DIGRESSION ETHNOGRAPHIQUE
A propos des Américains , soi-disant peuple
jeune.
Le naturaliste compte parmi les éléments ^dX"d"!fo'îr
principaux de classificalion la denture. casm«r"ie
Et si on regarde la physionomie ccncrale cvswmd
° * «^ ^ qup nous
des animaux, poissons, reptiles, oiseaux, "^tTjUii^ quadrupèdes, on est tout d'abord frappé de la*'*q7/\'f;;i^* grandeurdcTorganedelamanducation, comes- quHqu'^Hrois tîon et mastication. Quelle grandeur de gueule d?m.é au
moDde les
chez le brochet, le crocodile, le serpent! — Re- «"^ngeurb?
i?s" ^sôbref? g^^d®^ ï®s becs-fins , c'est menu à l'extérieur ; gSnSdeux maisouvrezlebec, quellecapaeitédegueule!.*..
influences.
le^porVrait. Et le slugc, par quoi est-il le plus hideux, si ce n'est par Ténormité des mâchoires?
Parmi les peuples , on peut distinguer les dévorants et les sobres; les grosses mâchoires et les petites ; les mangeurs de viande et les mangeurs de légumes.
Les peuples méridionaux sont peuples sobres; le Grec est très sobre, l'Arabe encore plus ; l'Italien, l'Espagnol, les Gaulois du midi de la Gaule, sont très sobres. Le Juif ancien fui aussi peuple sobre : la cérémonie de l'agneau pascal l'indique suffisamment. Le Juif mangeait de la viande une fois l'an, à la fête ; puis quelquefois , aux grandes occasions , quand on offrait un sacrifice. — L'idée d'offrir à Dieu un bœuf rôti, un mouton, un bouc , suppose que la viande était chose précieuse et rare , que l'on ne se permettait pas tous les'jours.
Les Hindous ne mangent pas de viande : ainsi firent les pythagoriciens.
Les Juifs s'abstenaient de la chair de porc, d anguille, et d'une multitude d'autres animaux.
Les anciens Ariens, sectateurs deZoroastre, très sobres.
On distinguait encore chez les anciens, les galactophages, les ichlhyophages, les lotophages, etc. — Le blé est une découverte des races sobres : ce ne sont pas des cannibales, ni des Anglais, ni des Flamands, qui eussent institué le culte de Cérès et Triptolème. Ces races aiment mieux consommer leur grain en boisson qu'en pain.
Aussi est-il à remarquer que le Grec, l'Italien, l'Espagnol, le Français du midi, .de même que l'Hindou, se distinguent par une physionomie moins animale, le retrait des mâchoires , la médiocrité de la bouche et la saillie du front et du nez; tandis que c'est le contraire chez les Allemands, etc., comme chez les cannibales.
Cependant il y a à noter ici que des peuples qui consomment peu de viande , tels que les
936 APPGNDIGE.
Séquanaîs, ont la mâchoire forte; c'est que leur régime végétal, tel que le fournissait leur pays, se composait de graines dures, dont l'écrasement exigeait une certaine puissance. Sic chez YArabe^ qui vit d'une poignée de grain.
Avant de juger une nation dans ses actes politiques, sociaux , industriels, il faut la reconnaître dans ses dispositions naturelles. Car tout a son point de départ dans la nature même.
Les racés dévorantes, à peine de rester barbares, ou même de périr, ont dû travailler beaucoup plus que les autres, et par conséquent organiser mieux que toutes les autres lexploitation humaine.
Les Anglais sont grands travailleurs, et grands exploiteurs; ce sont aussi les plus forts mangeurs du globe. Ce que dévore un Anglais suffirait a une famille grecque de six personnes.
De là nécessairement toute une série de différences dans le caractère, les mœurs, les
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talents, les manifestations. De là, le malthusianisme...
Le mangeur est plus positiviste, plus sensualiste, plus matérialiste, plus utilitaire. — C'est en Angleterre que sont nées les théories de Malthus et de Bentham.
Le frugal sera plus idéaliste, plus artiste ; il aura plus de besoins de vanité, d*esprit, d*âme : c est en Grèce, en Italie, que sont nés les grands artistes, c*est de là que viennent les théories spirituali&tes.
Le mangeur est plus farouche, le frugal plus sociable.
La liberté politique sera par moments plus faible chez le dernier , en raison même de sa tendance à Tunion ; — mais la liberté sociale sera toujours incomparablement plus développée chez lui que chez les races mangeuses.
Jusque sous les rois absolus et les empereurs, il y a en France un'esprit de tolérance, d'indépendance d'opinion, d'action, qui n'existe pas en Angleterre.
âSS APPENDICE.
Ce sont les races du Midi qui ont imposé leurs idées (christianisme, droit romain, politique italienne) à celles du Nord, — qui, en récompense, se préparent à exploiter et dévorer celles du Midi (Portugal, traité de Methuen).
