‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 227 sur 276 · ALFRED DE MUSSET ET ÔIKGUENÉ · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET ET ÔIKGUENÉ

lui dictera La Loi sur la Presse, inspire plus d'une tirade, plus d'une réplique de Lorenzaccio. Sous le masque d'Italiens du xvi° siècle, c'est le libéral de 1834 qui parle de « bonheur de l'humanité », de « rêves philanthropiques ». Et n'est-ce pas Alfred de Musset qui, par la bouche de Lorenzo, confesse une velléité passagère de révolte? « Prends-y garde, c'est un démon plus beau que Gabriel. La liberté, la patrie, le bonheur des hommes, tous ces mots résonnent à son approche comme les cordes d'une lyre ; c'est le bruit, des écailles d'argent de ses ailes flamboyantes. Les larmes de ses yeux fécondent la terre, et il tient à la main la palme des martyrs. Ses paroles épurent i'air autour de ses lèvres ; son vol est si rapide, que nul ne peut dire où il va. Prends-y garde ! Une fois dans ma vie, je l'ai vu traverser les cieux. J'étais courbé sur mes livres, le toucher de sa main a fait frémir mes cheveux comme une plume légère. Que je l'aie écouté ou non, n'en parlons pas ». (III, 2). Que d'allusions furtives, mais transparentes, aux événements et aux opinions d'alors relèverait-on en suivant le fil du drame ! Les propos de tel marchand florentin auraient pu sortir de la bouche d'un brave bourgeois parisien de 1834. Mais l'intérêt essentiel de la pièce réside ailleurs.

Dans ce drame symbolique, étude vivante de psychologie aiguë et pessimiste, le poète des Nuits confesse avec une émouvante franchise la dégradation irréparable de son être intime. Il nous permet de plonger le regard « jusqu'au fond désolé du gouffre intérieur ». Lorenzaccio pourrait, on l'a dit, s'appeler On ne badine pas avec la débauche. L'épigraphe en était toute trouvée. L'auteur de La Coupe et les lèvres n'avait qu'à redire :

Ah ! malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche ! Le cœur d'un homme vierge est un vase profond : Lorsque la première eau qu'on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure Car l'abîme est immense, et la tache est au fond.

Le vice dont Lorenzo s'est affublé, reste à jamais collé sur son visage comme un masque de chaux vive. L'habitude mauvaise qu'il a contractée, dans une visée généreuse en son principe, reste une « tunique de Déjanire ». Malgré la vertu de son héroïque énergie, Hercule luimême ne la pourrait arracher de son corps. Et l'on sent, à la sincérité de l'accent, à la vérité du portrait, qu'Alfred de Musset était un peu le frère de son Lorenzo, comme il est le frère de Fantasio, le frère de Perdican, le frère de Valentin.

Nous voilà loin de Ginguené, dont YHistoire littéraire d'Italie fournit sans doute le germe livresque d'un drame aussi original, et aussi vivant. Et avoir inspiré Musset restera un grand honneur pour ce docte écrivain, auquel s'applique bien la formule magnifique de

Chateaubriand sur les Bénédictins « semblables à ces ouvriers ensevelis au fond des mines d'or, qui envoient à la terre des richesses dont ils ne jouiront pas1 ». Ce patient historien, d'ailleurs, n'était ni sans goût, ni sans enthousiasme. Avec moins de talent que Mme de Staël, il joua le rôle d'un utile intermédiaire, et contribua à faire mieux connaître la littérature italienne. Son livre n'eut pas le succès du volume De V Allemagne ; il semble aisé d'en indiquer les raisons. Mais s'il s'agit de mieux connaître certaines pages de Musset, de Hugo, de Sainte-Beuve, sans parler d'Antoni Deschamps et de tel autre romantique, il serait injuste et imprudent de l'oublier.

Jean Giratjd.

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure. Professeur agrégé de l'Université.

1. Préface des Études ou discours historiques sur la chute de l'Empire romain.

LES CISEAUX DE STENDHAL

Les récents éditeurs des Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, sont très affirmatifs sur ce point. Pour Haydn, Stendhal a pillé Carpani. Pour Mozart, il a fait de larges emprunts à Winckler. Mais pour ce qui regarde Métastase, il est original. On sent ici une exceptionnelle qualité, qui ne saurait tromper. Point de doute. « Les Lettres sur Métastase... sont du plus pur Stendhal1. » Ou bien encore : « Quant à la dernière partie, Lettres sur Métastase et Considérations sur Vétat présent de la musique en France et en Italie, elle appartient à Stendhal '. »

Ces affirmations ne laissent pas d'être imprudentes. En réalité, la partie vivante et amusante de la seconde Lettre sur Métastase a été dextrement empruntée à un auteur italien, Giuseppe Baretti. Stendhal a pris son texte dans le troisième numéro de la Frusta letteraria, qui date de 1763. Il l'a déniché au milieu de développements qui n'avaient aucun intérêt pour lui, et se l'est approprié sans scrupule. Une édition des œuvres de Baretti avait paru à Milan, en 1813 ': peut-être futelle l'occasion de sa trouvaille.

