LES FRONTIÈRES NATURELLES
La constitution féodale abrogée, au moins enxe qui touche les rapports des Ëtats, ceuxci se trouTent placés les uns vis-à-vis des autres dans une condition, non plus semblable, mais analogue à celle des Ëtats antiques : la déclaration d'indépendance les replace sous la loi d'antagonisme, à peine modifiée par la reconnaissance dun droit et d'une morale naturels. De nouveau, ils tendent à leur absorption réciproque, comme si Tutopie, con-
damnée sans retour, d'une monarchie universelle devait se réaliser une seconde fois.
Sans doute la tendance unitaire n'aura plus, au dix-septième siècle, Fintensité qu'elle avait eue 2,000 ans auparavant : cela tient d'abord aux découvertes des navigateurs.
Depuis la fin du moyen âge, le mouvement d'expansion de la race caucasienne s'est dirigé vers des contrées éloignées de l'Europe : Japhet le progressiste a commencé résolument la colonisation du globe. La Hollande a ses îles; TAngleterre sera bientôt maîtresse de l'Australie et de l'Inde ; le Portugal et l'Espagne tiennent le Mexique, le Pérou, le Brésil, les Atlantiques ; la France a sa part de l'Amérique du nord, en attendant qu'elle fonde sa domination sur l'Atlas. Jusqu'à ce que les nouvelles terres, que tant de riches débouchés soient devenus insuffisants, on peut regarder une guerre de suprématie entre les États européens comme toul au moins prématurée.
Avant qu'elle éclate, le temps aura porté conseil.
Puis, ce n'est pas une pure négation que cet clément démocratique qui , s emparant du spirituel et du temporel, a grandi sur les ruines de la féodalité et du sacerdoce de 1509 à 1648. Une sorte de niveau ou de balance tend à s'établir entre les États, en vertu du nouveau droit, expression de lunité et de la solidarité humanitaire. Égaux devant la nature et devant la destinée, appelés à la même civilisation, les peuples affirment de plus en plus leur individualité et leur souveraineté : ce n'est pas un petit obstacle, on Ta vu en 1815, on le voit en 1859, que cette puissance d'opinion.
Cependant si la reconstitution d'un grand empire est devenue tout à fait improbable, pour ne pas dire définitivement impossible, le danger d'une lutte subsiste, et plus que jamais le problème de l'équilibre des États et de la pacification générale est à l'ordre du jour.
Ici, nous abandonnons pour quelque temps le fil de la chronologie. L'hypothèse que nous
allons examiner, ainsi que la suivante, appartient comme les autres à la raison universelle; elle a son importance très grande dans la politique, et son action non moins apparente dans rtiistoire. Mais elle ne s est pas produite à un moment^ispécial, elle ne détermine pas une période ni un siècle ; elle se trouve, au contraire mêlée à tous les systèmes, elle est de toutes les époques, de tous les essais, comme la nature, qu'on trouve toujours dans les conseils de la Providence.
L'idée dune délimitation naturelle des États, aussi vieille que la société, a obtenu de nos jours une recrudescence de faveur. Il faut, se dit-on, que chaque État reste dans les limites que la nature lui assigne, et faire de ce principe un article du droit des gens.
La solution* serait d'un matérialisme assez brutal : la paix garantie par la camisole de force. Mais, je le répète, l'idée a des faits pour elle, elle a donc aussi sa raison. A première vue, il saute au yeux que les Pyrénées séparent admirablement la France de TEspagne,
NOTBS ET FRAGMENTS. 83
et la Manche de rAngleterre. II est positif aussi que les États« dans leurs remaniements perpétuels, se sont rapprochés autant qu'ils l'ont pu de ce qu'on pouvait considérer comme une limite naturelle. Enfin Tidée d'une frontière assignée par la nature a le mérite très grand, aux yeux de la philosophie, de transporter la question de la sphère subjective, où elle s'est jusqu'à présent renfermée, dans la sphère objective, hors de laquelle la vérité reste toujours conventionnelle ; ce n'est plus seulement à la raisoh de l'homme, très respectable assurément, que nous allons demander la solution du problème de la paix : c'est aussi à la raison dès choses, sans laquelle il faut bien avouer que la première n'est que fantaisie et déception. L'entendement avec ses concepts d'unité, diversité, liberté, etc., est l'instrument de la science et du droit; mais cela ne suffît pas; l'esprit demande quelque chose de plus ; il lui faut. . avec des combinaisons^ des réalités.
