LA VOIX DIT PBVPLB
cet argument. £t puisque la jouissance des avantages sociaux est en raison de la valeur assurée, la prime à payer par chaque citoyen doit être en raison de son capital. Tout mensonge dans la déclaration de l'assuré est une fraude envers la société, justement passible, suivant la gravité du cas, de la préemption ou de Tamende.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur Forganisation de rimpôt-assurance, tel que le propose M. de Girardin ; ce détail ne peut entrer dans le cadre de notre critique. Arrivons aux conséquences. D'abord, par la taxe du capital, l'impôt est ramené à une forme unique : élément précieux de pacification et de fraternité entre les peuples. Aussitôt que cette institution aura été adoptée par un pays, elle le sera successivement et inamédiatement par les autres: les avantages commerciaux et industriels qu'elle procure en feront pour tous, comme des chemins de fer, une nécessité.
Ainsi, par une création toute fiscale, la solidarité entre les peuples aurait fait un nouveau pas; après l'unité de force, l'unité de poids et mesures, l'unité de monnaie, l'unité de rail, l'unité du calendrier, nous aurions encore l'unité d'impôt : ce serait le couronnement du grand édifice élevé à la Liberté, à la Justice et à la Paix.
Que dis-jet unité d'impôt I L'impôt ne serait pas unique, il serait nul, comme on va voir.
Ce qui distingue éminemment l'impôt sur le capital de tous les autres, c'est son égalité parfaite, mathématique, absolue. Or, qui dit égalité d'impôt, — pourvu que le produit de l'impôt soit employé par l'Etat en services utiles, — dit nullité d'impôt : nous allons le faire comprendre.
Deux causes contribuent particulièrement à rendre l'impôt onéreux à une nation : l'une est son inégalité, l'autre est la stérilité de son emploi. La première , rompant l'équilibre des conditions économiques, arrête la circulation, suspend le travail, enfante le chômage, creuse le déficit, crée le paupérisme et la misère; la seconde épuise, corrompt le peuple par le parasitisme des armées, de la police et des fonctionnaires. L'égalité de l'impôt, au contraire, agissant comme une presta- . tion en nature, organisée, compensée et notablement allégée, il en résulte que les citoyens font en réalité, par eux-mêmes, ce que l'Etat est censé faire pour tous : c'est une fraction mînime de temps ajoutée au travail quotidien. Par cette combinaison, le budget, écrasant à 1,500 millions, pourrait facilement étro porté à 2 milliards, sans que les travailleurs en sentissent le
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poids : Tingt ans de ce régime centupleraient la fortune des citoyens et celle de TEtat.
En réalité donc^ Timpôt sur le capital^ unique, égal, n'est plus un impôt : c'est Tabolition de tous les impôts. Ce résultat, évident en pratique, est conforme d'ailleurs à la théorie philosophique des œnceptSy d'après laquelle il ne peut exister rien qui soit unique en sa nature : tout être, toute invention, toute idée se classe nécessairement dans un genre quelconque, dans une série.
M. de Girardin a donc eu raison de dire, après avoir exposé la théorie de l'impôt sur le capital :
<K Plus d'impôt du temps (l'impôt du temps est la conscription) ! Plus d'esclavage militaire I Plus de honteux tirage des hommes au sorti Plus d'inscription maritime 1
«c Plus d'impôt foncier 1
(c Plus d'impôt personnel et mobilier I
« Plus d'impôt des portes et fenêtres î
« Plus d'impôt des patentes I
« Plus d'impôt des boissons!
« Plus d'octroi I
K Plus de visite à la douane sur le voyageur (
« Plus de passeports !
« Plus de livrets d'ouvriers 1 »
Tous les impôts, sans exception, doivent dispardtre. L'Etat doit au citoyen ses services gratis ^gl'impôt sur le capital suffit à couvrir toutes ses dépenses. Par quelle inconséquence M. de Girardin a-t-il donc réservé les droits d'enregistrement, timbre, douanes, transit, contrôle, vente de sels, poudres et tabacs ? Ces réserves sont une tache dans le système. La théorie répond à tout : plus on la généralise , plus elle acquiert de fécondité et de certitude.