La rencontre est curieuse; non seulement parce qu'elle nous permet de surprendre Stendhal en flagrant délit (le cas n'est plus si rare) ; mais parce qu'elle nous montre ses procédés d'appropriation. Mettons d'abord les deux textes en regard.

1. Romain Rolland, Préface des Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Paris, Champion, 1914, in-8°, p. xlii.

2. Daniel Muller, Avant-Propos de la même édition, p. lxxiii-lxxiv. Il est d'ailleurs imprudent d'affirmer que la Lettre sur Vétat présent... est bien de Stendhal, avant qu'on ait rotrouvé l'ouvrage napolitain dont il parle à sa sœur Pauline. Corresp. Tome I, p. 376, lettre 194, 8 décembre 1811 : « Quant à la musique, j'attends de Naples un livre qui en traite ; je t'en traduirai une vingtaine de pages... », etc.

3. Opère di Giuseppe Baretti, scritte in lingua italiana. Tomo Primo. Milano, per Luigi Mussi, 1813. P. 77 : Opère drammatiche dell' abale Pietro Metastasio, poeta cesareo. Frusta, n° III. Roveredo, 1er nov. 1763.

Dante dalla natura ebbe un pensar profonde», Petrarca un pensar leggiadro, Boiardo e Ariosto ebbero un pensare non men vasto che fantastico, e Tasso ebbe un pensar dignitoso : ma nessuno d'essi ha avuto un pensare cosi chiaro e cosi preciso corne cpiello di Metastasio, e nessuno d'essi ha toccato nel suo rispettivo génère quel punto di perfezione che Metastasio ha toccato nel suo. Dante, e Petrarca, e Boiardo, e Ariosto, e Tasso, hanno lasciato un po' di luogo ad altri buoni ingegni di copiare qualche volta la loro maniera e di riempire qualche buco da essi lasciato vuoto, o non aiïatto rientpiuto ; e molti valentuomini pigliando di mira chi l'uno e chi l'altro di que' poeti, hanno talvolta avuto la fortuna di scrivere qualche verso, che que' poeti non si sarebbero recati a grand' onta d'adottare per roba loro. Il Frezzi, exempli grazia, nel suo Quadriregio ha una buona quantité di terzine che sono sputate dantesche. Molti sonetti e moite canzoni del Bembo e d'altri s'accostano estremamente aile canzoni e a ai sonetti del Petrarca. Boiardo ha trovato un Agostini, che gli andn molto presso nello stile, comechè gli sia rimasto assai dietro nella bella fantasticaggine délie invenzioni. Moite ottave noi abbiamo di più e più autori. che nella frase e nella luluicità délie rime si mostrano ariostesche alla prima occhiata ; e più ancora ne abbiamo délie sonanti e maestose, che Tasso quasi scambierebbe per propria fattura. Ma quaatunque una turba di gente abbia fatto degli sforzi grandi per colpire la maniera di Metastasio, neppur un solo se gli è potuto avvicinare a un milione di miglia ; cossichè il Metastasio si puô veramente dire che fra i nostri poeti sia l'unico originale senza copia, e il solo che meriti ad litteram il raro appellativo di inimHabile. Quanti drammi non sentiamo noi tuttora cantati, che furono evidentemente composti con intenzione di metastasiare? Eppure dove sono que' dieci soli versi di recitativo, dov' è quell'

Le Dante reçut de la nature une manière de penser profonde ; Pétrarque, un penser agréable; Bojardo et l'Arioste, une tête à imagination; le Tasse, un penser plein de noblesse; mais aucun d'eux n'eut une pensée aussi claire et aussi précise que Métastase ; aucun d'eux n'est encore parvenu, en son genre, au point de perfection que Métastase atteignit dans le sien.

Le Dante, Pétrarque, l'Arioste, le Tasse, ont laissé quelque petite possibilité à ceux qui sont venus après eux d'imiter quelquefois leur manière.

Il est arrivé à un petit nombre d'hommes d'un rare talent d'écrire linéiques vers que ces grands hommes n'auraient peut-être pas désavoués.