Certes, il serait à souhaiter que chaque
État pût être délimité et circonscrit avec la même netteté que l'Angleterre, les deux péninsules hispanique et italique, et la France. Mais sans compter que de semblables circonscriptions sont rares, elles rencontrent dans lapplication deux difficultés graves : la première est qu'elles ne s'accordent pas avec le principe des nationalités, que cependant elles supposent ; la seconde, qu'en l'absence d'une constitution économique, elles sont un moyen de domination bien plus qu'une garantie de paix.
CRITIQUE DE L IDÉE d'uNE DÉLIMITATION NATURELLE
Trois fois, sous la première race, TAustrasie se sépare : en 687, la bataille de Teslry gagnée sur Ebroïn, maire de Neustrie, par le duc d'Austrasie, Pépin de Herstal, semble reconstituer dans son intégrité la monarchie francpie, plus forte, plus glorieuse que jamais, sous une dynastie nouvelle. L'idée qui en 486,
avait présidé à la fondation de la monarchie franco-gauloise, est reprise en sous-œuvre par Pépin de Herstal, Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne. C'est toujours le Rhin, que les princes, le clergé, toute la Gaule ont en vue : c'est par le Rhin que Charlemagne vient à bout des Saxons, et mérite d'être proclamé empereur d'Occident; mais Charlemagne avec tout son prestige n'y fera pas plus que Clovis; son successeur Louis le Débonnaire est forcé de partager son vaste empire; après sa mort, en 845, le traité de Verdun, qui fonde la Lotharingie, sépare pour toujours le pays rhénan du reste de la France.
A partir de ce jour, l'attraction germanique devient la plus forte ; la féodalité en se constituant rend d'ailleurs toute prétention inutile. Ce n'est qu'après des siècles, en 1214, que la France, proclamant son antique et géographique unité, viendra dire, à Bouvines, aux nouveaux Francs confédérés, l'empereur d'Allemagne, le duc de Brunswick^ le roi d'Angle-
terre et le comte de Flandre, qu'elle ne perd pas de vue la b'gne du Rhin.
Ainsi, ni la Gaule celtique, ni la Gaule romaine, ni la Gaule franque, ou ce qui revient au même, ni les Francs devenus romains et gaulois, ne peuvent réaliser la pensée de rendre à notre pays la ligne du Rhin.
Louis XIV y échoua : venant après la Réforme, après le traité de Westphalie, il rencontrait un nouvel et insurmontable obstacle. Si à la majorité de ce prince, les provinces du Rhin avaient fait partie de ses États héréditaires, la condition de l'Europe eût été changée. Avec le caractère du prince, avec des hommes de guerre tels que Turenne, Condé, Vauban, Luxembourg, Villars, avec la supériorité de civilisation, la conquête pouvait s'accomplir? Qu'eût-elle duré? c'est une autre affaire. Après la Réforme et la promulgation des nouveaux principes, le pays de la rive gauche n'appartenant pas à la France, il n'y avait rien à faire : le Rhin nous repoussait. — Napoléon, enfin, y échoua lui-même : de 1795 à 1814,
la Belgique, a,vec une partie de la Hollande, est réunie à la France : pendant près de vingt ans la révolution, par la vertu de son principe, maintient sa conquête. Mais la France tombe de république en despotisme : le Rhin, de ce moment, n'a- plus d'autre signification pour le despote conquérant que la soumission de l'Europe, et l'Europe, pour reprendre le Rhin, se coalise; l'antique confédération des Francs se reforme contre la France, et , pour ne parler que des Hollandais et des Belges, fidèles gardiens du fleuve. Napoléon put juger à Waterloo combien peu les compatriotes de Charlemagne sympathisaient avec son héritier.
