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UNION RÉPUBLICAINE

On nous accuse, parfois, de diviser la démocratie, parce qu'il nous arrive de devancer Topinion sur les questions les plus capitales du siècle, et les plus délicates de la politique. Ceux qui nous adressant ce reproche croient-ils faire euxmêmes de l'union, quand ils entretiennent parmi le peuple les méfiances les plus mal fondées et les plus impitoyables?

Le TempSy à propos de la dernière protestation de la Montagne, publie ce matin les réflexions suivantes :

Nous aTOns adhéré de tout cœur à cette protestation ; mais, en lisant les noms des représentants qui ont signé cette pièce, nous avons été dou< loureusement affectés d*y voir figurer en même temps des noms qui ne devraient pas te rencontrer ensemble, dans quelque circonstance que ce soit.

La Montagne a fait avec la gauche une seule et même protestation : c'est une faute, une faute grave. Nous adressons à cette occasion des reproches sérieux à nos amis. Il existe, entre la gauch'e et la démocratie socialiste, des dissentiments si profonds, qu'en aucun cas il n'est permis aux Montagnards d'oublier nos griefs contre certains républicains. Un AbImb sépare les deux grandes fractions du parti républicain, n est des hommes pour qui la forme est tout, qui n'ont rien vu, qui ne voient rien au de^ d*une étiquette substituée à une autre, du mot république mis aux lieu et place du mot monarchie. Ces hommes donneraient volontiers leur adhésion à quelques mesures insignifiantes; ils appuieraient de leurs votes quelques propositions stériles; ils acceptetaiènt quelques petites améliorations à la situation des travailleurs. Mais ils reculeraient encore, comme ils l'ont fait jadis, devant les réformes sérieuses, radicales, les seules qui puissent donner satisfaction aux justes exigences de la démocratie.

Ces républicains, que nous avons trouvés dans le camp de nos ennemis, k Tavani-garde de la résistance dans des circonstances diverses; ces ré*

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pnlïlioains, qui n'ont retrouvé un peu de fo démoomtique, un peu de dévouement an peuple, que le jour où, délaissés par leurs alliés de Vordre, ils sont tombés du pouvoir, et se sont vus, après de coupables fitiblesses, réduits à dévorer dans l'isolement leurs remords et leurs humiliations : — ces républicains-là n'ont pas encore expié leurs erreurs; iU n'ont pas encore mérité leurs réhabilitation; et tant qu'ils n'auront pas accepté sans réserve le programme de la démocratie socialiste, nous ne pourrons voir, sans protester, la Montagne s'associer à eux pour faire un acte politique.

En ces temps où les rapprochements inexplicables sont à l'ordre du jour, où les fusions sont trop souvent conseillées au peuple, c'est une chose f&cheuse que l'exemple donné, mercredi, par nos amis. ^

Le Journal que nous citons voudrait-il nous dire quand il pense que les représentants de la gauche républicaine auront suffisamment expié leurs erreurs et mérité leur réhabilitation ? Quel temps a8signe*tril à leur pénitence! Que doivent-ils faire, à son avis, pour être reçus au pardon t Si le Temps peut nous le dire, nous adhérons de tout cœur à sa politique comme il ^hère lui-même à la protestation de la Montagne.

Notre confrère parle d'adhésion au programme œmplet de la démocratie socialiste. Il n'ignore pas cependant que, sur la question fondamentale, celle de l'intérêt des capitaux et celle de l'impôt, qui lui est corrélative, la démocratie socialiste était elle-même, il n'y a pas plus d'un an, divisée; que sur la question du gouvernement, la plus grande après celle de la propriété, elle Test encore. Où donc est le programme complet de la démocratie socialiste! Qu'on nous le dise, afin que nous sachions, pour notre propre compte, si nous devons nous ranger parmi les immobilistes ou parmi les ultras !...

La seule chose qui soit complète aujourd'hui, qu'on le sache bien, c'est la foi à la République ; c'est, avec le suffrage universel, la perfectibilité des institutions, l'abolition des charges du capital et de l'impôt, et, comme conséquence de cette abolition, la liberté illimitée de l'homme et du citoyen. Hors de là, nous avouons humblement, pour ce qui nous regarde, que nous n'avons jamais entendu î)arler du programme cùmplet de la démocratie socialiste : nous serions heureux qu'on voulût bien nous le faire connaître.

Le Temps ajoute :

n 7 a, parmi les républicains, deux partis bien distincts. Qu'ils aient chacun leur drapeau, comme ils ont chacun leur programme; qu'ils ne se confondent pas sous la même bannière, tant que leurs idées ne se seront pas réunies sous la même formule. De ces deux partis républioaiost il en est un qui doit mourir. Ne lui donnons pas plus d'importance qu'il n*en mérite; ne le grandiisons pas aux jeux du peuple!

L4 YOIX DU PEUPLE -— 1849 297

Qu'est-ce à dire? Quel est ce puritanisme rétrospectif 1 Estce que le ptrti qui a protesté, le l^juin d'abord, ensuite à Versailles, par ses deux chefs militaires, Guinard et Forestier, n'a pas suffisamment expié le crime involontaire des journées de Juin! Est-ce que Parrêt de la haute cour ne l'a pas réhabilité ! Est-ce que la misère qui le dévore et qui confond désormais ses intérêts avec ceux du prolétariat, n'est pas un gage suffisant de fidélité à la République, et d'adhésion au programme encore inconnu de la démocratie socialiste 1 Veut-on raviver les rancunes du 13 mai et du 8 juillet î Veut-on éterniser les haines de castes!

Et nous aussi, nous avons posé, après le 26 juin 1848, l'antagoniàme entre les classes ; nous avons creusé le fossé entre la bourgeoisie et le prolétariat. Mais alors il s'agissait de donner à la République sa véritable signification ; il s'agissait, par la terreur de la question sociale, de sauver la Révolution. Quand le bourgeois et le paysan, trompés pat de stupides calomnies, s'armaient tous deux contre le socialisme, nous avons levé l'étendard contre le paysan et le bourgeois. Maintenant que la Révolution, comprise, acceptée de ceux-là mêmes qui, d'abord, lui résistaient, poursuit sa marche victorieuse ; maintenant que le dissentiment n'existe plus qu'entre les sectes et les rapsodes, quel motif pourrait-on avoir encore de persister dans cette politique d'antagonisme 1

Veut-on, encore une fois, diviser la démocratie et perdre la République par ce système d'exclusion absurde, implacable? Qu'on le dise, et que la Montagne se prononce î Nous viendrons en aide à la discorde, et, nous en attestons notre passé, jamais pareille anarchie ne se sera vue depuis la confusion des langues.

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