Plusieurs sonnets du cardinal Bembo se rapprochent de ceux de lVtrarque; Menti, dans sa Basvi- 'Jutiui, a quelques terzine dignes du Dante, Bojardo a trouvé dans Agostini un heureux imitateur de son style, si ce n'est une imagination digne d'être comparée à la sienne.

Je pourrais vous citer quelques octaves qui, par la richesse et le 1 h mlieur des rimes, rappellent d'abord l'Arioste. J'en connais un plus grand nombre dont l'harmonie et la majesl é auraient peut-être trompé le Tasse lui-même : tandis que, malgré des milliers d'essais tentés depuis près d'un siècle pour produire une seule aria dans le genre de Métastase, l'Italie n'a pas encore vu deux vers qui pussent lui faire l'illusion d'un moment.

Métastase est le seul de ses poètes qui, littéralement, soit resté jusqu'ici inimitable.

LES CISl'.Al X DE STENDHAL.

aria che persemplicità,per vaghezza, per brio, per tenerezza,per sublimità, e per giusto maritaggio di pensieroe di frase abbia minimamente che fare

col più negletto recitativo, o colla meno studiata aria di Metastasio?

Trenta e 7 • î Ti canzonette vanno in volta, che furono fatte in risposta di quella sua famosa Canzonetta a Nice, ma tutte dalla prima ail' ultima non sono che scempiaggini in paragone di quella maravigliosissima cosuccia.

Le ultime cose scritte da questo impareggiabil uomo, corne Y Ercole al bivio e la Clelia, mi sia permesso dire che sono assai inferiori al Temistocle, ail' Achille in Sciro, ail' Adriano in Siria, e agli altri suoi primogeniti componimenti. Con tutto ciô quell' Ercole al Bivio e quella Clelia sono cose infinitamente superiori a tutti i drammi scritti da numerosi imitatori di Metastasio ; e quanto egli mérita compatimento se l'esausta sua musa non gli permise d'agguagliare coll' Ercole al bivio e colla Clelia le sue prime opère, tanto meritano fischiate e belle que' suoi imitatori, per avère alla sciocca tentato di misurare le loro pimmee forze colla gigantesca robustezza d'un Metastasio.

La chiarezza, corne dissi, e la precisione da cui vengono sovranamente caratterizzate l'opère di questo poeta, sono poi tali, che costa pochissimo il ritenerne a memoria le scène intiere. E di tante migliaia di persone, che possono fra l'altre sue poésie ripetere a libro chiuso tutta la mentovata Canzonetta a Nice, non ve n' ha forse cinque in ogni cento, a cui l'impararla a memoria abbia costato più fatica che il leggerla due o tre volte.

Pochi sono i leggitori di poesia che possano recitar a mente de' lunghi squarci di questo e di quell' altro poeta, quando non si sieno messi di buon proposito ad impararli a bella posta ; ma i versi di Metastasio s'insinuano nella memoria d'un leggitore senza che egli se n'accorga, perché la poesia sua è sopra ogn' altra chiara e précisa, cioè a dire

Combien n'a-t-on pas fait de réponses à la Canzonetta a Nice !

Aucune n'a pu être lue; et rien «1 comparable n'existe, à ma connaissance, dans aucune langue, pas même Anacréon, pas même Horace.

(Stendhal donne ici le texte et la traduction de la Canzonetta a Nicey de Métastase).

La clarté, la précision, la facilité sublime qui, comme on voit, caractérisent le style de ce grand poète, qualités si indispensables dans des paroles qui doivent être chantées, produisent aussi le singulier effet de rendre ses ouvrages extrêmement faciles à apprendre par cœur. On retient, sans s'en douter, cette poésie divine, qui, soumise à la correction la plus parfaite, repousse cependant jusqu'à l'idée de la moindre gêne.

più naturale assai che non tutte Paître nostre poésie, abbenchè fra queste l'Italia nevanti naturalissime.

