AUTREMENT MARIE MADELEINE
Jésus- Christ avait commencé son ministère public. 11 devait durer peu , et dès le premier moment on discerne autour de lui trois sortes de personnes : de simples disciples d'abord, des hommes convertis à sa parole, le regardant et le traitant comme le Sauveur du monde; puis, entre eux, douze apôtres élus pour être les fondements de la société spirituelle dont leur maître sera éternellement la vie; enfin, parmi ces apôtres et ces disciples, quelques âmes prédestinées à être les amis et les consolateurs du Dieu fait homme. Tous sans doute lui étaient unis par les liens de la charité ; tous , à part un traître et quelques déserteurs , Taimaient d'un amour sincère que Jésus-Christ leur rendait à tous, et qui, plus grand pour ses apôtres, lui permettait de leur dire : Je vous ai appelés mes amis. Mais il est manifeste, en lisant l'Évangile, que les apôtres eux-mêmes, tout choisis qu'ils étaient et tenant la première place dans l'œuvre de la rédemption ,
n'étaient pas cependant, par le privilège de leur avenir, les plus chers au cœur qui les avait appelés. Jésus, l'image de notre vie, de même qu'il avait voulu avoir une mère , avait voulu aussi avoir des amis qui le fussent à un autre titre que leur charge , au titre d'une bienveillance indépendante de tout autre principe qu'elle-même. Saint Jean fut un de ceux-là , et lui-même , dans son Évangile, se distingue des autres par cette parole si belle de grâce et de simplicité : Le disciple que Jésus aimait.
Nous ne voyons pas dans l'Évangile les causes premières de cette prédilection pour saint Jean. Il était fils d'un pêcheur de Galilée, et avait un frère nommé Jacques. Un jour qu'ils réparaient leurs filets dans une barque, Jésus les vit, et les appela. Aussitôt, dit l'Évangile, ils quittèrent leurs filets et le suivirent (1). C'est là tout ce que nous savons des origines d'une amitié qui fit du pêcheur Jean un apôtre, un évangéliste, un martyr, le dernier des prophètes. Or il n'en est pas ainsi de Marie, la sœur de Lazare et de Marthe , et voici la scène où elle nous apparaît pour la première fois , aux pieds de Celui qui devait en faire la plus illustre entre les femmes , une seule exceptée.
Le récit est de saint Luc, dans son septième chapitre.
36. Un pharisien ayant prié Jésus de manger avec lui , Jésus entra dans la maison du pharisien et s'y mit à table à demi couché.
(1) Saint Mallhicu , chap.' iv, vers. 20.
37. Et voilà qu'une femme , qui était une pécheresse de la ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du pharisien, s'y rendit avec un vase d'albâtre rempli de parfum ;
38. Et se tenant en arrière, le long de ses pieds , elle commença d'arroser ses pieds de larmes, et elle les essuyait avec les cheveux de sa'lête, et elle baisait ses pieds , et les oignait de parfum.
39. Ce que voyant le pharisien qui avait invité Jésus , il se prit à dire en lui-même : Si celui-ci élait un prophète, il saurait assurément quelle est cette femme qui le touche, et que c'est une pécheresse.
40. Et Jésus , répondant à sa pensée , lui dit : « Simon , j'ai quelque chose à te dire. » Et Simon lui dit: «Maître, dites. »
41. « Un usurier avait deux débiteurs, l'un qui lui devait cinq cents derniers , et l'autre cinquante.
42. « Ni l'un ni l'autre n'ayant de quoi lui rendre, il remit à tous les deux leur dette. Lequel donc des deux l'aime le plus? »
43. Simon répondit f « Je pense que c'est celui auquel il a le plus donné. » Et Jésus lui dit : « Tu as bien jugé. »
44. Et, se tournant vers la femme, il dit à Simon : (( Tu vois cette femme? Je suis entré dans ta maison, et tu n'as point lavé mes pieds avec de l'eau ; mais celle-ci a lavé mes pieds avec des larmes , et elle les a essuyés avec ses cheveux.
45. « Tu ne m'as point donné de baiser; mais celle-ci , depuis qu'elle est entrée , n'a point cessé de baiser mes pieds.
46. « Tu n'as pas oint ma tôte avec de l'huile; mais celle-ci a oint mes pieds avec un parfum.
47. « C'est pourquoi je te dis : Beaucoup de péchés lui seront remis parce qu'elle a beaucoup aimé; et celui auquel il est moins pardonné, c'est qu'il aime moins. »