Grâce au ciel, ces temps sont loin de nous. Encore un peu et les questions de frontières paraîtront aussi surannées que les disputes de religion. En ce qui touche la France, qu'il soit permis à un de ses enfants de le dire : la pensée de domination qu'on lui a tant de fois reprochée est injuste. Elle existe, cette pensée, chez tous les peuples. Dévorer ou être dévoré, telle est la loi d anarchie écono*
mique, loi atroce, antisociale, mais qui résulte de la fatalité des choses, qui nous a été enseignée par la Bible sous le nom de messianisme, dont la tradition nous a été léguée en outre par les empereurs ou prétendants à l'empire, qui, dès le premier siècle de notre ère, choisirent .pour résidence la Gaule, où quelques-uns même avaient reçu le jour. Elle nous est commune, cette même pensée, avec le saint-empire germanique, fondé, consacré par les papes, acclamé par les peuples, apparemment en prévision d'une monarchie suprême; avec l'Espagne, dont les deux monarques les plus célèbres, Charles-Quint et Philippe II aspirèrent ouvertement^ aussi bien que Louis XIV et Napoléon, à la domination universelle; avec le Tsar, enfin, dont le panslavisme fut naguère frappé par nous si rudement en Crimée.
Des pédants attribuent à un vice de race les prétentions du peuple français à la suprématie du globe, son humeur guerrière,' sa manie d'assimilation. Ils voudraient, comme
le baron de Stein, voir notre patrie humiliée, démembrée, rayée de la liste des natiotis. Ils n'aperçoivent pas, ces profonds ethnographes, ce qui crève les yeux, que la France est plus à plaindre en tout ceci qu'à blâmer, que ses vues ambitieuses sont le résultat de causes fatales, séculaires, dont elle ne s*est pas encore rendue maîtresse, mais qu'aucun peuple n a combattue autant qu'elle? N'est-ce pas pour obéir à la France que Napoléon III, entrant en Italie, protesta contre toute pensée de conquête?
Que chacun se rassure? La frontière du Rhin, depuis un siècle, a singulièrement perdu de son importance. Il n'y a guère que les attardés du chauvinisme qui s'en entretiennent encore. La civilisation des races germaniques a égalé celle des races romaines : or, sans la supériorité de civilisation, la possession d'une ligne militaire comme celle du Rhin devient, pour la conquête, insignifiante. Le Rhin, qui jadis pouvait servir d'une manière efficace les projets de la France contre
rÀUemagne, peut servir aujourd'hui tout
aussi bien les projets de rÀUemagne contre la France. Ce qui nous fut impossible en 1815, le serait maintenant dix fois plus. Du reste, nous n'avons que faire, pour notre gloire à venir, de la possession du Rhin. Quelle que soit la pensée personnelle, rétrograde qui préside à nos destinées, elle ne prévaudra pas. L'expérience des siècles et les grandes idées de la Révolution nous ont appris que noire mission sur le globe a changé de moyens comme de nature. Ce n'est plus un grand empire français ou allemand qu'il s'agit de fonder; c'est la liberté et la philosophie que nous avons à faire refluer vers l'Orient. Pour cette Oeuvre, ce n'est pas trop de l'antique alliance d'Aétius et de Mérovée, du Gaulois et du Franc. Si quelque pensée menaçante pour la liberté du monde pouvait surgir, ce ne serait plus de ce côté ci, ni de ce côté là du Rhin^ ce serait sur le Niémen.
n NOTES ET FRAGMENTS.
Par le traité de Zurich, Napoléon a renoncé formellement à revendiquer la ligne du Rhin :
1"* Il a amoindri l'Autriche, et, conséquemment, il s'est ôté un argument de conquête ;
2** Il a posé le principe du respect des nationalités; or le Rhin n'est pas français, les deux tiers de la Belgique ne sont pas français; l'autre tiers, pays wallon ou Ârdennes, est enserré de telle sorte, loin du Rhin et de la mer, qu*il ne servirait de rien à la grandeur politique de la France ;
5"" Si Napoléon III réclamait la Belgique, il donnerait, à FÂutriche, une raison de réclamer la Lombardie, en sorte que les Italiens sont intéressés à défendre les Belges.
Napoléon III, on peut le dire, s'est condamné à ne plus faire de guerre d'ambition.