Plus d'impôts, voilà ce qu'il faut proclamer hardiment; voilà notre point de départ.
Mais, par cela même que dorénavant l'impôt suffit à l'Etat, que l'Etat est riche, que les citoyens ne sont plus obérés et vexés par l'impôt, il faut admettre encore toute la série des propositions suivantes, corollaires de la formule fondamentale.
Plits de fraudes^ partant 'plus d* amendes! -* Une des plus grandes plaies de l'ordre politique est guérie.
Plus d'emprunts! — A chaque année suffit son budget : au lieu de déficits, désormais nous aurons des excédants.
Plus de dette publique! — Qui n'emprunte rien ne doit rien.
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Au lieu d'emprunter, nous rembourserons nos créanders, qui, atteints à leur tour par Timpôt, seront obligés de faire valoir leur capital et de travailler. Le remboursement de la dette publique produira ainsi, pendant toute la durée de son remboursement, le même effet que produirait une commande de 8 milliards de produits, que l'étranger ferait à Tindustrie française.
Plus de caisse d' amortissement î — Qu'aurons-nous à amortir, en effet, quand nous aurons payé nos dettes et que nous n*en ferons plust
Plus de jeu de bourse! — L*Etat n'empruntant rien, par conséqvL&ai ne créant point de rentes, il n'y a lieu de spéculer sur son crédit ou son discrédit ; nous sommes délivrés des loups-cervicrs.
Plus d'usure! — C'est-à-dire plus d'intérêts des capitaux, sous quelque forme que ce soiKl Ici nous nous trouvons dans la nécessité de rectifier et de compléter le projet de M. de Girardin.
L'Etat doit à tous le crédit, de même que l'instruction et la pension de retraite. Or, comme l'Etat est payé du service qu'il rend au citoyen en leur faisant crédit , de la même manière qu'il l'est de ses autres services , à savoir par la prime d'assu« rance, il s'ensuit que le crédit de l'Etat, gagé sur 134 milliards de capitaux payant la prime, gagé sur toutes les valeurs de conunerce passant par la Banque, gagé sur toutes les obligations hypothécaires des emprunteurs, gagé enfin sur la masse métallique qui circule entre les mains des producteurs et consommateurs, et qui, par l'effet de la prime, comme par l'effet de l'impôt et de l'intérêt, afflue sans cesse dans les caisses de la Banque et de l'Etat , il s'ensuit, disons-nous, que le crédit de l'Etat est GRATinr. Exiger pour l'Etat, en rémunération du crédit qu'il donne, soit contre bonnes valeurs de commerce, soit sur hypothèques, un intérêt quelconque en sus de la prime d'assurance, comme le veut M. de Girardin, c'est faire évidemment un double emploi , c'est être infidèle à la théorie, c'est voler le travail au profit du capital.
 propos du crédit de l'Etat, M. de Girardin semble également embarrassé pour l'émission et la circulation du papier de crédit garanti par l'Etat. Comme il sait mieux que personne que le cours forcé n'est autre chose qu'une organisation du pillage et de la banqueroute' il ne trouve de meilleur moyen, pour donner crédit aux billets de l'Etat, que de les faire recevoir par l'Etat, aux créanciers hypothécaires actuels, en échange de titres de rente 3 pour 100 au pair.