Diio anzi di più, che in molti Inglesi io mi sono abbattuto, i quali, quantunque non estremamente versati nella lingua nostra, pure potevano ripetere a mente tutta la suddetta Canzonetta a Nice, senza poter poi ripetere una sola strofe délie tre traduzioni di essa canzonetta, che sono stampate nella Scella di Poésie inglesi pubblicata a Londra in sei tomi da Roberto Dodsley ; e si che in ognuna di quelle traduzioni si sono fedelmente conservati i pensieri e l'ordine loro secondo l'originale, ma la chiara e précisa espressione non s'è conservata, ne a parer mio si poteva conservare ; e cosi in Francia molti sanno a mente quella canzonetta, ma a pochissimi è noto che lo stesso Voltaire, oltr' a molti altri, l'abbia fatta francese con una sua traduzione, perché Voltaire l'ha tratta dal Metastasio, c non l'ha tratta dal centro del propio cuore, corne si puô dire che Metastasio ha fatto. E si che ai leggitori di Metastasio, especialmente a quelli che sono, o che sono stati innamorati, pare che poca fatica avrebbono avuto a fare per dire i loro pensieri, e massime i loro pensieri amorosi, come Metastasio ha detti i suoi, e che avrebbono anch' essi potuto con somma agevolezza esprimerli eziandio con quelle stesse stessissime parole di cui Metastasio s ' è servito ; ne si puô quasi a prima vista sospettare, che il parlare in versi con quella facilita con cui Metastasio ha parlato sia cosa difficile oltremodo. Dalla prova pero che tanti e tanti n' han fatta, tutti senza eccettuazione sono stati convinti che l'apparenza inganna e che il dire facilmente anche le cose più facili a dirsi, è cosa tutt' altro che facile, anzi pure difficillissima tra le più difficillissime.

La Canzonetta a Nice vient plaire à la même partie de l'âme qui est charmée de la petite Madeleine du Corrège, qui est à Dresde, et que

LES CISEAUX DE STENDHAL

le burin de Longhi nous a si bien rendue.

Non si creda pero il leggitore, che con questo mio prolisso estendermi sulla chiarezza, sulla precisione, e Blllla inarrivibile facilita di verseggiare di Metastasio, io voglia far capire che il suo poetico merito consista solamente in quelle tre cose.

No davvero, che questa non è l'intenzione mia. Metastasio ha anzi moltissimi altri pregi, che lo costituiscono poeta per molt' altri capi, e poeta de' più grandi che s'abbia il mondo. Metastasio è tanto dolce, e tanto soavissimo, e tanto galantissimo nello esprimere passioni amorose, che in molti suoi drammi ti va a toccare ogni più rimota fibra del cuore, e t'intenerisce fino aile lagrime ; e chi non è vandalo o turco bisogna che pianga da volere o non volere nel leggere specialmente la sua Clemenza di Tito, e il suo Giuseppe riconosciuto. Metastasio è sublime sublimissimo in moltissimi luoghi ; e l'Italia non ha pezzo di elevata poesia che superi alcune parlate di Cleonice, di Demetrio, di Temistocle, di Tito, dei Regolo, e d'altri suoi eroi, ed eroine; e piu sublimi ancora di quelle parlate sono moite intere scène, e molti cori nei suoi oratori e nelle sue cantate. E queste cantate, voglio dirlo cosi di passaggio, più ancora de' suoi oratori e dei suoi drammi lo palesano per poeta di cosi fertile immaginazione, che possiamo ben farne degli sforzi, ma in questa parte, che vale a dire nello inventare, egli non lascia a alcuno la più leggiera ombra di speranza d'avvicinarsegli, e d'agguagliarlo, non chè di superarlo.

Il est difficile de lire, sans répandre des larmes, la Clémence de Titus, ou Joseph ; et l'Italie a peu de morceaux plus sublimes que certains passages des rôles de Cleonice, de Démétrius, de Thémistocle et de Régulus.

Je ne vois pas ce qu'on peut comparer, en aucune langue, aux cantates de Métastase. On serait tenté de tout citer.

Alfieri a surpassé tous les poètes dans la manière de peindre le cœur des tyrans, pareeque, s'il eût été moins honnête homme, lui-même, je crois, sur le trône, eût été un tyran sublime. Les scènes de son Timoléon sont bien belles ; je le sens, la manière est absolument différente de celle de Métastase, mais je ne pense pas que la postérité trouve que le

Quanti e quanti non si sono provati di comporre una cantata sullo stérile argomento d'un matrimonio o d'un di natalizio? Ma per amor del Cielo, chi v'è stato mai che per battere e ribattere l'acciarino délia sua fantasia n'abbia potuto trarre una sola chiara scintilla d'invenzione ? Fremete pure e disperatevi signori poeti, ma per far nascere l'abbondanza dal seno délia- sterilità stessa non lusingatevi mai di poter meritare neppure il titolo di staflieii di Metastasio.

E chi finirebbe poi di lodar Metastasio, considerando ([nanti huoni documenti e quanto buon costume egli ha sparso in ogni sua pagina?

