BATAILLE DU LA TRKBRIA
(juin 1799.)
Nos deux armées d'itajie étaient alors, celle de Naples forte de trente mille hommes, sous Macdonald; et celle de Moreau, réduite à
vingt-deux mille combattants, rejetés par les Austro-Russes dans les monts de Gènes. Leur ralliement contre Suwarof , maître de la haute Italie, était donc devenu aussi pressant qu'indispensable.
Il ne pouvait s'effectuer que dans la vallée du Pô : le défaut de vivres en Ligurie et de routes voiturables entre Gênes et la Toscane , où Macdonald venait d'arriver, l'exigeaient ainsi.
En conséquence, les deux généraux en chef convinrent formellement que le 17 juin et le Val du Pô , entre la Trebbia et le Tydone , seraient le jour et le lieu ou les deux armées se réuniraient.
On voit que si le but était le même pour toutes deux , la tâche de chacune d'elles pour l'atteindre était bien différente. D'un côté, quelques pas à faire et peu d'obstacles à surmonter; quand d'autre part c'étaient : une longue route à parcourir, trois grandes villes à emporter, et plusieurs corps ennemis à vaincre.
.Mais quand la qualité distinctive de Macdonald était une loyauté chevaleresque dans ses en-
gagements, jointe à une audacieuse et tenace v intrépidité dans ses entreprises, le défaut capital de Moreau se trouvait dans la faiblesse d'un esprit irrésolu, qu'agitait toute décision à prendre, et prise surtout, s'en repentant, n'en envisageant plus que le mauvais côté, qu'il aggravait en perdant à hésiter le temps d'agir.
II en résulta que l'un, tenant parole, fut à jour fixe au rendez- vous convenu ; et que l'autre, manquant à la sienne , y laissa son collègue seul contre Suwarof, ne s'y étant montré que de loin, trop tard, et inutilement.
Certes , dans une circonstance aussi critique, la confiance de Macdonald dans la parole de Moreau pourrait être taxée d'imprudence, si le caractère de celui-ci eût dès lors été connu. Mais sa renommée , déjà grande , cachait alors sa faiblesse ; ce ne fut que longtemps après que ce défaut éclata , quand les malheurs que ce général dut à de mauvais conseillers et les Mémoires de Saint-Cyr le dévoilèrent.
Pourtant, en chacun de ces deux chefs, l'extérieur reflétait si bien l'intérieur, qu'ils eussent
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pu s'apprécier réciproquement par leurs seuls dehors. En effet, Moreau, bon camarade et citoyen modeste, mais moins propre à conduire qu'à être conduit, avait la taille et la tournure peu distinguées et les manières plus bourgeoises que martiales. Sa physionomie était douce mais inexpressive, et son langage simple mais sans verve, et parfois même commun jusqu'à la trivialité; tandis qu'en Macdonald on distinguait, au premier coup d'œil, une taille élégante et haute, un regard vif, fier, et franc comme sa parole, et une attitude imposante, dont le port de tète était même quelque peu altier, mais habituellement tempéré par le fin sourire d'une gaieté doucement railleuse.
Tels, au physique comme au moral, étaient ces deux chefs. Or, dans le cas présent, celui d'une jonction hasardeuse dont le succès exigeait, de chaque côté , une égale et scrupuleuse fermeté à tenir parole^ il est facile de voir lequel des deux aurait du se délier de son collègue; et s'il en fut autrement, c'est que Macdonald, en supposant ses propres qualités à Moreau , se trompa , comme il arrive trop sou-
vent quand on juge des autres par soi-même.
Maintenant, que les faits parlent à leur tour ; conséquences naturelles des deux caractères dont on vient de voir l'esquisse, ils en prouveront la vérité. Ces faits sont si connus que peu de mots, joints à quelques détails ignorés encore, suffiront ici.
