‹ Mélanges parChapitre 30 sur 40 · Elle lui dit : « Oui , Seigneur , je crois que vous · texte numérisé non relu

Elle lui dit : « Oui , Seigneur , je crois que vous

êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, qui âtesvenuea ce monde. »

28. Et, après avoir dit cela, elle s'en alla; et ap- . pelant Marie, sa sœur, à voix basse , elle lui dît :

« Le Maître est là , et il te demande. »

29. Ayant entendu cela , Marie se leva aussitôt , et elle vint à lui;

30. Car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg, et il se trouvait encore au lieu où Marthe l'avait rencontré.

31. Or les Juifs qui étaient avec elle dans la maison et qui la consolaient, voyant qu'elle s'était levée et qu'elle était sortie avec promptitude, la suivirent en disant : a Elle va au tombeau pour y pleurer. »

32j Mais Marie étant arrivée au lieu où était Jésus cl le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : « Sei- , si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas

16, voyant donc qu'elle pleurait, et voyant li les Juifs qui étaient venus avec elle,

iB son esprit et se troubla lui-même.

iJ dit : « Où l'avez^ vous placé? e Ils lui

Seigneur, venez et voyez. »

Jésus pleura. I

lifs se dirent entre eux: «Voilà comment I

Lelques-uns se dirent: a Est-ce que

a ouvert les yeux d'un aveugle-né,

18 pu faire que celui-ci ne mourût pas? »

[ésus, fréraissant une seconde fois en lui-

même, vint au tombeau, qui était une caverne, et il y avait une pierre qui le fermait.

39. Jésus dit : « Otez la pierre/ » Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit: « Seigneur, il a déjà de Todeur, car voilà quatre jours quil est mort. »

40. Jésus lui dit : a Ne vous ai-je pas dit que, si vous croyiez, vous verriez la gloire de Dieu? »

41. On ôta donc la pierre, et Jésus, les yeux levés au ciel , dit : « Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez écouté ;

42. « Je sais , il est vrai , que vous m'écouterez toujours ; mais je Tai dijf pour ce peuple qui m'entoure, afin qu'il croie que vous m'avez envoyé. »

43. Et, ayant dit cela, il cria à haute voix : « Lazare , sortez. »

44. Et aussitôt on vit apparaître celui qui était mort, les pieds et les mains liés de bandelettes, et la figure couverte d'un suaire. Jésus leur dit : a Déliez-le et laissez-le aller. »

Je ne sais ce qu'en pensent les autres; pour moi, n'y aurait-il que cette page dans l'Évangile , je croirais à la divinité de Jésus-Christ. J'ai beau me rappeler tout ce que j'ai lu, je ne connais rien où la vérité s'impose avec une aussi palpable puissance. 11 n'y a là pas un mot qui ne porte au fond de l'homme cette conviction que Dieu seul a pu agir ainsi et faire écrire ainsi. Comme scène d'amitié , rien de comparable n'existe dans aucun siècle et dans aucune langue. La tendresse déborde dans ce récit , et cependant on pourrait dire qu'elle n'est pas

exprimée. Elle gît tout entière dans les entrailles , et, en la sentant toujours, on do l'entead que par ce seul mot : Et Jésus pleura. Jésus ne devait pas pleurer dans sa passion ; il ne pleura point lorsqu'uo apôtre lui donna le baiser de la trahison, ni quand saint Pierre le renia par peur d'une servante, ni quand il vit au pied de sa croix sa mère et ses plus chers amis. C'était l'heure surnaturelle de notre rédemption , et la divinité du Juste qui nous rachetait par la douleur ne devait s'y rendre visible que par.Ia force et la majesté. Mais à la veille de ce moment, lorsque le Christ, libre encore, vivait avec nous de notre vie, il ne put refuser au tombeau d'un ami la faiblesse de l'attendrissement. Il frémit, il se trouble; et enQn, comme l'un de nous, il pleure. Saints frémissements, heureux trouble , larmes précieuses , qui nous prouvaient que notre Dieu était sensible comme nous , et qui nous permettaient de pleurer aussi un jour dans nos joies et dans nos amitiés 1 Jésus avait donc à Bêthanie une famille tout end'amis. C'était là que, venant à Jérusalem, e où devait se consommer son sacrifice, Bit des fatigues de sa prédication et des I perspectives de l'avenir. Là étaient K'purs , dévoués , amis ; là , ce bien income affection à l'épreuve de tout. Aussi ce "^■ie qu'il se mit en marche pour faire • uphale à .lérusalem; et ce fut à la vue le visage tourné vers ses murs, du qu'il monta au ciel, presque à