Questo pregio non è mai ne' suoi versi macchiato dalla più insensibile allusione a cosa disonesta, allontanandosi in questa parte dah" iniquo modo di troppi de' nostri più celebrati poeti, che quasi 1utti. e singolarissimamente l'Ariosto, sono par questo conto degni di Ktnmo bîmsimo, avendo fatto nelle loro poésie untroppo vituperevole miscuglio di laidezze e di moralità, senza dire di quegli altri che, corne il Pulci nel suo M or gante, hanno tentato di sconciare la religione, che da Metastasio ne' suoi oratori, corne la morale ne' suoi drammi, è stata con veramente divino entusiasmo decorata di bellissimi abbigliamenti poetici.

E un altro de' sommi pregi di questo gran poeta, è quella tanta pratica e profondissima conoscenza ch' egli ha dell' uomo interno, o corne altri dicono, dell' uomo metafisico.

Un numéro innumerabile di sentimenti e d'afîetti, che Locke e Addison

mérite soit supérieur. On songe trop au style en lisant Alfieri. Le style qui, comme un vernis transparent doit recouvrir les couleurs, les rendre plus brillantes, mais non les altérer, dans Alfieri usurpe une part de l'attention.

Qui songe au style en lisant Métastase? On se laisse entraîner.

C'est le seul style étranger qui niait reproduit le charme de La Fontaine.

La cour de Vienne n'a pas eu, pendant cinquante ans, un jour de naissanee ou un mariage à célébrer'.

qu'ont n'ait demandé une cantate à Métastase. Quel sujet plus aride !

Parmi nous, on n'exige du poète que de n'être pas détestable ; Métastase y est divin ; l'abondance naît du sein de la stérilité.

LES CISEA1 X DE STENDHAL

(ta

potettero appena espnmere va pr< un mondo « 1 î moti quasi impercettiliili délia meute nostru, c d'idée poco meno che occulte a quegli stessi che le coucej)iscono, e di pensieri c di voglie talvolta ombreggiate appena dal nostro cuore, sono da lui state cou un' estrema e stupenda bravura e lucidezza messe in versi e in rima e chi è del mestiero sa di quanto ostacolo i versi e la rima Bieno alla libéra e veemente uscita de' nostri coucetti vestiti di chiare e di précise parole.

Ne la s. ila naturale diiïicoltà del dire in verso e in rima fu da Metastasio tempre e sempre maestrevolmente vinta c BOggiogata. Egli ne vui-i1 e M soggiogo anche dell' altre non minori. che sono peculiari al boo génère di poesia. Il buon elïetto d'un dramma si sa che dipendc in ;;rati parte dalla musica, al servigio délia qnale essendo principalmente Ogni dramma destinato, è forza che il poeta, desideroso di ottenere quell' elïetto, abbia riguardo alla musica e aile ristrette facoltà di quella, forse più che non conviene alla propria dignità. Acciochè dunque le facoltà délia musica si possano dilatare quanto più permette la lor natura, è forza che ogni dramma non oltrepassi un certo numéro di versi, e sia diviso in tre soli atti, e non in cinque, corne le aristoteliche regole richiederebbono. E forza che ogni scena sia terminata con un' aria. E forza che un' aria non esca dietro un' altra dalla bocca dello stesso personaggio. E forza che tutti i recitativi sieno brevi, e rotti assai dair alterno parlare di chi appare in iscena. E forza che due arie dello Stesso carattere non si sieguano inunediatamente, ancorche cantate da due diverse voci, e che l'allegra, verbi grazia, non dia ne' calcagni ail' allegra, o la patetica alla patetica.

E forza che il primo e il second' atto finiscano con un' aria di maggior impegno che non l'altre sparse quà e là per quegli atti. E forza che nel secondo e nel terzo atto si trovino due belle nicchie, una per

Remarquez, mon ami, que par ses opéras, Métastase a charmé, non pas l'Italie seulement, mais tout ce qu'il y a de spirituel dans toutes les cours de l'Europe, et cela en observant fidèlement les petites règles commodes que voici :

Il faut, dans chaque drame, six personnages, tous amoureux, pour (pie le musicien puisse avoir des contrastes. Le primo soprano, la prima donna, et le ténor, les trois principaux acteurs de l'opéra, doivent chacun chanter cinq airs : un air passionné (Varia patetica), un air brillant (di bravura), un air d'un style uni (aria parlante), un air de demicaractère, et enfin un air qui respire la joie (aria brillante). Il faut que le drame, divisé en trois actes, n'outrepasse pas un certain nombre de vers ; que chaque scène soit terminée par un aria ; que le même personnage ne chante jamais deux vers de suite ; que jamais aussi deux airs du même caractère ne se présentent l'un après l'autre. Il faut que le premier et le deuxième acte soient terminés par des airs d'une plus grande importance que ceux qui se rencontrent dans le reste de la pièce. Il faut que, dans le deuxième et le troisième actes, le poète ménage deux belles niches, l'une pour y placer un récitatif obligé, suivi d'un air à prétention (di trambusto) ; l'autre pour un grand duo, sans oublier que ce duo doit toujours être chanté par le premier amoureux et la première amoureuse. Sans toutes ces règles, pas de musique.