I] est un moyen bien plus simple, et surtout bien plus sûr, de donner au papier de crédit une faveur égale au moins à celle de l'argent : c'est que l'Etat, après avoir déclaré que le crédit serait gratuit pour tout escompte ou avance en billets, stipule un intérêt de 5 pour 100 l'an, par exemple, pour les escomptes, en numéraire. Les monnaies d'or et d'argent subissent, comme l'on sait, par la circulation, un certain déchet; de plus, c'est une richesse dont la société perd l'usage par le fait même de la circulation. N'est-il pas juste que celui qui, au lieu de payer sa consommation en papier, veut la payer en argent, paie les frais de cet argent 1
Pius de parasites f plus cPoisifs ! — Sur ce point, M. de Girardin se montre inflexible. Et, chose remarquable , qu'il importe à tous les travailleurs de noter , c'est précisément parce que M. de Girardin ne veut plus d'oisifs qu'au lieu de l'impôt sur le revenu, il veut établir l'impôt sur le capital. Le prolétariat ne s'en fût pas douté : c'est que le prolétariat ne sait pas, comme la bourgeoisie, de quelle manière naît et pullule roi« siveté.
« Quelle diflférence si grande, allez-vous dire, peut-il y avoir entre l'impôt sur le revenu et l'impôt sur le capital!
« Immense, incalculable I vous allez le voir.
a Pour base de l'impôt, prenez le capital : aussitôt le capital, qui ne circulait pas, circule. Le capital qui dormait se réveille, le capital qui travaillait redouble d'eflforts et stimule le crédit. Le capital ne peut plus rester un seul instant oisif et improductif, sous PEINE D'ETRE ENTAMÉ. Il est condamné à l'activité forcée. Le capital qui était timide s'enhardit,» forcé qu'il est de périr ou de vaincre.
Que voulez-vous, en vérité, que fasse le capital, placé entre la prime d'assurance qui le mord et le crédit de l'Etat qui, par sa concurrence gratuite, le stérilise t Le pauvre capitaliste est donc forcé, ou de vendre et manger son capital, ou bien de l'exploiter par lui-même, c'est-à-dire de faire comme tout le monde, de travailler. Et comme la mesure du capital exploitable pour chaque homme et chaque famille varie dans des limites fort étroites, voyez-vous d'ici l'égalité des biens et des fortunes s'établir peu à peu en dépit de l'inégalité des intelligences, par l'impôt sur le capital, le crédit gratuit, l'instruction gratuite!... Cela ne vous semble-t-il pas un peu plus efficace que le célèbre poteau de Louis Blanc!...
Au lieu de cela, essayez d'établir, comme le veulent de prétendus révolutionnaires, l'impôt sur le revenu, sans vous occu* per du capital et sans organiser le crédit. Savez-vous ce qui
arriverai C'est que vous produirez la hausse des capitaux, l'élévation de l'intérêt. Vous rendrez l'argent plus rare, vou9 encouragerez l'usure, vous assommerez le travail, vous tuerez la confiance. Jamais les détenteurs de capitaux, jamais les juifs, les lombards, les publicains ne firent de plus lucratives afiaires, jamais l'argent ne fut à plus haut prix et la circulation plus difficile qu'au moyen âge, alors que l'Eglise et l'Etat s'épuisaient en ordonnances et en persécutions contre l'usure et le produit net. Et jamais aussi le peuple ne fut plus misérable...
Plus de gouvernement ! plus d'autorité I plus d'arJntrëire! -^ C'est M. de Girardin qui le dit lui-même , l'homme gouvernemental par excellence.
« En vain vous vous efforcerez d'étayer le principe d'autorité, qui de toutes parts s'écroule. Il faut choisir entre le droit d'examen et le principe d'autorité, car il y a entre eux incom* patibilité absolue. Ce qui élève l'un abaisse Tautre. Toute la force gagnée par le droit d'examen est perdue par le principe d'autorité. — Que faire donc? — Changer un mal. A la place du mot : autorité, mettre le mol^ : solidarité, » Et sans sortir du sujet qu'il traite, M. de Girardin nous explique comment chaque citoyen, par l'organisation de l'assurance universelle et de l'impôt sur le capital, devient un contrôleur de l'Etat, un membre du gouvernement.