Par l'union avec la France, la population belge gagnerait une élévation du niveau intellectuel, une amélioration morale, un plus
NOTES ET FBAGMENTS. 93
grand débouché. Elle perdrait, quant à présent, une portion des libertés politiques dont elle use si peu ; elle se débarrasserait de son doctrinarisme ; elle apprendrait à voir les choses de Favenir d un point de vue plus large, plus révolutionnaire, plus franc; elle entrerait avec plus de franchise dans le mouvement soit de révolution, soit de réaction, et deviendrait l'avant-garde de l'armée révolutionnaire.
La France perdrait; elle aurait à supporter un abaissement de salaire, une augmentation du paupérisme, un surcroit d'insolence de la part de TÊglise, une aggravation du despotisme ; elle gagnerait une belle armée d ouvriers socialistes plus énergiques , plus résolus, plus éclairés que les ouvriers français.
Regardez sur la carte, la position des Pays- Bas, Belgique et Hollande, sorte d encognure géographique entre la Gaule et l'Allemagne.
9i NOTES ET FRAGMENTS.
La régularisation du mouvement européen, l'empire de la civilisation a été donné aux deux races deçà et delà le grand fleuve : la Gaule entraînant à sa suite les deux péninsules; la Germanie emportant les peuples Scandinaves, la Suisse, et une partie des Danubiens.
Gaule et Germanie sont les deux plateaux de la balance européenne.
Les Pays-Bas sotit comme l'aiguille du fléau, inclinant tantôt à droite, tantôt à gauche^ marquant les oscillations du droit européen , et, ne pouvant dominer les deux grandes races, ils ne doivent être ni à l'une ni à l'autre.
Un moment, et même à plusieurs reprises, il y a eu tentative de domination de l'Europe, par les Pays-Bas.
Clovis, Pépin de Landen, Pépin de Herstal, Karl Martel, Pépin le Bref et Gharlemagne, ont tour à tour assis leur domination à Liège, Tongres, Aix-la-Chapelle; mais le dernier seul a réuni la domination des deux races, et
régné, d'Aix-la-Chapelle, sur la Gaule et la Germanie.
Cet empire s'est dissous à sa mort; les Pays-Bas n'ont plus été qu'un fief de l'empire, disputé par le roi de France, redevenu purement gaulois.
L'acte du congrès de Vienne a assigné aux Pays-Bas leur vraie destination.
Le pays rhénan a joué un grand rôle dans le monde :
1"* C'eîlt le Rhin qui arrête la conquête latine et qui tient en échec la puissance des états ;
2" C'est le Rhin qui détermine la chute de l'empire d'Occident;
S*" C'est le Rhin qui fonde la monarchie des Francs dans la Gaule, et qui, après avoir créé cette monarchie, la rejette loin de lui, s'en sépare parla Lotharingie, etc., et combat sans cesse les empiétements par la Flandre ;
4^ C'est sur le Rhin que s'établit l'empire de Charlemagne, qui place de nouveau la Gaule sous la domination germanique ;
5^ C'est sur le Rhin qu'est assise la féodalité;
6^ C'est par le Rhin que la papauté, représentée par les évéques d'Utrecht, Liège, Cologne, Mayence, Trêves, etc., maintient sa puissance contre le schisme gallican; par le Rhin en un mot, que le catholicisme gouverne le monde ;
7*^ C'est le Rhin qui fait les croisades;
8*^ C'est le Rhin qui fait l'art gothique;
9^ C'est le Rhin qui invente Timprimerie (Strasbourg, Mayence ou autres).
10° C'est le Rhin qui produit, qui anime, et fait triompher la réforme ;
11'' C'est le Rhin qui tient la balance entre François i^' et Charles -Quint, et qui déjoue successivement la France et l'Espagne dans leurs projets de monarchie universelle ;
IS"" C'est le Rhin qui donne le traité de Westphalie ;
15^ Le Rhin se refuse à Louis XIV, et se soustrait, parla coalition de l'Europe, à l'empire de Napoléon; il détermine le sens des traités de 1815;
Le Rhin, en effet, n'est d'aucun État; il traverse, touche, du sud au nord, la Suisse, l'Autriche, Wurtemberg, Bade, France, Bavière, Hesse, Nassau, Prusse, Hollande;
Du reste, il est essentiellement germanique ; la race celte n'y aboutit par aucun côté ;
H"" C'est par leur adossement au Rhin que les Pays-Bas ont conservé leur indépendance.
Jusqu'à Hugues Gapet, la France n'a pas d'histoire.