collocarsi un recitativo romoroso seguito da un' aria di trambusto e l'altra per collocarsi un duetto o un terzetto, senza scordarsi che il duetto dev' essere sempre cantato dai due principali eroi, uno maschio e l'altro femmina. Queste ed alcune altre leggi de' drammi appaiono ridicole alla ragion comune d'ogni poesia ; ma chi vuole conformarsi alla privata ragione de' drammi destinati al canto è d'uopo si pieghi a tutte queste leggi non meno dure che strane, e che badi ad esse anche più che non aile stesse intrinseche bellezze délia poesia.

Aggiungiamo a tatte queste leggi anche quell' altra assoiutissima délie decorazioni, per cui il poeta è forza che somministri il modo al pittore di spiegare i suoi più vasti talenti.

Mi dicano ora i signori petrarchisti, i signori berneschi, e insomma tutta la turba de sonettisti, de' canzonisti e de capitolisti d'Italia, se le loro tanto vantate intellettuali fatiche sono da paragonarsi a un millesimo con la fatica intellettuale d'un poeta di drammi musicali ; voglio dire se e' possono in buona coscienza continuare a paragonarsi, corne molti d'essi sfacciatamente fanno, con uno, che non solamente ha fatte tante quasi perfettissime tragédie sottomettendosi a quelle tante leggi ; ma che fu anzi l'autore di quelle molteplici e rigidissime leggi, essendosi per tempo avve duto chesenz' esse non si sarebbe stato mai modo di rendere universale il diletto d'un dramma musicale? Si, il gran Metastasio ha scritte con chiarezza, con precisione.

con facilita un tanto numéro di tenere, di sublimi, di fîlosofîche, di interessantissime composizioni poetiche, malgrado il volontario inceppamento di quelle tante e tanto ardue leggi; e un autoruzzo di' un cento sonetti e di qualche canzone alla cinquecentesca, o d'una qualche dozzina di capitoli sulle zanzare, su i pidocchi, su i ravanelli, e sopr' altri tali argomenti più degni degli arlecchini che de' poeti, avrà la baldanza di porre la lingua in Metas-

11 est bien entendu, outre cela, que le poète doit fournir au décorateur de fréquentes occasions de faire briller son talent. Ces règles, si singulières en apparence, et dont quelques— unes ont été trouvées par Métastase, l'expérience a prouvé qu'on ne pouvait s'en écart ci' sans nuire à l'effet de l'opéra.

LES CISEAUX DE STENDHAL

tasio, e di cercargli il pelo nelF uovo? Ma questo sia detto per parentesi, e per dare una leggiera frustata a certi pedisequi seguaci di Petrarca e di Berni, che non hanno lame bastevole da vedere l'immensa distanza che v'è da uno imitatore a un creatore, da un rimatore a un poeta.

La cosa tuttavia che mi cagiona più meraviglia in Metastasio, è il considerare da un lato la somma pienezza con cui egli ha espresso tutto quello che ha voluto esprimere, e dall' altro quanto picciolo sia il numéro de vocaboli e quanto scarsa la parte délia lingua da esso adoperata. La lingua nostra è contenuta da circa quaranta quattro mila parole radicali, al dire del Salvini, e d'un moderno lessicografo, che si sono dati l'incomodo di contarle ; e di quelle quaranta quattro mila parole la musica séria non ne adotta, ni ne puo adottare per suo uso più di sei in sette mila. Questa cosa parrà a un tratto detta più per far pompa di singolare sagacità, che per dire una verità costante. Ma si scorra solamente con l'occhio lungo le prime pagine del vocabolario délia Crusca, e si vedrà tosto che questa cosa non è meno singolare che vera verissima. De' dugento primi vocaboli registrati in quel vocabolario non ve ne sono che ventisette o venlotto di buoni per un dramma ; onde andando con questa proporzione di ventolto in dugento a traverso la lingua nostra che si deve considerare corne tutta registrata in quel vocabolario, ecco provato palpabilmente che Metastasio non ha fatto e non ha potuto far uso che d'una settima parte circa délia lingua nostra, cioè di sei in sette mila délie nostre parole radicali, com' io diceva....