Si la race sobre se contente de peu, vit en imagination autant qu'en chair et en os, elle sera moins disposée à sortir de chez elle, moins voyageuse, moins émigrante, moins colonisatrice : à moins cependant que , comme les anciens Grecs et les Romains, elle ne fasse ses entreprises en grande association, et par essaims y ce qui nest pas le propre des Allemands, des Normands, ni des Anglais, bien qu'on puisse citer les grandes migrations des cinquième et sixième siècles des peuples du Nord.
Les races frugivores seront les premières civilisées. Les carnivores ne viendront que longtemps après.
Les premières inventeront les sciences, les arts, les métiers, la petite industrie ; les se-
condeSy à qui le besoin de manger fait une loi d'exploitation humaine, organiseront la grande industrie. — Celles-ci sont plus bourgeoises; celles-là plus démocratiques. Dans tous les pays, quel animal plus mangeur, plus consommateur que le bourgeois? — Influence des races du Nord.
L'institution des fameuses communes dans le Nord n'est autre chose que l'organisation bourgeoise, plus naturelle, plus spéciale ûux races du Nord qu'à celles du Midi.
L'Américain, grand producteur, parce que grand consommateur, ne sait pas vivre. Il est prodigue comme TAnglais, parce qu'il est avide, avare, absorbant : ces deux vices, qui semblent contraires, sont au fond le même. La prodigalité n'est pas plus dans le naturel des peuples sobres que la gloutonnerie.
L'homme de race latine aime le combat et la victoire par orgueil, l'Anglais par esprit d'engloutissement.
L'homme, créature raisonnable, reste, il est vrai, toujours homme , il parvient à do-
H9f AFPENDIGI.
niiner sa nature et il jouit, sous tous les climats, dans les conditions d*existence et de tempérament les plus diverses, des mêmes facultés intellectuelles et morales; — mais ces facultés prennent dans leur exercice une miance différente selon la race et le climat.
Les Anglais et les Allemands se sont montrés aussi pieux et superstitieux que les Latins et les Grecs.
Mais il y a plus d*opiniâtreté dans Vintolérance des Anglais, par exemple, dans leur bigotisme et leur hypocrisie biblique, que dans la religiosité des Français.
L'Angleterre a produit des philosophes aussi bien que Tltalie.
Mais le positivisme empirique de Bacon ne ressemble guère au platonisme de Giordano Bruno : Fun est toujours le fait dune raee qui a besoin de compter, dacquérir, parce qu'elle a besoin de manger; Tautre est le fait dun peuple que le vivre ne préoeoupo pas, parce qu il se contente de peu. — Bacon, dans sa philosophie, tend à ramener toutes les
cooDaissances à des doctrines positivistes, toute science à Tindustrialismc; — Galilée, plus savant que Bacon, mais dominé par Fidéalisme de la race, veut faire servir la science à la démonstration de la religion. Ce besoin de faire servir la science à la foi est un des traits qui caractérisent la France actuelle : une multitude d'ouvrages ont paru depuis un siècle pour opérer cette conciliation, et paraissent tous les jours. Ce souci n'occupe pas l'Anglais ni l'Américain : il suit, sans se préoccuper de leur accord, deux principes opposes, deux lignes parallèles. Il adore la Bible qu'il lit tous les jours; il est à IVglise le dimanche, et le reste du tçmps, il est à Malthus, il fait de la science libre, des applications utilitaires.
Aussi, TAnglo-américain, comme le Flamand et le Hollandais, se pique-t-il d'être un praticien consommé; le Latin et le Grec ont besoin de voir le fond et la philosophie des choses; plus heureux de connaître le comment et le pourquoi de la chose, que de pro-
duirc la chose même. On dirait des professeurs de physique, pour qui les expériences ne sont qu'un moyen de démonstration, non defifectuation.
Exagération vaniteuse et béte des Anglo- Américains, dénués de sens esthétique. Â Paris on applaudirait Jenny Lind ; à New- York, on s'attelle à sa voiture. Et cela prouve que les Américains sont plus mélomanes, plus connaisseurs que les Parisiens!
Chez les deux races, la raison n'est pas la même : chez Locke, ce n'est que du gros bon sens, sans pénétration ni finesse : comparezle donc à nos moralistes, La Bruyère, Fénelon, Montesquieu, Voltaire, Condillac.
Locke a fait, dit-on, la philosophie de la sensation, ce qu'il y a de plus pauvre en philosophie.
Condillac, lui, s'emparant de cette idée de sensation, la transforme : il dit que l'idée est une sensation transformée. Or, regardez-y de près, sans vous effaroucher du mot sensation : vous verrez que rien n'est plus aisé que d'ac-
corder Cordillac avec Kant. Tout le mystère est dans cette transformation. — Comment, de nos impressions sensibles, faisons-nous ou extrayons-nous des idées? Par l'opération de notre entendement, dont la nature est de concevoir l'idée, aussitôt qu'il a reçu la sensation!...
Les Anglais jouissent depuis bientôt deux cents ans du gouvernement constitutionnel. — Mais ce gouvernement n a jamais eu chez eux de principes bien arrêtés; il n'en apas encore. Les Français ont fait de suite la théorie de ce gouvernement; et cette théorie est la seule philosophique.
