CONSIDÉRATIONS SUR LA NATIONALITÉ FRANÇAISE
Génération équivoque mêlée de Gaëls, Kimris, Aquitains ou Vascons, Suisses, Allobroges et Belges. — Caractère femmelin , léger, vaniteux, inconstant, peu de dignité, peu de caractère, servile, bavard, badaud, bêta.
Sort de son anarchie primitive pour tomber sous le joug romain.; et depuis lors unitaire.
Après le joug romain, le joug germanique. Après la religion des druides, le culte italique, et enfin le christianisme.
Patriotisme et respect de la nationalité médiocre : domination anglaise à Bordeaux ; — domination impériale en Franche-Comté; — domination papale à Avignon .
Catherine de Médicis, Marie de Médicis et leurs Italiens, madame des Ursins, Concini, Mazarin, Law, Necker, Bonaparte, J. J. Rousseau; — popularité d'Alexandre, empereur de Russie; faveur des Polonais ; — imitation anglaise.
(En ce moment, grande nouveauté : on défend, à l'imitation de TAngleterre, de lire des discours écrits au Corps législatif).
La France eût pu, par position, continuer Rome : elle a été bien au dessous de la tâche. Après avoir combattu les Francs, sous Aélius, Aegidius, Syagrius, elle s'est donnée à Clovis, un roitelet qui ne disposait pas de 10,000 combattants.
La France n'a pas su, à la fin du moyen âge, conserver sa religion en la réformant, comme firent l'Allemagne et l'Angleterre, ni sauver ses moeurs. Elle est tombée dans le
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libertinage du dix-huitième siècle^ sans lequel elle n'eût point accompli sa révolution. Aussi, cette révolution s'est toujours sentie de son orfgine.
La France n'a pas su produire sa constitution propre : en a-t-elle seulement une?
Elle a abouti au despotisme par la seule force des choses ; nul lien entre le noble, le clerc et le bourgeois, comme en Angleterre; une rage universelle du privilège ; une fureur de servilité.
La France na pas su former sa royauté pour sa fin propre, comme l'Angleterre. L'Angleterre aussi a mis à mort un roi ; l'Angleterre a expulsé une dynastie ; mais elle a fait preuve d'énergie, en disant : Je veux garder la royauté, et cette royauté sera telle que je la veux. Et la royauté est restée, et elle a été ce qu'a voulu l'Angleterre qu'elle fût, et elle fest!
La France n'a pas su faire sa révolution de 89. — Turgot avait commencé; elle l'a repoussé. Mirabeau la conduisait bien : il est mort juste au moment où sa popularité était
perdue : ni L'assemblée, ni les jacobins ne surent l'appuyer. On ra.réduit à néant, à force de parler de ses vices ! . . .
La France n'a su vivre ni avec la république, ni avec la monarchie constitutionnelle. C'est la bourgeoisie qui a renversé Charles XT, qu'il suffisait de contenir; cest elle qui a abandonné Louis Philippe, qu'il était si aisé d'avertir.
La France ne comprend, n'aime que le commandement. — Elle n'a rien compris à la théorie constitutionnelle et parlementaire; aussi 1815 lui est en horreur.
C'est bien la nation française qui cherche le pouvoir fort, le gouvernement ubiquitaire et factotum, la centralisation. — La race n'est pas entreprenante; il lui faut une armée, et un trésor public.
La France a applaudi Napoléon sans le comprendre : elle l'a abandonné tout siniplement parce qu'elle était rassasiée de lui. — Elle se souciait médiocrement de l'empire universel. Cf. Thiers.
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Il n'y a pas d evsprît public en ce pays. — Toujours on y donne raison au gouvernement!... Toujours le citoyen est sacrifié au pouvoir par ses citoyens.
La France ne périra pas ; mais elle ne marchera que traînée par l'Europe, et à la suite de l'exemple des autres nations. — Sa vanité ne lui permettant pas de rester en arrière.
Le Français n'a pas réellement besoin d'être libre. Quelqu'un a dit que nous n'étions pas mûrs pour la liberté : c'est inexact. Nous ne serons jamais mûrs : cette liberté nous est inutile. Au surplus, tout est relatif. Le Français n'est pas un dévorant; il n'a pas des besoins d'orgueil et d'ambition : sa vertu n'est pas féroce et susceptible; sa fierté point rageuse. Pourvu qu'il ait de quoi vivre, qu'il blague, qu'il raille; pourvu qu'il glose sur le gouvernement, tout en lui obéissant, il est content. — Du vin, de l'amour, de petits vers ; des dîners fins, des spectacles, des feux d'artifice, du tam-tam, il est content. — Après moi le déluge !