Enfin ce grand poète lyrique, pour produire tant de miracles, n'a pu se servir que d'un septième, environ, des mots de la langue italienne. Elle en a quarante-quatre mille, selon un moderne lexicographe, qui a pris la peine de les compter, et la langue de l'opéra n'en admet que six ou sept mille au plus.

Si l'emprunt est indéniable, la concordance des deux textes n'est ni continue ni parfaite ; et dès lors, l'originalité de Stendhal n'auraitelle pas trouvé place au milieu même de l'imitation? Peut-être a-t-il enrichi les idées ou transformé le style de telle sorte, qu'on doive

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l'excuser, voire le féliciter ; peut-être Baretti lui a-t-il fourni seulement la source lointaine, et comme le prétexte de ses développements. Ou bien y a-t-il réellement plagiat? Toute la question est là.

Remarquons d'abord qu'il ne s'agit pas d'une matière vile. La prose de Baretti est pleine de mouvement et de vie ; elle n'évite pas toujours l'exagération, et tolère même parfois une pointe de vulgarité : mais elle révèle une personnalité vigoureuse et facilement reconnaissable. Elle a une forme et un caractère propres. Dire que Stendhal a rencontré un écrivain sans valeur, et lui a fait trop d'honneur en l'utilisant, serait faire preuve d'injustice à l'égard d'un critique connu, et classé parmi les meilleurs du xvme siècle. C'était un esprit original, toujours prêt à la bataille, épris de contradiction. Mais il avait pour Métastase une manière de culte, souvent célébré au cours de son oeuvre : il trouvait pour le mieux louer des appréciations ingénieuses et fines, parée «ju'il l'aimait.

Aussi Stendhal a-t-il textuellement traduit toutes celles de ses idées qui enlèvent au développement le caractère d'un éloge banal et peu efficace. La qualité inimitable de Métastase, prouvée; par la comparaison avec les autres auteurs italiens, même les plus grands : la clarté, la précision du poète, qui permettent d'apprendre ses vers par cœur avec une facilité extrême ; le genre ingrat des cantates officielles produisant des chefs-d'œuvre; les difficultés techniques du drame musical ; les six ou sept mille mots seulement dont Métastase s'est servi, sur les quarante-quatre mille que compte la langue italienne : autant d'aperçus aimablement érudits, très capables de piquer h curiosité d'un lecteur français, — et qui, tous, viennent de Baretti.

De lui-même, Stendhal a fait quelques additions. A propos de la ( 'aruonetta a Nice, il rappelle Anacréon et Horace ; personne ne dira, je pense, que son génie créateur se révèle en cela. Il a remplacé Frezzi, par Monti : Frezzi était un inconnu pour lui ; il effaça son nom, e! écrivit celui de Monti, qu'il avait personnellement connu à Milan ; cela non plus ne saurait passer pour un changement spécifique. La phrase : « La Canzonetta a Nice vient plaire à la même partie de l'âme qui est charmée de la petite Madeleine du Corrège, qui est à Dresde... » représente une intervention plus active ; Stendhal évoque un souvenir de ses voyages ; la comparaison est jolie, et opportune. Le plus long développement qui soit ajouté au texte de Baretti est la tirade sur Alfieri ; c'est un thème devenu classique au début du xixe siècle, et on trouve souvent des parallèles du même genre chez les auteurs italiens de cette époque ' ; le rapprochement entre deux auteurs si dissemblables, et qui n'ont pas de commune mesure, ne laisse pas

1. Il semble que la grande majorité des passages de Stendhal, dans ses premières œuvres, ne doivent être considérés comme originaux que sous bénéfice d'inventaire, et sous réserve de nouvelles découvertes.

l.r.s CISEAUX DE STENDHAL. 417

d'être artificiel. I Mus loin, Stendhal évoque La Fontaine : déjà il avait utilisé ce souvenir dans sa première lettre sur Métastase. Ajoutonsla rapide mention de la cour de Vienne et une précision supplémentaire sur les airs d'opéra. C'est tout; à moins qu'on ne fasse entrer en compte quelques erreurs, comme le Dante pour Dante, Bassigliana pourBassvilliana, et canzonnetta pour canzonetta. On ne voit pas que ces additions légères aient transformé le caractère du passage, dont l'essentiel continue d'appartenir à l'auteur italien.

l'A ceci d'une manière d'autant plus frappante, que la forme même doit beaucoup à ce dernier. Le joli mouvement du début : « Le Dante reçut de la nature une manière de penser profonde... » est dû à l'exactitude de la traduction. De même, l'accumulation des « Il faut », qui entraîne toute la page à une vive allure, est l'effet de la fougue de l'impétueux Baretti. Stendhal ne dédaigne de prendre ni les formules : Métastase est le seul de ces poètes qui, littéralement, soit resté jusqu'ici inimitable »; ni les antithèses : « l'abondance naît du sein de la stérilité »; ni les expressions pittoresques : « Il faut que, dans le

deuxième et le troisième acte, le poète ménage deux belles niches.»