égale distance du Calvaire où il était mort, et de la maison où on l'avait le plus aimé. Aujourd'hui même , quand le voyageur descendant de Jérusalem a passé le torrent de Cédron et gravi la montagne des Oliviers , il découvre sur la pente orientale de ces collines quelques masures parsemées de ruines. Oa lui montre du doigt entre ces débris trois points marqués à peine par des restes informes. « Là , lui dit -on, était la maison de Lazare; là, celle de Marthe ; là , celle de Marie Madeleine. » Le souvenir des siècles a été plus fort que les destructions de la barbarie, et le nom des amis de Jésus, survivant aux pierres dispersées , frappe encore d'un son ému ces solitudes indifférentes. De l'autre côté, ' et de la même place où il est debout , le voyageur découvre Jérusalem couchée dans le soleil du soir, triste, pensive, n'ayant plus qu'un tombeau pour gloire; mais c'est le tombeau de son Dieu. La pensée et l'œil du chrétien errent entre ces deux spectacles d'une désolation dissemblable. Ici plus rien que le nom ; là , une ville encore , mais quelle ville I Jésus n'a pas voulu laisser si proche d'elle la demeure et la tombe de ses amis; il a tout emporté avec son ascension , et , jetant Béthanie par delà les mers, il a préparé à ceux qui l'aimaient, sur des rivages à jamais chrétiens , une immortelle hospitalité.

Mais si , ressuscitant par la pensée ces habitations disparues , nous y pénétrons pieusement à la suite du Maître; si nous nous asseyons au banquet du soir avec Jésus, Lazare, Marthe et Marie, nous

^^ arrn ^'' dit:

nous demanderons peut-être à qui d'entre cef hôtes si cbers le cœur de Jésus s'était le plus donné. Car dans la prédilection même il est des préditectîons , tant l'amour est une chose profonde et d'uDc hiérarchie sans fin. Pouvons- nous pénétrer ce mystère? Nous est-il permis d'y descendre avec l'Évangile, et d'y porter la sainte curiosité d'un culte sans tache? Je le crois. On ne peut trop savoir où fut le cœur du Maître, afin de savoir qui on doit le plus aimer avec lui et après lui. Si le chrétien recherche dans la poussière la trace des pas du Sauveur , combien plus doit-il rechercher dans l'Évangile la trace de ses affections ! Je la rechercherai donc. Voyageur aux souvenirs de Béthanie, je puis franchir le vestibule , voir tout ce qui se fait , entendre tout ce qui se dit, et me répondre à moimême quand je me demande : Qui donc fut le plus aimé?

Était-ce Lazare? II n'y a sur lui que ce mot, qui lui est commun avec Marthe et Marie : Jésus aimeàl Lazare. Et cet autre qui lui est personnel : Latare, notre ami, dort. Et ce mot suprême : Laiare, sortet.

Pour Marthe, elle sait la première que Jésus est arrivé , elle y court la première , la première elle lui dit ; Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère tu ,»iirail pas mort. Mais quand le Sauveur lui répond : "^^ tire frère ressuscitera, elle n'est pas saisie d'une lière qui lui fasse entendre la pensée souveraine Fils de Dieu. Sa foi hésite, et il faut que Jésus-

rist lui dise : Je suis la résurrection et la vie;

croyez'vous cela ? Puis malgré ces affirmations répétées , lorsque le Seigneur ordonne qu'on ôte la pierre du sépulcre , elle ne peut s'empêcher de lui faire remarquer que le mort est là depuis quatre jours , et il faut que le Seigneur lui dise avec reproche : Ne vous ai' je pas dit que vous verriez la gloire de Dieu ? Marie est moins empressée que Marthe. Elle ne sait pas tout d'abord que Jésus est arrivé ; elle demeure assise dans la maison , jusqu'à ce que Marthe vienne lui dire tout bas : Le Maure est là, et il (appelle. C'est Jésus qui appelle Marie. Il ne veut pas que ce qu'il a résolu se passe loin de ses yeux. Et celle-ci, aussitôt qu'elle apprend la venue du Maître, court et tombe à ses pieds. Marthe était demeurée debout, Marie se précipite aux pieds de Celui qu'elle aime. Sa parole est la même que celle de sa sœur : Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais Jésus ne lui répond rien , et ne lui demande aucun acte de foi. Il sait qu'elle croit. La vue de ses larmes le touche , et il pleure lui-même. Jusque-là il s'était contenu ; devant Marie sa faiblesse éclate, il frémit, il se trouble, il pleure. Et Jésus pleura.

