‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 54 sur 276 · Le ms. porte : et fidelles l'esprit · texte numérisé non relu

Le ms. porte : et fidelles l'esprit

Par le pouvoir de son conmandement Rompit tea fera de mainte ame enlassée Au bas manoir, et la porte a froissée, Troublant l'enfer d'horrible estonnement.

Et qui de serf avoit receu la forme Pour nous remectre en franche liberté, Resuscitant en seigneur se transforme,

Pour maintenir avecques seuretté Contre Sathan et sa trouppe difforme L'heureux pouvoir qu'il nous a conquesté.

A l'Ascension.

Le triumphant vainqueur des ennemys Qui detenoint noz âmes asservies, Ha délivré du joug mortel noz vies, Saulvant de mort par sa mort ses amys,

La servitude où nous estions soubmys Et du malin les chaines a ravyes, Rompant l'effort de ses tristes envyes, Et prez du Père à la dextre s'est mis.

Suyvons heureux nostre chefz en sa gloire,

Et honnorans sa haidte majesté,

Du grand bien faict célébrons la mémoire,

Et supplyons sa clémence et bonté Que conservans le fruict de sa victoire, Montions au ciel ainsi qu'il est monté.

A la Pentecouste.

Du hault trezor de la céleste grâce,

Dont tout le bon du monde est descendu,

S'est dessus nous largement respandu

Le don des dons qui tous les heurs efface.

C'est un sainct feu qui rompt la dure glace

De faulx erreur, qui le vray a rendu

Clair et de tous Adelles entendu,

Qui de noz cueurs peyne et troubles deschasse.

Il nous console, et par divins accordz Nous rend uniz à nostre chefz et père, En nous faisant estre membre d'un corps.

0 unyon favorable et prospère !

Heureux trouppeau vainqueur de tous discordz,

Vivifié par l'esprit salutaire !

A la Trinité.

Par saincte amour d'ardent zelle enbrasée Le hault Ternaire en perfaicte unyté Veneré soit avecques purité De foy de cueur et profonde pensée.

L'affection humblement advancée Veoit en l'esprit chasque proprietté Des troys unyz en une Deité Tousjours estant sans fin non conmancée :

Dont le pouvoir est par tout estendu, Mais son divin ineffable mistere Veult estre creu et non point entendu.

Ne l'entendant, l'ange au ciel le révère : Pour bien perfaict qu'un vase soit rendu, Il ne comprent l'ouvrier qui l'a sceu fere.

A la Nativité de Nostre Dame.

De la familhe au sceptre destinée, Du sainct syon fut le germe produict, Qui sur le ciel et sur la terre luict D'une splendeur avant tout ordonnée.

Par sa naissance est joye au monde née, Naistre en debvant1 plus cligne et heureux fruict Que de Rachel, par qui l'homme reduict Seroit en vie, et la grâce donnée.

Ses géniteurs s'en veirent confortez Du tort qu'acquiert stérilité honteuze, Les cieulx contens, les enfers tourmentez.

Les maulx venuz par la femme envyeuse Du monde sont par la femme empourtez, Femme plus saincte et mère plus heureuse.

A la Conception.

Le sainct jardin portant l'unique fleur Qui embauma de son odeur le monde, Estoit de terre inmaculée et munde, Passant de loing des aultres le bon heur :

1. Peut-être faut-il lire debvoit ; mais le participe présent absolu, fréquent alors, peut s'expliquer = vu qu'il en devait naître...

Plaine de haulte et céleste faveur, Sans la culture humaine estoit féconde, Par la vertu qui du ciel luy abonde, g Monstrant tous fruictz de céleste saveur.

Si le terrain de la première plante

Fut vi[e]rge et pur, de nul mal entaché

D'où vint la faulte aux humains si nuysante,

Sera de mal petit ou grand touché Le sainct jardin de la fleur guérissante Le mal premier, la mort et le péché.

A V Annunciation.

Plene d'esprit et de grâce à foyson, Lisant du Christ l'oracle prophétique, La Vierge estoit au secrect domestique Ravye en saincte et profunde oraison,

Quand envoyé de la haulte maison, En terre vint l'ambassade angelique L'annuncer mère, et de son Filz unique, Verbe divin, s'aprocher la saison.

D'une si rare et si haulte merveille Ne se deffie, et n'esleve son cueur, Mais d'obéir humblement, s'appareille,

Et seure attend la promise faveur, Pour estre en foy et grâce non pareille Du Père ancelle et mère du Saulveur.

A la Visitation.

Quand charité les haultz biens produisant Guida la Vierge à veoir l'antique mère Du Précurseur, qui sentit le mistere Du Filz de Dieu au ventre encor gisant,

Joye elle en eust pour son labeur duisant, Comme elle avoit pour sa foy salutaire Receu le fruict qui l'unyvers tempère, Fruict au salut tous humains conduisant.

Prophette heureux, qui couvert dans le centre D'un corps terrestre, as cogneu la clairté Close et seellée au sainct virginal ventre !

Ta mère heureuse, annunceant vérité !

Troys foys heureuze est celle où pour nous entre

Le Filz mortel, Père d'éternité !

A la Purification.

Venu le temps que la Vierge purgée, Selon la loy, au temple présenta Le Filz au Père, et que le viel chanta L'heur et l'honneur de la gent affligée,

Et en clairté l'oscurité changée, Tant ce prophette en Dieu se contenta, Qu'en son esprit plus il ne souhaitta Que de ses ans veoir la course abbregee.

Si donc pour veoir du futur saulvement

Présent l'autheur, son ame départie

Du corps veult estre et d'emprisonnement,

Du bien receu la nostre or advertie Combien plus doybt de tout son pensement Hors de la terre estre à Dieu convertie !

A r Assumption.

Avant le temps et tout ce qui paroit De ce terrestre et du supernel monde, Produicte estoit Marie pure et munde Au pensement de celluy qui tout veoid.

Du Saulveur mère et vierge elle debvoit Vaincre en haulteur le ciel et mer profonde, Et morte aller à la vie seconde En ame et corps, par celluy qui pouvoit

Et qui vouloit eslever la cloisture Ou pris il a l son incarnation, Selon la chair estant d'une nature.

Qui dira donc telle perfection

Pouvoir des vers estre inmunde pasture,

D'ordure plaine et de corruption?

Exhortation 2.

Ensuyvons Christ, et du fons de l'abisme Nous retyrans du monde vicieux, Par ung sainct vol des bas terrestres lieux Eslevons nous au ciel hault et sublime,

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