Il se contente de faire intervenir le « je », quand il s'agit de prendre à son compte la belle connaissance de la littérature italienne que possède Baretti : « Je pourrais vous citer quelques octaves... j'en connais un plus grand nombre... » ; et de revenir une fois au ton de la lettre : « Remarquez, mon ami.... » Continuons à établir notre bilan; et constatons que, pour le style comme pour les idées, son effort intellectuel s'est réduit au minimum.

Mais Baretti est abondant, copieux ; on dirait d'un torrent qui entraîne .tout sur son passage. Parfois il s'épand en digressions dont il s'excuse : il est incapable de résister à la tentation de dire tout ce qu'il a sur le cœur, même si le rapport avec le sujet n'est pas immédiat ; puis il reprend sa course. Stendhal, au contraire, est sautillant ; sa lettre a je ne sais quelle allure désinvolte, qui n'est plus celle du texte italien; l'harmonie générale est différente. — Or voici le secret, semble-t-il, de cette transformation. Stendhal a beaucoup abrégé ; des phrases isolées, des développements entiers, ont disparu ; il a réduit à quelques pages légères la dissertation de Baretti. Mais il n'abrège pas en condensant ; il abrège en découpant. Il en résulte que les idées, solidement liées dans le texte italien, sont chez lui juxtaposées ; de là cette allure insoucieuse des transitions et des enchaînements ; de là cette marche capricieuse. Dans le passage qui nous occupe, ces façons d'amateur distingué qui jette ses idées sur le papier, en les abandonnant chacune à son sort particulier, ne sont guère qu'un procédé de découpage.

Le début de la lettre surprend par sa brusquerie : c'est qu'il ne s'agissait pas d'un début chez Baretti ; Stendhal a découpé sa première phrase au beau milieu d'un développement. — S'il saute de la tirade

Lanson. — Mélanges. 27

sur Métastase en général aux tentatives faites pour imiter la Canzonetta a Nice, c'est qu'il a supprimé le passage où Baretti, avant de parler du caractère inimitable de la Canzonetta, parlait du caractère inimitable de ses grandes œuvres, les drames. — S'il nous apprend tout d'un coup qu'il est difficile de lire la Clemenza di Tito sans répandre des larmes, c'est qu'il a découpé cette phrase dans un raisonnement suivi : le lecteur ne doit pas croire, disait Baretti, que la facilité soit, avec la clarté et la précision, les seuls mérites de Métastase ; il sait exprimer les passions au point de toucher le plus profond du cœur; on ne peut lire la Clemenza di Tito sans répandre des

larmes — Si nous en venons tout d'un coup aux cantates, c'est

que la phrase est découpé dans une digression dont Baretti s'excuse : « et ces cantates, pour le dire en passant... », écrit-il. Stendhal prend la plume pour introduire ses considérations sur le style d'Alfieri ; puis il revient à la digression sur les cantates. Voilà pourquoi l'évocation de la cour de Vienne suit immédiatement celle de La Fontaine. — Baretti suit son plan logique sur les mérites divers de Métastase : « Et qui finirait de louer Métastase, en considérant sa moralité... en considérant la finesse de sa psychologie... en considérant les difficultés techniques qu'il a eu à vaincre.... » Stendhal découpe, dans cet ensemble, la dernière partie seulement ; et c'est ainsi que nous passons des cantates de la cour de Vienne aux règles du drame musical. — Il découpe une phrase au sujet des décors, et la fait suivre d'une manière de conclusion découpée dans le paragraphe précédent. — Même le dernier paragraphe, qui paraît condenser la pensée de Baretti, est fait de deux phrases découpées dans le texte italien et juxtaposées. Le procédé est constant.

Ainsi Stendhal ne refond pas ; il ne prend pas l'idée pour la repenser ; il ne fait pas œuvre de créateur. Dans la deuxième des Lettres sur Métastase, le meilleur de son art est l'habileté de son coup de ciseaux.

Paul Hazard,

Chargé de cours à la Faculté des Lettres

de l'Université de Paris.

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