Pourquoi ce gouvernement ne tient-il pas autant chez nous? C'est que l'essentiel n'est pas là; c'est que la France démocratique a compris que ce n'était pas le dernier mot de Tordre politique ; c'est que l'esprit bourgeois, qui fait l'essence de ce système, est un esprit d'exploitation, de race mangeuse, tandis que la France démocratique aspire à autre chose.
Or, que le suffrage universel s'établisse en
m APPËNDinB.
Angleterre, et tôt ou tard le régime dootri* naire tombera.
Aujourd'hui , c'est rinfluence du Nord qui est prépondérante sur le globe : l'industrialisme est partout; la féodalité financière, les principes constitutionnels, triomphent sur tous les points, et commencent à se restaurer en France; ils régnent en Espagne, en Italie, en Grèce.
Ce mouvement, je n'hésite point à le déclarer légitime ; et Thonneur principal doit en être rapporté ù qui de droit. N'oublions pas que le dix-neuvième siècle est Icre de la glorification du travail; et que le travail, considéré comme principe politique et de moralisation, entraîne avec lui le système des garanties constitutionnelles, certainement le plus libéral, le plus digne de notre nature, qui se soil réalisé dans le monde.
C'est pourquoi^ dans cet ordre de faits, aujourd'hui prépondérant, la France, malgré ses victoires, ne joue en définitive que le second rôle ; ni son idéal, ni son avenir^ ne sont
vraiment là. — C'est pour cela que Tidée fondamentale de 89 dépasse les constitutions de 1814, de 1850 et de 1848 : il y a autre chose, dans la Révolution française, que des formules bourgeoises et doctrinaires de gouvernement.
Mais il n'est pas moins vrai que la France cfus'^orgV
. , Diques qui
devait, quant au présent, s emparer avec force ^f^^lf'^-^"^ de cette idée de constitution; c'est le pointeidlteminé
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d appui à l'aide duquel il lui sera donné un ^ViVue,""
• • .* • il ' J ' il faut bien
jour de ressaisir cette influence preponde- „|[g°r?nos rante dont elle se sent diene, et dont le prin-Tfdlaïism?
^ ^ latin a figuré
cipe et ridée ne sont certainement pas con-"'^ Rgn™.'^'^^ tenus dans la donnée anglo-américaine du parlementarisme.
Si la civilisation devait rester ce que l'a faite la notion pure de la production et des garantie politiques, façon anglaise, il faudrait dire que la domination du globe appartient aux races aux fortes mandibules, et que les peuples frugivores ont été livrés par Dieu en pâture aux carnivores. '
11 faudrait dire que le bourgeoisisme, ayant
pour contre-partie le salariat, est le dernier mot de la civilisation et de la politique.
Gela ne peut pas être, et cela ne sera pas : la pensée de 1848 est immortelle.
L'homme n'est pas plus fait pour travailler que pour manger : il travaille et il mange, parce qu'il est fait pour autre chose, parce que sa destinée est supérieure, et que cette destinée est entre ses mains, et doit être son ouvrage.
Que l'Europe se calme et reprenne son assise; que les affaires y comme disent les bourgeois, reprennent franchement et vigoureusement leur cours : il ne s'écoulera pas cinq ans, à dater de cette reprise, avant que les peuples n'aient le sentiment vif et la claire intelligence de cette idée, qu'ils sont appelés à une condition meilleure, et que la prépondérance du travail, l'influence des races consommatrices, et le régime bourgeois qui en a été le produit, doivf^nt céder la place à d'autres maximes.
L'anglais, mangeur de beef-teak saignant. Les amateurs mangent quasi cru.
Dans la bible, défense de manger la viande crue, le sang, ou la chair cuite dans le sang.
L'Esquimau, mangeur de graisse, d'huile, de lard fondu, de blanc de baleine. La physiologie explique tout cela : il faut plus de chaleur à l'animal dans le Nord que dans le Midi, et la combustion de la chair, de la graisse et du sang en produit plus que celle des légumes.
Les habitants de Jersey et Guernesey sont les plus fidèles sujets de l'Angleterre.
Les Français, au Canada, libres, sont les plus doux et les moins tapageurs des hommes. En Europe, ils passent pour remuants, indociles, indisciplinables : c'est le contraire aux États-Unis. En revanche, ceux qui se donnent le plus de mouvement, les vaniteux, les chauvins, sont de race anglaise, des FankeeSy des Anglais.
On traite le peuple français d'ambitieux, amoureux de conquêtes, agressif. — C'est le
contraire; sa sobriété, sa frugalité .plus grande, l'en ennpêehent. Le vrai conquérant, c'est l'Anglais. Et la preuve, c'est qu'il possède plus de terre que tout autre.
Les faits ont prouvé, heureusement, qu'il n'est pas nécessaire de manger de la viande pour être brave. — Les soldats de la République et de l'Empire ont fait leurs campagnes en trempant leur soupe; ceux de Crimée, d'Afrique, en prenant du café.