DANS LA CHAPELLE DE LA VISITATION DE TOULOUSE
* Le sujet, reproduit ici en entier, fut ciivisé, en chaire, de manière à fournir matière d'instruction pour la fête des deux années 1873 et 1874.
PANÉGYRIQUE
DU
SA-CRÉ-CCEUR
Discite a vie quia milis sum et humilis corde, et invenielis requiem animabus vestris.
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes.
(Matth., XI, 29.
Monseigneur i,
Je vais déduire de ces paroles évangéliques toute l'économie de mon sujet. Certes, le Sacré-Cœur est, en ce moment, la cause d'un mouvement si prodigieux sur la terre, et il fut, toujours, l'objet d'adorations tellement ineffables dans les cieux, que je n'oserai point entreprendre son éloge. Le panégyrique des saints est facile, parce que l'homme, borné dans sa carrière, pour féconde qu'elle soit, n'en saurait faire en quarante ans plus qu'un autre n'en peut raconter dans une heure. Mais le panégyrique du Cœur de Jésus est impossible, parce que l'amour infini n'est point mesurable par une parole finie.
Je ne viens donc pas développer des spéculations arides à ce
Mgr Desprez, archevêque de Toulouse.
rendez-vous de la sainte dilection. Comment avoir le courage de disserter devant cet autel où tout invite à l'adoration et à l'amour? C'est par la tendresse de la piété, non par l'élévation de son vol que le prédicateur du Sacré-Cœur prend possession de son sujet. Aussi, quoique cette dévotion ait vu le jour au temps où Bossuet rendait ses oracles, où Fénelon exhalait son harmonieuse sagesse, ce n'est point à eux que Jésus en fit la confidence, ce fut à une obscure Yisitandine deParay-le-Monial. Nous célébrons aujourd'hui sa fête. •le ne paverai point le bonheur d'en respirer le parfum par des considérations hors de propos : car ce serait manquer à la fois à vos âmes et à votre angélique bienheureuse, mes chères sœurs, que de vous parler du Cœur de Jésus autrement qu'avec mon propre cœur.
Eh! quand, mon Dieu! mettrions-nous notre cœur dans notre parole, si ce n'est point en exposant les merveilles d'un tel mystère ! Sous ce rapport, notre siècle a reçu des grâces qui égalent ses déchéances et ses malheurs. Un jour, sainte Gertrude disait à l'apôtre bien-aimé : « 0 vous qui reposâtes sur le cœur de votre Maître, pourquoi n'en avez-vous rien appris à l'univers ? » Et saint Jean répondit : « Un tel secret sera pour les derniers temps. » Ces derniers temps, c'est-à-dire, les plus favorisés des révélations du divin amour, sont ceux où nous vivons. Voici par quels degrés nous sommes arrivés à ces manifestations privilégiées.
Les circonstances de la vie de Jésus furent le premier objet du culte de l'Église. Plus tard, les instruments et les reliques de la Passion, transportés par les croisades de l'Orient en Occident, firent tomber à genoux nos pères du moyen âge. Bientôt la fête des Cinq Plaies entr'ouvrit encore davantage l'intimité du Sauveur aux adorations de l'humanité; enfin, la solennelle octave décernée à la sainte Eucharistie fut l'initiation la plus avancée des enfants de Dieu aux secrets de son amour.
Cependant, nous n'étions pas au terme de ces communications divines. Quand notre époque fut sur le point de paraître, ému des douleurs, des catastrophes et des enfantements qu'elle allait porter dans son sein, Jésus résolut de lui préparer une espérance plus grande encore que les rigueurs de sa destinée. 11 prit, de son adorable corps, la portion en quelque sorte la plus auguste, un organe
l'ANÈGVniQL'E DU SACRÉ-COFJ'H.
qui est comme son amour fait chair : il proposa à la piété chrétienne la fête de son Sacré-Cœur ; et quand la postérité d'Adam eut monté des pieds, des mains et des plaies de Jésus jusqu'à ce Saint des saints de l'humanité divine, ce fut la consommation, l'épanchement complet des célestes tendresses sur le monde.
Avouons qu'elles sont touchantes, la mesure et la preuve de notre progrès dans la religion! Si un siècle était comparable à un homme, on pourrait dire que le nôtre a quelque chose de la prérogative de saint Jean : tandis qu'après sa première Révolution la France bâtit à Paris un temple célèbre où elle est représentée comme Magdeleine en pleurs aux pieds de Jésus, de nos jours, s'élevant de la pénitence à l'amour, elle édifie, sur la colline de Montmartre, une basilique d'où elle apparaîtra aux autres peuples comme un nouveau disciple bicn-aimé reposant sur le cœur de Jésus : RecubuU in sinu Jesu.
Mais qu'est-ce que le Sacré-Cœur ? Voilà une question fondamentale et bien simple, à laquelle il est malaisé de répondre simplement. Quelques-uns ne voient dans cette dévotion qu'un objet matériel, c'est-à-dire, le laboratoire charnel du sang qui racheta le monde; ce n'est pas assez. D'autres rapportent au Cœur de Jésus toutes les opérations de sa vie théandrique, rattachant à ce sujet l'économie entière de l'Incarnation; c'est évidemment beaucoup trop. Le cœur, si l'on précise bien sa fonction, dans un sens moral plutôt que physiologique, est le centre de la sensibilité, c'est-à-dire, l'organe de l'amour et de la douleur. Celui de Jésus est donc le siège des affections et des souffrances qui ont sauvé le monde. C'est ce qu'exprime Jésus lui-même en se définissant doux et humble de cœur : car sa douceur signifie les mystères de son amour, et son humilité, la nature de son principal martyre. Toutefois, si tel est le Sacré-Cœur considéré en soi, par rapport à nous, il est un foyer de bienfaits inénarrables. D'où il suit que l'exposition d'un tel sujet n'est complète que par le développement de cette trilogie renfermée dans le texte de mon discours : 1° le Sacré-Cœur, source de l'amour de Jésus : Discite a me quia mifis sum ; 2° le Sacré- Cœur, source des larmes de Jésus : et humilis corde ; 3'' le Sacré- Cœur, source de paix pour les hommes : et invenietis requiem.
Je ne vous apporte pas, sur le Sacré-Cœur, une vision de sera-
A!ELANGES ORATOIRES
phin, quoique ce ne fût pas trop, pour un tel fonds, d'un tel langage. Hélas ! je n'ai que mes sentiments, aujourd'hui, pour me consoler de mes insuffisances. Mais de même que saint Augustin écrivait : « Aimez, et puis faites tout ce qu'il vous plaira », il me semble entendre sortir du Cœur de mon doux Maître ce tendre encouragement : Aimez, et puis dites de moi tout ce que vous voudrez. Prions le Cœur de Maine de nous servir d'introducteur dans celui de Jésus. Ave, Maria.