DE L'INDULGENCE
On sait assez quelle est si indispensable, que sans elle nul ne pourrait vivre en repos , ni dans sa société, ni dans sa famille, ni avec luimême.
Aussi ce monde fourmille-t-il d'indulgents, mais d'une indulgence qui n'a de cette vertu que l'apparence.
Et en effet, tels ne sont indulgents que par insouciance ou défaut de sens moral;
Tels autres, et c'est le plus grand nombre, par une paresse égoïste, ou par aveuglement, faiblesse, et lâcheté même;
Tels encore par calcul : pour ne pas se condamner dans leurs pareils, ou pour s'autoriser dans leurs méfaits et qu'on leur passe ce qu'ils passent à d'autres.
L'indulgence chez l'orgueilleux n'est que dédain : c'est une offense.
Elle n'est, de même, qu'ambition à tout prix,
ou entraînement cupide, dans ces rapprochements si compromettants des uns avec ces factieux jusque-là tant combattus , et des autres avec ces industriels déhontés, dont ils avaient jusque-là tant méprisé les spéculations si scandaleuses.-
Doit-on enfin voir une indulgence plus vraie dans cette affluence de tant de gens du grand monde, et des plus fiers, chez ce riche parvenu si mal famé, mais seulement tant que ses salons leur offrent, chaque soir, tous les plaisirs réunis; et auquel ils tournent le dos si dédaigneusement, dès que sa vanité l'a fait retomber dans la misère?
Où donc chercher la véritable indulgence, l'indulgence pure et désintéressée, qualité de haute lignée et de noble race, proche parente de la générosité , de la clémence et de la charité , puisque nous voyons ici qu'elle est si rare , qu'on ne peut guère la trouver que chez ceux qui n'ont pas besoin d'elle.