‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 195 sur 276 · Globe, 14 juillet ; Mentor, 12 juillet · texte numérisé non relu

Globe, 14 juillet ; Mentor, 12 juillet

4. « Tous les moyens de comédie, tous les jeux de scène, tous les lazzi, toute les phrases et tous les usages de convention dont s'amusaient tant nos bisaïeux sont rapprochée avec une perfidie diabolique, qui en fait ressortir la niaiserie et la fausseté ». Globe, 14 juillet.

que les procédés classiques : Dorante, pour « exposer » le sujet, raconte à son valet, en dépit de ses interruptions, une histoire que celui-ci sait fort bien ; et quoi de moins naturel que les déguisements de ce même valet, qui joue le rôle d'un notaire, sans que le vieil Orgon, qui l'a vu maintes fois, daigne le reconnaître? Naturellement, la pièce est écrite en vers, et ce n'est pas là le moindre grief des spectateurs. Il suffit, on le voit, de prendre le contre-pied de ces critiques' pour aboutir à la formule chère aux romantiques de 1827 et à leur organe, Le Globe : originalité et vérité.

Mais qu'ont-ils à opposer aux œuvres qu'ils parodient? Le prologue des Proverbes au Cfiâteau nous fournit la réponse : la véritable comédie, bannie de la scène, s'est réfugiée au salon et dans un genre d'apparence secondaire, le proverbe. Lorsque Mme de Livrac propose à ses invités d'en jouer, sa proposition est accueillie avec enthousiasme par les jeunes gens, avec froideur par les classiques ; la disi Mission qui s'engage est un parallèle entre les proverbes et la comédie ; Gautier, qui tient pour cette dernière, accuse ces productions frivoles de gêner le développement du grand art2 ; des doléances semblables sont le thème favori des classiques ; pour se faire une idée de la concurrence des deux genres, il suffit de parcourir le Globe* ou le Mercure du XIXe siècle^. Mme de Livrac et ses amis répliquent en exaltant les qualités de ces scènes pleines de vérité, de naturel et de piquant ; ils répètent les considérations dont tous les journaux romantiques accompagnaient l'apparition d'un volume de Th. Leclerq ou des Soirées de Neuilly. Le proverbe date du xvine siècle, mais, à partir de 1820, il devient le refuge de tous ceux que la liberté de leurs opinions ou l'audace de leurs théories écartent de la scène " ; il est à la comédie de mœurs ce que les scènes historiques, dont M. Marsan a si bien

1. Les classiques ripostèrent en déclarant que les vieilleries qu'on parodiait n'étaient pas l'essence du classicisme. « Les classiques du jour sont Du val, Etienne, Picard, Casimir Delavigne, Mazères, Scribe » Réunion, 14 juillet ; « ces petites taches, qui ne font rien à des chefs-d'œuvre, réunies dans une pièce commune pourraient paraître ridicules >> Quotidienne, 25 juillet. Cf. aussi Débats, 14 juillet, Constitutionnel, 17 juillet. Les romantiques reconnaissent qu'il est trop facile de parodier les ridicules de la comédie classique, cf. Mentor, 14 juillet, et le Mercure du A/A'"' siècle va jusqu'à déclarer qu'au fond les moyens employés dans l'Amour Africain sont les mêmes que ceux de Molière, par exemple l'exposition.

2. Cf. Globe, 14 juillet ; Pandore, 12 juillet ; Stendhal, Correspondance, t. II, p. 384.

3. Cf. particulièrement, t. III, p. 293 ; t. IV, p. 413, 528 ; t. V, p. 34 ; t. VI, p. 318, eU.

4. Cf. t. XII, p. 77 ; t. XVII, p. 25 ; t. XX, p. 138. Ajouter : Débats, 19 mars 1827 ; Revue Encyclopédique, t. XXXVII, p. 223.

5. Sur le proverbe, cf. Lafoscade, Le Théâtre d'A. de Musset, chap. i, p. 21 ; Lintilhac, La Comédie en France au XIXe siècle, p. 229 ; J. Guex, Le théâtre et la société française de 1815 à 1848, p. 148. Compléter par Revue Encyclopédique, t. XXXVII, p. 376 ; Revue Française, mai 1828, p. 296.

montré l'importance1, sont au drame romantique. L'année 1827 marque l'apogée de sa fortune2, et c'est en juillet de la même année que Les Proverbes au Château témoignent de la vogue dont il jouissait et marquent le premier essai tenté pour le faire passer des théâtres de société sur une scène plus large.

U Amour Africain en effet n'est autre chose qu'un proverbe : le mot est prononcé à plusieurs reprises dans la pièce et dans les articles qui lui furent consacrés'. On voit combien la définition du genre s'était élargie4 ; on voit aussi que le Théâtre de Clara Gazul, où les scènes historiques alternent avec les proverbes, ne saurait être considéré comme une fantaisie individuelle ; c'est une œuvre composée sous la pression des circonstances, des théories, disons plus, de la mode.

Aux comptes rendus élogieux qui, dès l'apparition du volume, proclamèrent que la comédie romantique avait enfin trouvé son expression ", il faut ajouter ceux qui suivirent la représentation. En y réfléchissant, on s'aperçoit que les qualités de cette œuvre étaient précisément celles que prisaient les rédacteurs du Globe0. Le sujet était nouveau ; les passions y avaient cette violence fruste, cet aspect primitif, cette allure irrésistible que l'on appréciait chez Shakespeare8 ; les personnages étaient des Orientaux et leurs mœurs, leurs costumes, leurs locutions familières y étaient reproduits sans affectation, mais avec un souci très apparent de sauvegarder la couleur locale9 ; enfin la vérité (ou du moins ce que l'on appelait vérité en 1827) y était poussée à l'extrême 10 : l'auteur ne reculait pas devant deux assassinats; il n'affadissait pas l'énergie de ses « sauvages11; » il leur prêtait un langage conforme à leurs sentiments et ne s'embarrassait pas de scrupules à propos du mot noble ou de la périphrase élégante ; il

1. La bataille romantique, chap. ni, le théâtre historique et le romantisme.

2. La même année paraissent trois éditions de Leclercq, trois du premier volume des Soirées de Neuilly, les Scènes contemporaines de la vicomtesse de Chamilly, les Proverbes romantiques de Romieu, les Proverbes dramatiques de J.-B. Sauvage.

Page 1