« La troisième page de la police d'assurance a pour titre : Budget de VEtat. Cette page met chaque année sous les yeux de tous les assurés les recettes, les dépenses et le bilan de l'Etat. Chacun d'eux sait ainsi quel emploi donne l'Etat à l'argent qu'il encaisse. Tout contribuable devient contrôleur, tout assuré devient censeur. Les abus, nous le savons, n'y trouveront pas leur compte : faut-il gémir de ce que les plus secrets, les plus invétérés finiront par être découverts et frappés!
« N (c'est comme qui dirait, par exemple, M. Thiers) possède une fortune immense pour laquelle il ne paye qu'une contribution insignifiante. 11 prétend que les gros budgets font les grandtii Etats ; il est d'avis de toutes les augmentations de dépenses,' et, pour justifier les plus inutiles, il excelle à trouver dM raisons spécieuses. Il n'en cherchera plus, soyez-en certain, aussitôt qu'au lieu de payer 1,000 ou 1,600 francs de contribution, il lui faudra payer 10,000 ou 15,000 francs d'assurance. Le budget des dépenses, qui n'avait jamais eu d'approbateur pluf complaisant, désormais n'aura pas de contrôleur plusu^ére, et comme N est compétent, les ministres, qui le savéht, se tiendront sur leurs gardes. ».
Joignez maintenant à cela Torganisation du suffrage universel, le gouvernement du peuple par le peuple, et dites-nous si l'Etat n'est pas alors un vaste atelier, où chaque travailleur est à la fois ouvrier, comptable et contre-maître, où chaque ci«^ toyen règne et gouvernet...
Plus de révolution, enfin! c'est la conséquence extrônie de l'impôt sur le capital, le dernier mot du conservateur Emile de Girardin. Il fallait bien passer par la révolution pour arriver à l'abolition des révolutions. Et, ne nous le dissimulons pas, tel est aussi le vœu du prolétariat. L'ouvrier cherche le statu quo dans le travail, comme le bourgeois le cherche dans le bien-être; mais ils se trompent tous deux : il n'y a de statu quo nulle part, pas plus dans le travail que dans le bien, être. C'est ce qui donne une apparence de raison aux journalistes, fantaisistes et conspirateurs, qui cherchent la Révolution pour la Révolution. La Révolution est étemelle; mais pour ceux-ci encore, il faut que chaque terme de la Révolution soit atteint : il y a réaction au progrès toutes les fois qu'il y a dédain du progrès.
Allons I révolutionnaires amateurs du 17 mars, du 16 avril, du 16 mai, du 13 juin, dramaturges politiques, plagiaires de 89 et 92, voulez- vous être une fois raisonnables et conséquents! Faites une manifestation pour l'idée, pour la véritable idée de Février, comme vous en avez fait une pour l'Italie et la Pologne.
Cette idée, nous n'avons cessé de vous le dire depuis dixhuit mois, c'est d'abord l'abolition de l'usure, l'abolition de 5 milliards de prélèvement annuel sur le travail, l'abolition de l'esclavage économique, de l'exploitation de l'homme par l'homme^ C'est, en second lieu, l'abolition de la monarchie, non*seulement héréditaire et de droit divin, mais constitutionnelle, l'abolition du cumul des pouvoirs, l'abolition du gouvernement de l'homme par l'homme.
Deux voies vous sont ouvertes, traditionnelles et légales, pour arriver à cet affranchissement : l'une est l'organisation du crédit par la garantie mutuelle des producteurs ; l'autre est la conversion du système féodal de Timpôt en un impôt unique, l'impôt sur la capital, l'assurance universelle.
L'organisation du crédit et la conversion de l'impôt ne sont, au fond, que la même idée, convergente au même but, à la liberté du travail, à l'égalité des fortunes.
Voulez-vous de la liberté, voulez-vous de l'égalité par le crédit et par l'assurance, oui ou non ? Il faut vous prononcer, ou vous taire.
lA VOIX i>u PBUPU5 — iB49 295
(N- 68. — 87 novçmbiro J849,)
Paris, 26 novembre.