C'est donc le 1 7 juin , dans le Val du Pô et sur la Trebbia, que nos deux armées doivent se réunir. Le 11 juin, Macdonald arrive devant Modène, que défendent six mille Autrichiens sous Hohenzollern. Le lendemain 12, en trois vigoureux élans, sans reprendre haleine, Hohenzollern est culbuté dans cette ville, la ville emportée d'assaut, et les restes de ce corps ennemi, atteints encore au delà, sont anéantis.
Dans ce brillant coup de guerre dont Macdonald, qui aimait à mettre la main à tout, avait écrit, de sa propre main, tous les ordres préliminaires, un incident fut remarqué.
Aussi actif dans l'action qu'à la préparer, on l'avait vu, en tête de l'une de ses colonnes, attaquer, vaincre , et pousser le succès jusqu'à son
plus grand résultat possible, lorsque, sur une chaussée bordée d'un canal , un détachement des chasseurs à cheval de Bussy, régiment composé d'émigrés français, l'avait arrêté. Le général en chef, ému de leur position désespérée , et voulant aller lui-même leur offrir merci , cria au peloton de grenadiers d avant-garde qui le couvrait, de lui faire place, à l'instant même où un dernier coup de mitraille autrichien abattait à ce peloton deux de ses files; sur quoi, l'un des grenadiers restés debout , se retournant en lui montrant cette trouée sanglante, lui répondit : « Pas- « sez, général, voilà de la place! » Et Macdonald, s'étant avancé seul en tête, commençait, du geste et de la voix, à parlementer, quand le chef des Russes , qu'exaltait le péril , et peutêtre l'esprit de parti plus encore, l'interrompit par une imprécation , un cri de charge , et un choc si rude, que Macdonald fut subitement renversé, précipité dans le canal, et blessé de deux coups de sabre. Mais presque aussitôt, un autre choc plus violent, celui de nos grenadiers furieux, l'ayant dégagé et relevé, la victoire s'acheva.
Les jours suivants, du i3 au 16, et en dépit d'un second corps autrichien, celui du général Ott, Parme, Plaisance et la vallée du Pô furent ressaisies. Le lendemain , 1 7 juin , jour convenu , Macdonald franchit la Trebbia en culbutant le général Ott jusque par delà le Tydone. Mais au lieu d'y trouver Moreau, ce furent Suwarof et l'armée austro-russe qu'il y rencontra. Toutefois, arrivé à ce rendez- vous, ne pouvant s'y croire abandonné de son collègue, il résolut de l'attendre en combattant.
Dès lors commença cette terrible bataille qui dura trois jours entiers, les trois plus longs jours de l'année, et dont les courtes nuits ne suspendirent pas même toujours l'acharnement!
Bataille entre des forces inégales, sans diversion de Moreau, sans même que son aile droite, détachée sous le général Lapoype dont rien n'avait pu entraver la marche, fût descendue de Robbio à l'appui de notre aile gauche , trois fois rejetée sur la Trebbia par les efforts redoublés contre elle de Suwarof. En sorte que, trois fois
notre centre et notre aile droite victorieuse,
mais laissée à découvert de ce côté, furent forcés de rétrograder aussi, pour garantir leur flanc, reprendre de l'ensemble et rentrer en ligne.
Enfin, vers le soir du troisième jour, Macdonald, désespérant de Moreau , de Lapoype, et acculé sur la Trebbia , se décidait à la repasser définitivement, lorsqu'il fut averti que, derrière sa gauche, ce torrent subitement grossi par un orage était devenu inguéable; il y courut. Déjà nos soldats, refoulés dans l'eau jusqu'aux genoux par l'acharnement des Russes, murmuraient que « c'était fini ! qu'on ne pouvait se tirer d'un si grand péril! » mais lui : « Allons donc! quand « on a du poil au c. on se tire de partout! » s'écria-t-il ; et, ragaillardissant tous les courages par cette saillie soldatesque suivie d'un ordre de charge à fond et de son exemple, il força l'ennemi à reculer et le maintint à distance respectueuse jusqu'à ce que la Trebbia dégonflée lui permît de la mettre entre nous et les Austro- Russes.
