de traverser la Révolution, d'une fort maussade humeur, et d'un très vert courage, en compagnie de la comtesse et du comte d'IIoudetot ; et, tandis que Didot l'aîné lui publiait une magnifique édition de ses poèmes et de ses contes, il avait signé un traité avec Agasse, le 19 germinal an IV, pour l'impression tardive de ses œuvres philosophiques. Le négociateur du traité fut l'oncle par alliance de l'éditeur, Suard luimême, qui, compromis dans l'échaufîourée de Vendémiaire, s'était réfugié chez une amie, à Cernay ; et ses voisins de Sannois, le citoyen Saint-Lambert et sa Doris, avaient de bonne grâce oublié leurs ressentiments piccinistes à l'égard du piquant « Anonyme de Vaugirard ».
L'autorisation de publier les Réflexions fut-elle le gage du raccommodement? Les objections de la décence étaient certes périmées par le temps ou par la mort. Le dernier, le duc du Chatelet, l'année même où la tombe de sa mère était violée par d'odieuses réquisitions, avait terminé vaillamment, sur l'échafaud, une atroce agonie. Pour la mémoire d'Emilie, les fables colportées le long d'un demi-siècle ne l'avaient que trop diffamée. Après les racontars de Chamfort, de Pougens, de Boisjourdain, etc. etc., on était allé jusqu'à publier, sous le nom de Mme du Chatelet, des Doutes sur les Religions révélées, dédiés