‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 220 sur 276 · ALFRED DE MUSSET ET L* « HISTOIRE LITTÉRAIRE D'ITALIE » DE GINGUENÉ · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET ET L* « HISTOIRE LITTÉRAIRE D'ITALIE » DE GINGUENÉ

Au Catalogue des livres composant la bibliothèque de MM. Alfred et Paul de Musset, dressé en 1881 par Labitte, figure sous le n° 277 l'Histoire littéraire d'Italie par P.-L. Ginguené. C'est à tort qu'on n'a jamais rangé ces volumes, parus de 1811 à 1819, parmi ceux qui ouvrirent à l'auteur de Lorenzaccio, à l'original imitateur de Boccace et de Bandello, au fervent admirateur de Dante, de Pétrarque et de Léopardi, un accès facile à une littérature qu'il adorait.

Mais, dira-t-on, Alfred de Musset a-t-il eu la patience de lire ces compacts in-octavo? Puisqu'il comprenait l'italien, — sans l'avoir jamais parlé ni entendu couramment ' — grâce surtout aux leçons de son premier précepteur, l'excellent M. Bouvrain, ne préférait-il pas la majesté du texte à des études doctes et consciencieuses, mais austères et parfois assez ternes? Il semble pourtant qu'il ait consulté capricieusement et un peu à l'aventure plusieurs de ces volumes.

Rappelons-nous Les Vœux stériles, poème inégal et saccadé, haletant et passionné, publié en octobre 1830, dans la Revue de Paris, par l'auteur des Contes d'Espagne et d'Italie. L'enfant du siècle s'interdit de dégrader sur les tréteaux sa pensée de poète. C'est l'expression directe et libre de ses sentiments qu'il demande à la Vérité, sa muse. Au théâtre il préfère, pour l'heure, les confidences du genre intime. Puis brusquement il lance cette apostrophe inattendue :

O Machiavel ! tes pas retentissent encore Dans les sentiers déserts de San Casciano. Là, sous des cieux ardents dont l'air sèche et dévore, Tu cultivais en vain un sol maigre et sans eau. Ta main, lasse le soir d'avoir creusé la terre, Frappait ton pâle front dans le calme des nuits. Là, tu fus sans espoir, sans proches, sans amis ; La vile oisiveté, fille de la misère,

1. « Je ne voulais pas, je ne pouvais pas te laisser seul, en pays étranger, sans entendre la langue et sans un sou... » écrit G. Sand à Musset au sujet du voyage de. Venise. Correspondance de G. Sand et d'A. de Musset, publiée par F. Decori, p. 161.

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