CantaronOy ma pagarona, disait d'eux Mazarin. Jamais rien de plus méprisant n'a été dit sur un peuple. — Cest à coups de cravache qu'il faut mener les Français, disait à ses familiers Napoléon. Il les connaissait bien.
La langue est fort belle ; peu poétique, peu musicale : le Français a justement la manie des vers, et dédaigne l'éloquence. Ils ne connaissent ni leur instrument ni leur genre d'esprit.
Contrefaçon romantique de Shakspeare, des Espagnols, de Goethe, Schiller, etc.
La Francea joué un rôle, non par son génie, mais par sa position. Ce grand groupe est si puissant que nécessairement il a pesé dans la balance.
Mais ce rôle est bien moindre qu'on ne l'a dit.
Il faut retrancher de l'initiative française tout ce qui appartient aux .deux premières races, jusqu'à Charles le Gros, le troisième et dernier emj)ereur et roi de France : tout est germanique.
Le génie de la France ! Où donc est-il? C'est nous-mêmes qui le trahissons les premiers.
Nous avons produit Scalîger, Calvin, et nous les avons abandonnés : le premier en Hollande.
Nous avons produit Descartes, et il est allé en Suède. Abandonné. Une petite Église.
Nous avons produit Saint-Cyran, Arnauld, Pascal, Port-Royal, réformateurs, et nous les avons détruits.
Nous n'avons pas produit la Compagnie de Jésus; mais nous l'avons embrassée, elle nous gouverne encore.
Nous n'avons pas produit le Contrai social; et le jacobinisme nous empoisonne.
Nous avons produit Saint-Simon, Fourier, le socialisme critiquCy et nous avons fusillé les socialistes.
Nous n'avons pas produit Law ; et Law a été adoré plus que Turgot, qui est des nôtres.
En théologie, nous sommes pélagiens ou semi-pélagiens, et nous jurons par Augustinus.
Voltaire a passé plus de quarante ans hors de France, à Cyrey, à Berli7i, à Londres^ aux Délices.
Nous avons fait la révocation de FÊdit de Nantes, et nous nous sommes partagé les dépouilles des proscrits.
Nous avons produit Richelieu, et il nous a fait peur.
Nous avons fait la Jacquerie, en 1556, et nous avons laissé mettre à mort Marcel ; — Artevelde nous a appelés, et nous ne lui avons pas répondu : quelle belle occasion pourtant que celle de la captivité du roi Jean!... Nous avons fait le mouvement populaire de 1429-50, et nous n'en avons pas mieux profité; nous avons laissé prendre et brûler Jeanne d'Arc.
Notre rôle est un rôle de brouillon !
Lâchetés y indignités, de la presse soi-disant démocratique^ 1861-62.
A propos du 21 janvier, la Presse et le Siècle manifestent leurs sentiments régicides et approuvent, dit-on, le jugement de Louis XVI.
— En même temps, satisfaction du régime actuel. La Presse^ à propos du discours de la couronne, remarque que ce discours est loué en Angleterre, foyer de liberté^ dit-elle, mais qu'il soulève la réprobation en Autriche, centre de la réaction!...
Jamais la maison de Habsbourg n'obtiendra la confiance : point de liberté avec elle!...
L'Autriche se plaint des attaques du Piémont, et demande l'exécution du traité de Zurich : le traité de Zurich n'est rien, lui dit-on '.allez-vous-en! Vous n'avez rien à faire en Vénétie, rien à faire en Pologne !... Ils parlent comme en 93.
Applaudissements et félicitations à Fould ; -^tout le monde absorbé par \di conversion du 4 1/2. Race agioteuse.
Hypocrisie à l'égard de la papauté.
Liberté, égalité , fraternité. — En 1802, Bonaparte fonde la Légion d'honneur, la décoration; en 1804, il crée une noblesse, et la nation applaudit.
En 92-93, on vend les biens du clergé, on
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chasse les réfractaires, on ferme les églises, on adore la Raison; en 1801, Napoléon fait le concordat; la nation applaudit; eu 1805, sacre de Tempereur ; en 1813, on tombe à genoux devant le pape. — En 1825-29, on crie contre la mission ; en 1850, on abat les orgies de mission; en 1848, on fait bénir les arbres de liberté; en 1852, tout le monde est jésuite. Le Français a peur du diable; il recherche l'impiété par fanfaronade ; en fin de compte, il adore le bon Dieu ejt brûle des chandelles à la Vierge.
