‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 194 sur 276 · Histoire du théâtre des Nouveauté», 1907, p · texte numérisé non relu

Histoire du théâtre des Nouveauté», 1907, p

3. Cf. L. Pin vert, Post-scriptum sur Mérimée, 1911, p. 31, et Sur Prosper Mérimée, 1908, p. 12 et 59; F. Chambon, Notes sur P. Mérimée, 1902, p. 276; A. Filon, Mérimée et ses amis, 2e édit., 1909, p. 218.

4. II. Lecomte, loc. cit. Les contemporains ne s'y trompèrent pas, cf. Globe, 14 juillet 1827, Pandore, 12 juillet. Rochefort et Duport sont vaguement romantiques et donnent quelques œuvres relativement audacieuses. Duport publie en 1828 des Essais littéraires sur Shakespeare, élogieux et bien informés. Sur Rochefort, cf. ses Mémoires d'un vaudevilliste, 1863.

5. lre édit., mai 1825, composée et lue l'année précédente chez Delécluze et Cerdet.

6. Les arrangeurs « n'ont presque rien retranché de la comédie imprimée dans le Théâtre de Clara Gazul ». Courrier des Théâtres, 16 juillet. Sur les modifications ultérieures, cf. plus loin

il dut l'autoriser et peut-être l'approuver : en 1827, Rochefort collabore avec Dittmer et Cave, deux habitués du groupe de chez Delécluze ' ; Cave, qui fait au Globe la critique des petits théâtres, connaît certainement P. Duport, préposé dans La Réunion à la même rubrique ; c'est sans doute par leur intermédiaire que Mérimée fut mis en rapports avec ses « arrangeurs ». Au surplus, le Théâtre de Clara Gazul ayant paru sous un pseudonyme, nos dramaturges pouvaient y puiser sans craindre les protestations de l'auteur". Je doute que Mérimée ait directement collaboré à leur vaudeville : en 1829, dans une lettre à Sharpe ', il juge très sévèrement une adaptation des Espagnols en Danemark ; il est vrai qu'il s'agissait d'un démarquage grossier, ce qui n'est paâ le cas pour les Proverbes. On pourrait voir au contraire dans le silence qu'il garda toujours sur cet épisode de sa carrière, dans les précautions qu'il prend lors de la représentation du Carrosse, dans l'insistance qu'il met à affirmer son incapacité théâtrale *, les conséquences lointaines d'un premier échec. Rien de ce qui touche à sa gloire n'est absolument indifférent à un jeune auteur ; l'accueil défavorable fait à son œuvre et certaines critiques qui mettaient en doute son habileté dramatique ont pu contribuer à le détourner d'une voie où s'engagèrent beaucoup de ses compagnons. Ce sont là des suppositions que les « mériméistes » pourront confirmer ou exclure.

Nous arriverons à des précisions plus intéressantes en examinant l'ensemble de la pièce et ses rapports avec le mouvement romantique. Bien qu'elle n'ait pas été imprimée, on peut s'en faire une idée assez complète, d'après les journaux du temps. Les Proverbes sont une œuvre de polémique, destinée à porter sur la scène le débat entre romantiques et classiques ; « l'ouvrage qu'on prépare aux Nouveautés est une déclaration de guerre contre le classique», annonce le rédacteur du Mentor', et il ajoute : « Nous qui voyons le classique vaincu partout, qui enregistrons chaque jour les succès obtenus par le genre nouveau, nous serons toujours du parti de ceux qui préfèrent la nature vraie à la nature de convention, et nous nous prononcerons sans hésiter pour un ouvrage qui exposera cette question au public, dans la supposition bien entendu que cet ouvrage ne sera pas du genre ennuyeux. » Il s'agit, on le voit, d'une manifestation romantique '.

1. Cf. Delécluze, Souvenirs de soixante années, p. 157 et suiv.

2. Pseudonyme d'ailleurs très transparent : La Pandore déclare que « le petit drame inséré dans les Proverbes est de M. M... », 12 juillet.

3. Lettres à Sutton-Sharpe, publiées par A. Paupe, Mercure de France, 1910.

4. Cf. ses lettres dans Mérimée et ses amis, loc. cit. et Notes sur P. Mérimée, p. 273 et suiv.

5. 7 juillet ; Le Mercure du XIXe siècle déclare que c'est « une poétique mise en action, » t. XVIII, p. 119.

6. La Pandore l'oppose aux Deux Ecoles « plaidoyer en faveur des classiques joué récemment à l'Odéon, » 12 juillet. Cf. aussi Débats, 14 juillet ; Quotidienne, 25 juillet ; Courrier Français, 16 juillet ; Courrier des Théâtres, 8 juillet.

La tactique des auteurs consistera à offrir aux spectateurs un échantillon de chaque genre et à les faire juges ; voici leur scénario : Mme de Livrac, pour distraire les hôtes de son château1 et clore la discussion quj s'est élevée entre eux sur les destinées du genre comique, leur propose de jouer eux-mêmes, devant un parterre d'invités, les œuvres qu'ils préconisent. Les classiques représentent Dorante et Frontin, les « jeunes gens » donnent V Amour Africain ; on joue successivement les deux œuvres, et les invités, qui baillaient à la première, applaudissent la seconde, tranchant ainsi le débat en faveur des romantiques.

Il y a donc dans Les Proverbes au Château à la fois une apologie du genre nouveau et une satire de l'ancienne comédie. Celle-ci s'exprime dans le « pastiche » qui forme le deuxième tableau. Cette comédie, Dorante et Frontin ou le valet plus spirituel que son maître, nous est donnée comme l'œuvre du classique M. Gautier, actionnaire d'un des principaux théâtres de Paris, grand admirateur de la Comédie- Française et des pièces du répertoire ; elle nous offre une parodie amusante des règles que les vieux critiques jugeaient indispensables à la confection d'un chef-d'œuvre et des beautés qu'admiraient les derniers « connaisseurs '. » Ce que les romantiques reprochent aux imitateurs de Molière, c'est d'abord la banalité de leurs inventions : le sujet de Dorante et Frontin est l'éternelle histoire de Y Amour médecin : Orgon refuse de donner sa fille Isabelle à l'aimable Dorante et, pour l'y contraindre, le traditionnel valet de comédie multiplie ses stratagèmes, aidé par la suivante complice; la marche de l'action est prévue ainsi que ses moindres péripéties, depuis la scène de dépit amoureux jusqu'aux coup de bâton que reçoit le trop ingénieux Frontin. Pour finir, le dit Frontin se déguise en notaire et le bonhomme Orgon est pris au piège d'un faux contrat. L'effet de ces trouvailles est d'endormir les invités de Mme de Livrac, et, si l'on en croit certains journaux3, les spectateurs des Nouveautés furent bien près de les imiter. Toutes ces banalités sont, par surcroît, invraisemblables4 : l'application stricte de la règle des trois unités donne des résultats bouffons : l'action (qui se passe en 1827) se déroule en plein hiver sur une place publique, la signature du contrat a lieu dans la rue et les duos d'amour à la fenêtre ; en une heure un mariage est bâclé ! Invraisemblances aussi

1. L'idée générale du prologue est empruntée à Théodore Leclercq. Cf. Proverbes dramatiques, t. I, La manie des proverbes.

2. Le Globe y voit « une ingénieuse moquerie de la forme et de l'esprit classique, » 14 juillet. Le Courrier des Théâtres, pourtant féru de classicisme, avoue ingénuement que c'est là « une petite comédie classique. » Cf. aussi La Réunion, 14 juillet.

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