Il y avait donc dans Marie une humilité plus profonde, une foi plus vive, une plus grande action sur le cœur de Jésus. Elle était aimée d'une préférence que ses vertus révèlent , parce qu'elles étaient à la fois l'effet et la cause de l'amour du Fils de Dieu. Et cette conclusion nous est confirmée par un passage célèbre de l'Évangile de saint Luc, en son dixième chapitre ;

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38. Or il arriva qu'élant en voyage , Jésus entra dans un certain bourg ; et une femme appelée 'Marthe le reçut dans sa maison.

39. Et elle avait une sœur appelée Marie, qui, se tenant aux pieds du Seigneur , écoutait sa parole.

40. Pour Marthe, elle s'empressait à toutes sortes de choses du service, et, s'étant mise debout devant le Seigneur, elle lui dit : « Seigneur, est-ce que vous ne vous inquiétez pas de voir que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dites-lui donc de m'aider. H

41. Et le Seigneur répondant, lui dit : « Marthe, Marthe, vous vous préoccupez et vous troublez de bien des choses.

42. « Or il n'y en a qu'une de nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée. 1)

-ce que cette meilleure part, sinon un pplus grand de Notre- Seigneur, mérité par tour plus parfait? Marthe servait , Marie écou- L contemplait. Marthe se tenait debout, Marie i pieds du Sauveur. Marthe se plai- , Marie se taisait. Entre ces deux affections si B^remmcnt exprimées , il est impossible d'hésiter. 1 déclarant celle de Marie préférable, Jésus la lit nécessairement préférée, et préférée avec e promesse que la meilleure part lui resterait à iamnis.

s quelle était cette Marie parvenue dans l'a- C du Christ à une si haute abdication de tout ce

qui n'était pas le regard et le recueillement? Saint Jean a soin de nous l'apprendre dès la seconde phrase de son récit. A peine a-t-il nommé Marie , qu'il s'interrompt pour nous dire : C'était cette Marie qui oignit le Seigneur d*un parfum, et essuya ses pieds avec ses cheveux. Évidemment l'apôtre attache du prix à nous la faire connaître, et à nous la faire connaître par une action qui ne nous permette pas delà confondre avec aucune autre femme de l'Évangile. Si une autre avait oint le Seigneur d'un pa/r^ fum, et essuyé ses pieds de ses cheveux^ cette action, en cessant de s'appliquer à une seule personne, eût cessé de désigner clairement qu'elle était Marie de Béthanie. Or saint Jean voulait la désigner clairement , et il le voulait parce que l'acte même dont il se servait pour la distinguer entre toutes les créatures était un acte extraordinaire , unique , sublime à ses yeux et digne d'une éternelle mémoire. Plusieurs femmes suivaient Jésus et le servaient ; plusieurs avaient pour lui un amour digne du Fils de l'homme et du Fils de Dieu : du Fils de Dieu par la chaste adoration d'une tendresse surnaturelle, du Fils de Thomme par les soins qu'elles prodiguaient à cette infirme nature qu'il avait prise pour nous. Mais une seule entre toutes avait eu le mouvement de l'oindre d'un parfum et d'essuyer ses pieds humides avec le lin de ses cheveux. Cette dernière circonstance révèle une seule âme. Il y a des choses qui peuvent se répéter par l'âme qui les a conçues , mais qui ne peuvent pas s'imiter par une autre. Deux fois une femme se jeta aux pieds du

Sauveur ; deux fois une femme y répandit la liqueur d'un parfum de grand prix , et les essuya de ses cheveux; mais quand même TÉvangile ne nous l'insinuerait pas , quand même la tradition se tairait, nous serions assurés qu'il n'y eut là qu'une seule inspiration , et que , si l'onction fut double , il n'y eut qu'un cœur pour la concevoir et qu'une main pour la faire, comme il n'y eut qu'un Dieu pour la recevoir.

C'est ainsi que les premiers et les derniers siècles l'ont entendu (1). Marie de Béthanie, sœur de Lazare et de Marthe , est la femme unique qui deux fois oignit d'un parfum les pieds du Sauveur et les essuya de ses cheveux. Dans la seconde onction , qui précéda de trois jours la mort du Fils de Dieu , l'évangéliste la désigne par son nom et par le lieu où la scène se passa; dans la première, qui signale le commencement du ministère public de Jésus-Christ, Marie n'est pas nommée; nous allons voir pourquoi , et je viens de dire comment ce silence a été réparé.

(1) On peut voir les preuves de cette tradition dans le grand ouvrage de M. Tabbé Faillon qui a pour titre : Monuments inédits sur V apostolat de sainte Marie Madeleine en Provence. Nous y avons puisé bien des documents qui eussent fait défaut à notre érudition personnelle ou nous eussent imposé un travail considérable.

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