‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 226 sur 276 · Lettre de Musset à G. Sand, 10 mai · texte numérisé non relu

Lettre de Musset à G. Sand, 10 mai

tard — dut vite rassembler les éléments historiques de son drame. Lecteur de Y Histoire de Charles-Quint de Robertson, capable d'évoquer, sans peine, ces temps qu'il connaissait par les biographies de ses artistes préférés, il alla droit aux Chroniques de Varchi. Bien qu'elles eussent été traduites dès 1765 en français par Jean-Baptiste Requier, sous le titre d'Histoire des Révolutions de Florence sous les Médicis, il prit en main le texte italien1. Poussa-t-il la curiosité jusqu'à consulter Yllistoire de Florence de Scipione Ammirato, l'histoire latine de Paul .love, les Annales de Muratori, indiquées par Ginguené? Il serait aisé de le savoir.

En tout cas, si l'occasion et le point de départ de Lorenzaccio sont livresques, seule la vie de l'auteur permet de comprendre ce drame pittoresque et audacieux, symbolique et profond, supérieur au FieSftM de Schiller, qu'il rappelle par endroits, et comparable à YHamlet de Shakespeare.

Le drame se déroule dans un décor <i ue Musset vit de ses yeux. S'a^ilil de peindre Florence, l'auteur fait dire à son Tebaldeo : « Je me placerais à l'orient, sur la rive gauche de l'Arno. C'est de cet endroit que la perspective est la plus large et la plus agréable (II, 2). » A Venise « tout en visitant la ville », Musset tprenail des notes sur les usages, sur les dénominations de lieux ». Nous avons de lui « plusieurs pages d'adresses, de recettes culinaires, mots du dialecte vénitien, courtes notices sur des familles ou des noms célèbres à Venise, inscriptions copiées sur les monuments, tout cela pêle-mêle, au hasard des rencontres2 ». A Florence, ne dût-il pas faire de même? D'où les impressions sobres et discrètes, poétiques et vraies qu'd suggère, sans placage de couleur locale.

Dans ce drame èvœateur du passé, on recueille encore comme des échos du temps où il fut composé. Sans doute M. Fortoul va un peu loin quand il compare les républicains de Florence en 1536 avec ceux de France en 1830, et surtout, quand il félicite l'auteur d'Un spectacle dans un fauteuil, d'avoir compris « les désirs plébéiens qui nous enflamment '» mais vraiment on sent qu'Alfred de Musset, moins indifférent qu'il ne prétendait l'être, avait réfléchi sur les plus graves problèmes de la politique. Ancien condisciple du jeune duc d'Orléans, sans être « né de sang républicain », il s'enflammait à l'occasion, d'un lyrisme libéral, comme son ami Alfred Tattet*. Le libéralisme qui, un an plus tard,

1. A la fin de la première édition de Lorenzaccio (Un spectacle dans un fauteuil, 2e livraison), Musset transcrivait en note un fragment — en italien — des Chroniques Florentines.

2. Maurice Clouard, Documents inédits sur A. de Musset, p. 49.

3. Revue des Deux Mondes, 1er septembre 1834 (cité par Paul de Musset).

4. ■<( Que dis-tu des lois sur la Presse? Quelle brutalité et quel aveuglement ! et l'on dit que le monde est en progrès !... A bientôt une nouvelle révolution » (Lettre d'Alfred Tattet à Félix Arvers (29 août 1837), citée par L. Séché dans La jeunesse dorée sous Louis-Philippe, p. 83.

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