Cf. édit. P. Jannet, t. I, p
3. Cf. édit. P. Jannet, t. I, p. 68. Avant naissance du troisième enfant de madame la duchesse de Ferrare (1535).
RESTITUTION DES BONNES LETTRES» ET RENAISSANCE i 129
se réjouil de l'éclat dont brille maintenant le droit civil, trop longtemps enveloppé de ténèbres cimmériennes1. Rabelais s'attriste, dans une lettre latine à Tiraqueau, de ce que ses contemporains ne peuvent pas, ou ne veulent pas élever leurs regards vers le flambeau du soleil, par-dessus la nuit plus que cimmérienne des temps gothiques2. Son Gargantua se félicite dans la lettre fameuse à Pantagruel, étudiant à Paris, de voir « en son âge... la lumière... rendue es lettres3 ».
Les plus savants des jurisconsultes du temps avaient de grandes obligations à l'humanisme : par l'étude du grec, par une connaissance plus étendue et plus sûre de la vie antique, le texte des Pandectes avait été débarrassé des gloses barbares d'Accurse et autres commentateurs médiévaux. Lorsqu'ils parlaient de ce renouvellement des « lettres d'humanité » auquel ils assistaient, ils avaient accoutumé de dire qu'elles revenaient d'exil : « postliminio reverti 4 », postliminio receptas " », « postliminio restitui6 » étaient leur métaphore favorite. Elle n'a pas d'équivalent dans les textes français contemporains. Mais elle en avait engendré une autre qui semble avoir été en faveur aussi bien en français qu'en latin. Les bonnes lettres, semblables à un exilé qui est admis à rentrer dans sa patrie, étaient remises en possession de ce dont elles avaient été dépossédées, elles étaient réintégrées dans leurs droits entiers. C'est ce que la langue juridique désignait par l'expression restituere aliquem.
« Restituuntur in integrum », disait Tiraqueau des humanités dans la préface de l'édition de 1524 de son De legibus connubialibus, et il ajoutait « ut cum nostris juris authoribus loquar », indiquant ainsi le caractère juridique de cette expression. « Antiquam sapientiam... postliminio intra œtatem unam restitui », écrivait Guillaume Budé dans son De philologia, en parlant de la sagesse antique rétablie dans ses droits après son retour d'exil.
L'expression passa en français. Jean Lemaire de Belges félicite Madame Marguerite-Auguste de Savoie de « restituer l'histoire en sa dignité pristine7... ». Rabelais écrit dans le chapitre vin de Pantagruel : « Maintenant toutes disciplines sont restituées ». Louis Le Roy allègue comme preuve de la vigueur de la nature le fait que les
1. « Hosce libellos qui non modicam juris civilis partem cimeriis prius obvolutam tenebris illustrant. » Cet ouvrage est de 1530.
2. « E densa Ma Golhici temporis caligine plusquam Cimmeria ad conspicuam solis facem oculos attollere aut nolint, aut nequeant... » Epitre dédicatoire des Lettres médicales de Manardi à André Tiraqueau (1532).