Là, et jusqu'à la nuit du 19 au 20 juin, tous les efforts de Suwarof pour le déposter furent
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repoussés si rudement que le feld-maréchal rebuté fit enfin cesser la bataille.
La nuit venue, Macdonald, se voyant épuisé d'hommes, de vivres, de munitions de guerre, et la plupart de ses généraux étant blessés, se relira derrière la Nura , puis à Reggio , d'où il se rejoignit, par l'Apennin , à l'armée de Gênes.
Ce ne fut que le 20 juin, à 10 heures du matin, que Suwarof s'aperçut de notre retraite et de l'importance de sa victoire. Sa joie fut courte. Trente mille hommes, quinze mille environ de chaque part, venaient de succomber! Aussi, quand on vint le féliciter, répondit-il tristement : « C'est bien; mais encore « une victoire pareille, et il ne nous restera a plus d'armée! »
Il avait fait inquiéter notre retraite jusqu'à Sassuelo, qu'avait occupé le général Ott; mais là, un retour offensif de Macdonald ayant arraché à ces Autrichiens mille hommes tués ou prisonniers, leur général se dégoûta de cette poursuite.
Cependant on s'était demandé , dans les rangs étonnés et à demi brisés de l'armée de Na-
pics, ce que pouvait être devenue notre armée de Gênes? « Avait-elle, en débouchant parNovi sur Tortone , été refoulée dans ses monts par Suwarof? Mais non. Elle eût alors arrêté ou retardé la marche contre nous de ce général, ou du moins, par cette diversion, divisé ses forces. Pourquoi d'ailleurs Lapoype, détaché avec Tune de ses divisions, vers Bobbio sur la Trebbia, ne s'y était-il pas montré à l'appui de notre aile gauche qui comptait sur lui , dont il eût égalisé la force avec celle de l'ennemi, et dès lors assuré les premiers succès de notre centre et de notre droite? »
On sut bientôt quant à Lapoype , qu'il n'était apparu vers Bobbio que le 20 juin, trois jours plus tard qu'il n'avait été convenu, et lorsqu'il n'était plus temps.
Quant à Moreau, dont Suwarof n'avait pas eu de nouvelles plus que Macdonald , il ne s'était enfin aventuré que jusqu'à la Scrivia, sous Tortone française encore, le 19 juin seulement, et à dix lieues du rendez- vous fixé pour le 1 7 ! Il y avait appris cette triple bataille de la Trebbia , que ses vingt mille hommes de plus eussent in-
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failliblement rendue victorieuse, et dont il n'avait pas même entendu les coups.
Alors, à l'étonnement succéda l'indignation. Mais comme on ignorait, à cette époque, la faiblesse et l'indécision de son caractère, on se perdit en conjectures sur la fatale conduite de ce général en chef, véritable et seule cause de notre défaite.
l5 NOVEMBRE 18G7.
A l'âge de dix-neuf ans, aussitôt après la seconde Terreur vaincue le 18 Brumaire 1799, quand je m'engageai simple soldat, le premier, au premier appel du Premier Consul, je pus remarquer, dans nos armées, plusieurs restes de ces mâles et austères vertus dignes des plus beaux temps de l'antiquité grecque et romaine : Lecourbe, Davout et Saint-Cvr, entre autres, en offraient encore l'exemple.
Car jamais la prétention de renouveler ces temps anciens ne fut aussi grande qu'à cette époque, mais avec cette différence, qu'à Tintérieur on eût cru voir un bagne en pleine révolte en donner une absurde et odieuse représentation, tandis qu'à l'extérieur, dans nos armées, l'abnégation fut si vraie et si héroïque, qu'on y surpassa peut-être ce qu'on n'avait voulu qu'imiter.
