‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 21 sur 133 · PUISSANCE DES FAITS · texte numérisé non relu

PUISSANCE DES FAITS

Quand la vue du mal dans la création devrait faire douter de l'existence d'un Créateur souve-

D'IN OCTOGENAIRE. m

rainement juste et bon, la croyance instinctive et universelle du genre humain, en dépit de tant de maux, à un Dieu pareil , est un fait si extraordinaire , que sa singularité suffit seule à prouver que ce Créateur existe.

C'est ainsi qu'en dépit de la vue de la mort qui frappe, autour de nous, tout ici-bas, et tant de choses Je nous-même, notre croyance, également instinctive et incontestablement universelle, à notre immortalité pour un autre inonde rémunérateur de celui-ci , est un second fait si extraordinaire aussi , que sa singularité suffit de même à prouver l'existence de cet autre monde.

Un troisième fait, conséquence des deux premiers, vient à leur appui. C'est l'égarement de notre raison quand , se croyant incrédule à ces deux croyances , elle prétend s'y substituer : révolte contre nature, pleine de subtilités inconséquentes et contradictoires, dont les essais, toujours impuissants ou bientôt punis, prouvent à la fois et le libre-arbitre de l'homme qu'elle conteste, et que Dieu a mis des bornes à ce librearbitre.

X***, qui se croit libre-penseur parce qu'il professe un matérialisme athée, ne se croit d'ailleurs pas moins obligé d'être un honnête homme , ce qu'il est en effet, mais ce qui est une inconséquence, car s'il était aussi convaincu qu'il le dit que toute idée morale est un préjugé, pourquoi serait-il honnête?

Répondra-t-il que c'est par instinct et machinalement qu'il se conduit ainsi? Mais alors quelle est donc en lui cette machine qui écrit des livres qu'elle croit pleins d'excellents raisonnements contre la raison, A* esprit contre Y esprit, de pensées prouvant qu'elle ne pense pas, et qu'en elle enfin, comme en ce monde, tout est machine?

X***, tout en vous est contradictions, et vos livres, comme vos actions, vous contredisent!

Dans l'apparition d'un chef-d'œuvre quelconque, ce qu'il y a de plus remarquable n'est

D'UN OCTOGÉNAIRE. m

pas ce chef-d'œuvre, ni même que ce soit l'un de nos semblables qui ait pu l'accomplir. Non ; mais ce qu'il y a là surtout à considérer, c'est l'universalité du succès de ce chef-d'œuvre.

Le sentiment ou plutôt le principe qui a inspiré cette œuvre à son auteur, préexistait donc dans toutes les consciences, puisque toutes, à l'aspect de ce chef-d'œuvre, ont été saisies d'une même admiration.

Or, quel est ce principe préexistant, inné dans toutes les âmes , éternel enfin , sinon celui du Beau , du Bon et du Frai, c'est-à-dire de la perfection, laquelle est Dieu?

C'est ainsi que tout ce qui approche à nos yeux de cette perfection , nous ramène à l'idée de Dieu; et que, dans l'unanimité de notre admiration pour tout chef-d'œuvre , même de main d'homme, on découvre une preuve de plus contre l'athéisme !

Les gens qui croient se vanter en disant qu'en ce monde ils ne voient rien en beau, pas même Dieu, montrent que c'est au travers d'eux-mêmes

qu'ils voyent tout; ce qui ne fait guère leur éloge !

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