Elle ne figure pas comme nation, comme Gaule, sur la scène politique.
Pendant toute la première et la seconde race, ce sont disputes de Francs contre Francs. L'ancien Gaulois n'apparaît point. Toute notre histoire, de César à Clovis, est histoire romaine; puis de Clovis à Hugues Capet, c'est histoire d'Allemagne. Sous Clovis, les évêques ne figurent un instant que pour livrer le pays
98 NOTES ET FRATiHENTS.
à Tétrânger. Jusqu'à Hugues Capety ce sont de très Humbles serviteurs des rois.
Enfin, la Gaule renaît avec Tavénement du comte ou duc de Paris, Hugues, à la couronne; alors disparaissent les noms germaniques de Chlowdeg, Dagobert, Childeric, Childebert , Clotaîre , Eudes , Raoul , etc. — Cependant on conserve le Clovis et le Karl gallinés en Louis et Charles. Mais on voit des Philippe, des Jean, môles aux Henry, etc.
Ce qu'il faut faire, c'est une histoire de notre race sous les rois des Francs , d'abord , et jusqu'au moment où l'histoire de ces rois devient identique à la nôtre, ce qui n'arrive pas sitôt que l'on croit.
Pourquoi ces partages perpétuels d'États, entre les fils des rois francs? C'est pays conquis.
Séparation de la France et de l'Empire par le traité de Verdun, 843.
Voilà au plus notre première date; nous n'avons pas, comme on dit, quatorze siècles d'existence; nous avons mille ans. — Selon
Aug. Thieiry, ce mouvement ne daterait que de cent ans plus tard, Hugues Gapet.
Lutte prolongée de la Gaule du sud contre la Gaule du nord. Langue d'oc et langue d'oiL Opposition des Gaulois aux Francs, marquée par la guerre d'Albi^ au treizième siècle, et phis tard, par la guerre des protestants; elle finit à. la prise de la Rochelle et à la révocation deîÉdit de Nantes.
Mouvement des communes : est-il germa* nique?
Pour bien dire, l'histoire de France, de Clovis jusqu'à la fin du douzième siècle, est l'histoire de la servitude gauloise, sous la conquête germanique; du douzième siècle au dix-huitième, c'est l'histoire de son affranchissement.
La date officielle de lexistence politique de la bourgeoisie en France est l'an 1302 , 10 avril, première convocation des états généraux par Philippe le Bel.
Maintenant qu'est-ce que la nation française ou gauloise. On ne la connaît que depuis soixante et dix ans.
100 NOTES BT FRAGMENTS.
Arteyelde, parfaitement indifférent à la loi salique, conseille à Edouard III de prendre le titre de roi de France , en vertu du droit féodal, qui, par les femmes, lui assurait la possession de ce royaume.
Opposition entre le droit féodal et le droit naturel des gens, qui ne permet pas ce cumul.
Mais Fesprit du temps suffisait ici pour les projets d'Artevelde. En effet, les Flamands » amoureux de la légalité, n'hésitèrent plus à se prononcer pour Edouard. Là est le génie de ce bourgeois, qui pose le principe de la neutralité armée, met aux prises les rois de France et d'Angleterre, et, par l'important appoint des bourgeoisies de Flandre, se constitue entre eux médiateur. Pendant dix ans, c'est Artevelde qui a mené les affaires.
Ainsi les Pays-Bas, Flandre, Hollande, Hainaut et Liège, ont résisté à l'incorporation française, par l'appui qu'ils ont constamment trouvé soit en Allemagne, soit en Angleterre. Les Pays-Bas sont les gardes avancés du Rhin, qui ne veut pas être français.
C'est Ârtevelde, et sa politique, qui nous a jeté dans les jambes cette guerre de cent ansy qui a fini par rendre Fincorporation impossible. Louis XIV n'a pu prendre et conserver qu'une faible lisière.
, La question pour nous, quand il s'agit de la conquête des Pays-Bas , n'est donc pas sur le Rhin ; elle est sur la Manche , l'Elbe et le Danube. Il faut dicter la paix de Londres, frapper une contribution de guerre sur Berlin et Kœnigsberg et bloquer Vienne, si nous voulons avoir Bruxelles, Anvers, Liège, Maestricht et Mayence.