‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 133 sur 133 · IV · texte numérisé non relu

IV

Notre âme ! ah ! cherchons-la dans ces élans du cœur Dans ces nobles instincts de foi , d'amour, d'honneur, Bien plus qu'en tes progrès, trop terrestre science! L'àme est plus dans le cœur que dans l'intelligence, Et ce cœur, en dépit de tout raisonnement , D'une vie à venir garde le sentiment; Instinct venu d'en haut, lueur mystérieuse , Fanal à l'autre bord d'une mer orageuse, Tu nous dis que nos vœux de vous sont entendus, Compagne , amis , parents, avant nous disparus; Que des pieux souvenirs Dieu veut que l'on s'honore,

Et que d'un monde à l'autre on s'aime, on s'aide encore. .

(i) En 179! et 1794.

Quand parle ainsi l'instinct à nos esprits émus, Que peut notre raison lui demander de plus? Elle sait qu'ici- bas il régnait avant elle; Qu'on ne peut à ses lois être longtemps rebelle ; Que du Ciel à nos cœurs ses révélations Sont le point de départ de nos religions ; Qu'enfin , si l'homme aspire à s'élever sans cesse , Si des êtres vivants c'est le seul qui progresse , Il le doit, avant tout, à cet instinct moral Qui distingue le plus l'homme de l'animal. De l'immortalité , de l'éternité même , C'est l'instinct, et sa preuve est dans l'Être suprême Qui seul a pu donner à l'homme d'entrevoir Ces choses qu'autrement il n'eût pu concevoir. ......

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Vains propos! nos penseurs n'ont foi qu'en leurs sciences; Leur raison, de l'instinct dédaigne les croyances.

Ingrat! quand c'est d'instincts que vit ton corps mortel ;

Quand ici tu dois tant à l'instinct maternel;

Quand c'est de nos instincts que naissent, dit l'Histoire , ,

Nos mœurs qui des Élats font la honte ou la gloire ;

Quand tu sais qu'à l'instinct les animaux soumis,

Peuplades de castors, d'abeilles, de fourmis,

Sont depuis six mille ans aux mêmes lois dociles.

Là , point de factieux , point de guerres civiles ;

Et là , chacun ne voit, tout étant en commun,

Que dans le bien de tous l'intérêt de chacun ;

Simple instinct social , qui résout , et sans peine ,

Un problème insoluble à la raison humaine!

Insoluble en effet dans nos sociétés, Maigre', pauvre raison, tes essais trop vantés! Sparte, Solon , Numa , leurs codes, ces merveilles, Ont-ils autant duré que celui des abeilles? Font-ils mieux de nos jours, ceux qui veulent en vain • Niveler à tout prix le sort du genre humain, Et qui, surexcitant des maux qu'ils passionnent, Au nom de la raison à l'envi déraisonnent? \

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Ce don de la raison, est-cè un bien? est-ce un mal? L'homme est-il plus heureux que ne Test l'animal? Vaut-il mieux? Si du bien il a la conscience, 11 le doit à l'instinct mais non à sa science. Et quant à celle-ci, ce fruit de sa raison, Dans le monde moral quel progrès lui doit-6n? Voyez comme, au rebours, plus elle civilise, Plus mœurs, esprits et cœurs, tout se matérialise, Surtout lorsqu'ayant fait le peuple souverain, Tout s'abaisse avili, tout se fait peuple enfin ; D'où vient qu'en ces périls, qu'un grand cœur seul conjure Tout, jusqu'au Dictateur, manque à la Dictature!

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La Dictature, eh! oui, Peuple, quel autre frein Dompterait les partis qui déchirent ton sein? Quelle autre autorité te rendrait, pauvre France, Ta gloire, ta grandeur et ton indépendance? Mais quel Chef peut surgir du fond de ce chaos?

Mon Dieu , fais que l'abîme enfante le héros !

Jadis, des maux moins grands, sur nous venant s'abattre.

Enfantaient Duguesclin, Jeanne-d'Arc, Henri-Quatre,

Napoléon enfin, dernier, suprême effort,

Si grand, qu'il semble, hélas ! avoir lassé le sort.

Depuis, ô pauvre France, épuisé, ton génie

Tombe et retombe en proie à ta démagogie.

Ce monstre, l'ennemi de tout gouvernement,

De nos ambitieux détestable instrument,

Grandit à la faveur de leurs folles discordes;

C'est l'Attila moderne avec toutes ses hordes!

Né dans les plus bas fonds de nos grandes cités,

Ce fléau, destructeur de nos sociétés,

Des civilisations menace la dernière.

Un déluge, dit-on, éteignit la première;

Païenne, la seconde a péri sous la main

Des Barbares de l'Est, ou du pesant Germain ;

Et par son propre excès la troisième succombe !

Plus haut fut son berceau, plus bas sera sa tombe :

Elle naquit chrétienne; et l'ingrate, aujourd'hui,

Ne veut que sa raison pour guide et pour appui :

Sa raison ! ô Babel d'orgueilleuse mémoire !

O chute des Titans, ta fable est son histoire!

Qu'est-ce donc, après tout, que cetle faculté

Sujette à tant d'erreurs, à tant de vanité,

La Raison? c'est ainsi que notre orgueil l'appelle,

Quand la faible lueur que l'homme reçoit d'elle

N'est qu'un pâle reflet de ce flambeau divin.

Que peut celte lueur dans la nuit du destin?

S'y perdre! ou se mêler à ces ardentes flammes

Que mille passions allument dans nos âmes,

Et se laisser séduire à leurs entraînements.

Mélange impur, fatal à tous nos jugements

Où de nos passions la vanité raisonne ,

Où de notre raison l'orgueil se passionne

Jusqu'à prétendre ici, comme en quatre-vingt-neuf,

Tout régir, tout changer, et tout refaire à neuf;

Jusqu'à croire qu'en nous elle tient lieu, sans peine,

Des grands instincts moraux de la nature humaine;

Qu'enfin, opinions, croyances, sentiments,

Tout doit être soumis à ses raisonnements!

Quels sont donc les succès qui la rendent si fière?

Est-ce Dieu méconnu? La France prisonnière?

Ou tant de noirs méfaits d'un si triste renom ,

Que, depuis près d'un siècle, on commet en son nom? Quel chaos! Plus de foi, de frein, d'indépendance 1 Règne de la Raison, qu'as-tu fait de la France?......

i 5SEN 1876 j

TYPOGRAPHIE Fin M I V DIOOT. — M ES Ml. (EIRE).

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