‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 224 sur 276 · ALFRED DE MUSSET ET GINGUEM · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET ET GINGUEM

par la première, avait transmis au jeune Lorenzino une haine héréditaire, qui redoubla depuis l'empoisonnement du cardinal Hippolyte. Ce fut surtout par cette haine qu'il fut inspiré. Il la revêtit d'une dissimulation profonde. S'il n'eut pas dans le cœur les mêmes vices qu'Alexandre, il les feignit pour s'approcher de lui et pour lui plaire; il les encouragea, les aida comme il est toujours vil et déshonorant de le faire ; et ce fut là le piège où il attira sa victime. Sa maison touchait au palais des Médicis. Il feignit d'avoir enfin obtenu d'une jeune et belle dame ou. veuve de Florence, que les uns disent sa tante, les autres sa sœur, qu'elle s'y laissât conduire à un rendez-vous avec Alexandre; et tandis que le duc, déjà fatigué des excès de la journée, s'était jeté sur un lit, et dormait profondément en attendant d'autres excès, il revint, non avec ce qu'il lui avait promis, mais avec un ïsin à gages et le tua. Il n'avait rien prévu pour l'instant d'après et n'en recueillit aucun fruit, etc. » Des notes relatives à l'épouse de Girardo Ginori ou à la veuve d'Alamanno Salviati, aux Valori et aux Strozzi, piquaient la curiosité du lecteur et l'aiguillaient sur des recherches. Aux tomes VI et VIII on trouvait de nouvelles allusions à Lorenzino, auteur de YAridosio, comédie imitée à la fois de Plaute et de Térence, à Lorenzino « nouveau Brutus », célébré comme tyrannicide par Varchi, ou sévèrement jugé par Machiavel l.

C'est apparemment en lisant YHistoire littéraire d'Italie que George Sand avait conçu entre 1828 et 1831 , c'est-à-dire avant de faire connaissance avec « l'enfant du siècle », l'idée de cette scène historique, portant comme sous-titre Une conspiration en 1537, dont le héros est Lorenzino \ C'est Ginguené qui l'avait adressée au chroniqueur italien Benedetto Varchi, dont elle a conservé la Storia Fiorentina dans sa bibliothèque 3. Il est possible — on voit de ces coïncidences — qu'Alfred de Musset ait imaginé, avant sa liaison fameuse avec George Sand, sous la suggestion du même Ginguené, son drame de Lorenzaccio ; mais ce n'est qu'après le voyage en Italie qu'il publia « ces deux volumes de prose v », réalisant à lui seul — ou presque — ce projet conçu par « Elle » jadis, et par « Lui », à une date non précisée encore. Y eutil entre les « Amants de Venise » collaboration pour Lorenzaccio? Il semble seulement que Musset a utilisé librement l'ébauche abandonnée par George Sand.

Passionnément, épris de l'Italie de la Renaissance, l'auteur des Vœux stériles, d'André del Sarto — Le fils du Titien ne viendra que plus

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