‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 66 sur 276 · RESTITUTION DES BONNES LETTRES ET « RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RESTITUTION DES BONNES LETTRES ET « RENAISSANCE

Le mot de renaissance ne se rencontre pas chez nos écrivains du xvie siècle, on l'a remarqué maintes fois ', pour désigner la grande transformation qui s'accomplit alors dans nos lettres et nos arts. Les promoteurs, les auteurs et les témoins de cette rénovation de la culture française ignorèrent le vocable sous lequel elle devait être connue plus tard. Ils avaient, certes, senti la grandeur de cette révolution : ils l'ont célébrée avec enthousiasme comme la gloire particulière du règne de François Ier et comme le gage des plus beaux espoirs de la patrie. De quels mots se sont-ils donc servi pour désigner cet événement qu'ils jugeaient si considérable dans l'histoire de notre civilisation?

Ils eurent recours à des métaphores diverses. Les poètes annonçaient le retour de l'âge d'or. Marot vante, dans son Enfer'2, la nouvelle floraison des lettres, jusqu'alors desséchées et flétries par le vent froid d'Ignorance. Il invite l'enfant qui va naître de la duchesse de Ferrare, sa protectrice, à venir contempler la guerre commencée contre Ignorance et à jouir des délices d'un nouvel âge d'or3. Il lui montre les beaux-arts, qui jusqu'alors avaient été « obscurcis » et enveloppés de ténèbres, enfin redevenus brillants, « éclaircis », sous le règne du Père des Lettres.

Cette dernière métaphore est, en latin comme en français, très fréquente chez les lettrés et les érudits de l'époque. Alciat, dans la dédicace de son De Verborum significatione à François de Tournon,

1. Cf. Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, t. III, ch. i. La Renaissance, p. 1 : « Les hommes n'ont pas toujours le sentiment exact des révolutions qu'ils subissent ; ni même de celles qu'ils accomplissent. Ainsi le nom de Renaissance, entendu au sens où nous l'entendons aujourd'hui, ne se rencontre pas au xvie siècle. Mais toutefois les plus intelligents et les plus attentifs parmi ceux qui vivaient alors ont remarqué le changement dont ils étaient témoins ou auteurs ; et sans lui donner un nom distinct, ils ont eu, pour ainsi dire, conscience de la Renaissance. »

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