Comme les Athéniens, beaux parleurs, les Français sont un peuple femme.
Esprit français. — C'est, la plupart du temps, une calembredaine, un calembour, une baliverne, une impertinence, une bêtise même. La recherche du superficiel, aussi pew estimable que le sel attique. J'augure mal de ce génie hâbleur. Qu'est-ce queRivarol, Cham-
fort, Duclos, et tant d'autres, cités pour leur esprit? Des médiocrités! Qu'est-ce queM. AbotU^ avec toutes ses gentillesses? Un farceur. .
Le Français aime la farce, la charge, la bouffonnerie. Sganarelle lui fait plus de plai< sir que le Misanthrope. Des pièces à caractères! cela ne lui va pas. Il n'a pas de caractère. Cf. Taine, portrait du Gaulois, dans son Lafontaine. Triste espèce.
Le Français hait le sérieux, la profondeur, le vrai en soi ; il tend à rabaisser, à diminuer, à amoindrir tout, — à vulgariser ou plutôt à trivialiser les choses.
Cest parce que nous sommes des gâteux en fait d'idées, qu'il nous faut toujours du nouveau. Nos dramaturges le prouvent : il y a^ peu de drames, peu de comédies, dont on n'ait pu faire une œuvre de mérite, quelquefois un chef-d'œuvre; ils gâtent tout, parce qu'ils ne soignent rien, ne croient point à l'art, ni à eux-méme.
Influence funeste, dont l'étranger est bien revenu, qui n'a pas eu prise sur l'Angleterre, que rAllemagnerejette,dont l'Italien se gausse, car il peut en tout genre nous en revendre ; que le Moscovite, aujourd'hui, dédaigne.
Nationalité française. -^ Envahie par les Anglais, Allemands, Belges, Juifs, etc.
La déclaration des droits de l'homme, le libéralisme de 89, 1814, 1850 et 1848, n'a profité qu'aux étrangers. Qu'importe aux étrangers le despotisme gouvernemental ? Ils ne sont pasdu pays; ils n'y entrent que pour l'exploiter; aussi le gouvernement a intérêt à favoriser les étrangers dont la race chasse insensiblement la nôtre.
— Quelques pages fortement accentuées sur les Juifs. — '- Une franc-maçonnerie à travers l'Europe. — Une race incapable de former un État, ingouvernable par elle-même, s'entend merveilleusement à exploiter les autres. — Son analogue dans les Bohémiens ou Tsigannes, et les Polonais émigrés, les Grecs, Arméniens, et tout ce qui vagabonde.
La loi du libre- échange sera la déchéance du peuple français. Il sera vaincu chez lui par l'étranger. — A coup sûr, c'est la loi, je l'ai dit moi-même. Les luttes du travail doivent remplacer celles de la guerre. Mais qu'au
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moins le Français soit averti ; qu'il sache ce qu'il fait, et dans quelle position il est placé.
Le Français montre sa rétrogradation par son esprit militariste. Il lui faut des soldats quand même. — Il aime le soldat. — Le quart de son produit en soldats, fonctionnaires, et monuments publics ! . . .
Quelle est notre tradition à cette heure? — Est-ce celle de 89 ou celle de 88? Sommesnous de Louis XIV ou de la Constituante? Sommes-nous chrétiens ou philosophes? Nous sommes une confusion, une macédoine, un pêle-mêle, une promiscuité, un gâchis, une déliquescence. — Singulière politique qu'on nous impose, de ressusciter les morts!
Nous avons fait la guerre pour ranimer l'Ëtat turc, qui meurt de plus belle.
Nous avons fait la guerre pour rendre l'autonomie aux Italiens, qui sont dans le gâchis, plus malades qu'auparavant.
On veut nous faire faire la guerre pour la Pologne !
Il y a des politiques qui cherchent à s'ap-
puyer sur le vif; qui croient qu'il y a plus à faire, plus à gagner avec ^des États qui marchent, se développent, gagnent, travaillent, qu'avec des aristocraties défuntes. — Ces politiques-là sont déclarés des sots, des ineptes. — Nous sommes faits, nous autres Français, pour ressusciter les morts.
Cependant nous avons augmenté notre dette en dix ans de trois milliards! Elle va être de 12 milliards!... à force de nous frotter à la mort, nous gagnons la consomption, et nous mourons.
La gloire d'un peuple, c'est de faire de geandes choses, en conservant la pureté de son sang, de son individualité, de sa tradition, de son génie.
Est-ce la nôtre? — Nous avons manqué nos grandes entreprises ; notre gloire est usurpée ; nousjsommes sans tradition et sans principe.
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