Mais déjà, chez quelques-uns de nos autres chefs, ce dévouement n'était plus aussi désintéressé : leur bravoure était devenue pillarde; triste penchant que bientôt la victoire, plus constante, passionna, en lui donnant plus d'occasions de se satisfaire.
Cette double passion de gloire et de gain n'avait rien de surprenant dans ceux de ces guerriers qui , toujours tout au présent , aussi insouciants du lendemain que de la veille, ne se plaisaient qu'au risque, et à vivre au jour le jour; répandant d'une main ce qu'ils avaient extorqué de l'autre, et aussi prodigues de leur vie que de tout le reste. En eux tout était d'accord. Ceux qui étonnaient, c'étaient les thésau-
riseurs, qu'on voyait si braves, si tenaces aux plus grands périls! Ce qui était une inconséquence; car de quoi sert l'or sans la vie? et pourquoi tant rechercher, tant amasser de l'un , quand on tient si peu à l'autre?
Pourtant cette anomalie s'explique, en considérant que ces deux passions, si contradictoires, ne régnaient pas sur ces rudes esprits simultanément, mais tour à tour, à l'exclusion l'une de l'autre, selon les occasions fort diverses qui enflammaient chacune d'elles séparément et successivement.
Mais c'en est assez sur ce sujet; revenons plutôt à ces renommées si pures des Lecourbe, Davout et Saint-Cyr : le premier, si habile dans la guerre de montagnes surtout, qu'en 1800, Napoléon et Moreau se le disputèrent; le second, si justement célèbre par ses vigoureuses et si judicieuses victoires offensives et défensives, comme aussi par l'autorité d'un caractère probe et inébranlable dans son exigence pour l'entier accomplissement de tous les devoirs; exigence dont on lui a reproché la sévérité malgré ses heureux résultats, et quoique, de tout ce qu'il
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exigeait, il ait donné, le premier, partout et sans cesse, le plus mémorable, le plus admirable exemple !
Quant à Saint-Cyr, c était le philosophe de la guerre. Il fallait voir avec quelle attention il y étudiait les dispositions morales et physiques des siens et de l'ennemi; la nature des lieux qui convenaient plus ou moins à ces dispositions; le caractère des chefs qu'il devait seconder ou combattre; l'effet moral que devaient produire ses manœuvres ; et avec quelle vigueur assurée et audacieuse, ce qu'il avait conçu calme et calculateur, il l'exécutait!
On naît général comme on naît artiste. Saint- Cyr était né l'un et l'autre : son habitude , comme peintre qu'il avait été , d'observer la physionomie des hommes et des lieux lui facilita , quoique sous un autre point de vue, des observations analogues quand la Révolution l'improvisa officier d'état-major.
Ce fut surtout contre les Prussiens, commandés par l'habile Duc de Brunswick, que son génie guerrier.se développa.
Les soldats prussiens d'alors n'étaient jxis
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comme ceux d'aujourd'hui, dont la discipline seule ne fait certes plus tout le mérite. Mais leurs officiers, fort instruits, et enorgueillis de leur grand Frédéric, différaient peu de ceux d'à présent, qu'enflent, d'un orgueil si provocateur, leurs souvenirs glorieux de i8i3, i8i5et 1866!
Saint-Cyr, avant la fin du dernier siècle, avait remarqué que, moins propres que nous à la guerre de montagnes, ils étaient pourtant plus entreprenants et plus lestes que les autres Allemands, et qu'aux avant-postes surtout il fallait % s'en défier, mais qu'avec cette prévoyance, on pouvait surprendre les surprises qu'ils osaient tenter.
Observation de détail , dont Napoléon prouva, en grand, la justesse, lorsque, en 1806, il surprit, en flanc et en arrière, leur armée lancée vers le Rhin pour nous surprendre, d'où vint leur désastre. Manœuvre qu'en 1814 il renouvela trois fois contre eux, à Brienne, à Montmirail, et sur l'Aisne, avec un semblable succès, excepté dans cette dernière occasion, que le funeste abandon de Soissons, par Moreau, fit seul manquer.
Voyez encore, en i8i5, ce même caractère si entreprenant de ces Prussiens oser tourner Paris et passer la Seine , où nous eussions pu les précipiter, si les intrigues d'un régicide pour s'imposer comme ministre au frère de sa victime ne nous avaient pas alors désorganisés.
Ce peuple, qu'un climat dur et sec, un sol, à son centre, ingrat, une dynastie ambitieuse, son grand homme, et six ans de malheur, ont trempé et retrempé , est d'une nature économe et guerrière, et, comme on vient de le voir, d'un caractère actif, fier et entreprenant.
Quant à la jactance, si provoquante, qu'il joint à ces grandes qualités, serait-ce qu'étant le dernier venu au rang des grandes puissances, l'inquiétude de n'être pas assez reconnu pour tel lui donne ce travers, assez ordinaire aux gens qui parviennent, mais peu digne d'un peuple aussi glorieusement parvenu ?
Quoi qu'il en soit, tel est l'adversaire qu'aujourd'hui nous avons en face, l'ennemi qui, depuis plus d'un demi-siècle , jouit des dépouilles qu'arracha l'Europe à notre Empire mutilé! Toutalors pour nousétait perdu, fors l'honneur ;
mais, avec l'honneur sauf, rien ne doit être à jamais perdu. C'est ce qu'en i8i3 prouva celte Prusse, et ce qu'à présent il reste à la France à prouver aussi.
Elle en a le droit! Tacite la dit : « le Rhin , ses monts et une crainte mutuelle séparent les Gaules de la Germanie. » Ainsi l'histoire, comme l'honneur et l'indépendance, nous donne le droit et nous impose le devoir de ressaisir celte limite placée par la nature entre les deux peuples, et que l'un, comme l'autre, ne doit jamais dépasser.
Le droit ainsi constaté, ce devoir prescrit, restent les moyens à préparer et l'occasion à saisir. Pour l'occasion, c'est à la politique d'en juger; quant aux moyens : qu'une nation forte de quarante millions d'âmes concentrées sur un sol circonscrit, dans une même pensée d'honneur et d'indépendance et sous une main ferme et résolue , tienne sur pied 4oo mille vrais soldats, c'est-à-dire, soldats bien exercés, bien ensemble, se connaissant entre eux, comptant l'un sur l'autre, habitués à leurs chefs, ayant enfin en ces chefs et leur inspirant cette cou-
iiance sans laquelle tout succès, hors ceux de hasard ou de surprise, est au moins douteux; qu'en arrière de ceux-ci, en deux bans en réserve et gardant l'intérieur, quatre à cinq cent mille autres se préparent à combler les vides de l'armée active , voilà certes le plus grand effort qu'il soit possible d'imposer à cette nation et qu'elle puisse soutenir pendant le temps nécessaire pour atteindre au but qu'elle se propose.
Mais exiger d'elle que tout citoyen ait été soldat, et qu'au premier cri d'alarme, toujours prêt à le redevenir, toute autre situation ou profession, tout autre art ou métier soit aussitôt abandonné , ce n'est point l'organisation propre à un grand espoir, c'est le désespoir organisé; c'est, au milieu de la civilisation, un retour aux temps barbares; ou bien à ces foules en armes, derrière leurs immortels, dont les armées des Xercès et des Darius étaient composées.
Souhaitons donc que ce système, qu'un peuple adopta pour s'affranchir, et qu'il emploie pour conquérir, ne nous soit pas imposé comme le seul capable de le vaincre ou de s'en défendre; système trompeur, supportable seulement en
paix, parce qu'il n'y fonctionne pas, mais, en guerre, insupportable, et dont le poids écrasera ce peuple pour peu que la guerre ne nourrisse pas sa guerre, et que le succès soit disputé.