ROBESPIERRE
Les détails suivants sur Robespierre viennent de M. X*** directement.
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b'I'M OCTOGENAIRE. m
« Je suis, disait-il hier, né à Arras. Mes parents y habitaient la même rue que ceux de Maximiiien Robespierre et de son frère; nos maisons se trouvaient même en face Tune de l'autre, en sorte que, dès notre première enfance, les mêmes jeux nous réunissaient, mais bien moins souvent avec Maximiiien qu'avec son frère. Celui-ci était gai , doux et bienveillant, tandis qu'au contraire Maximiiien, toujours rêveur et taciturne, dédaignait nos divertissements. Il se tenait ordinairement à l'écart de nous, et nous paraissait d'une humeur si sombre et si boudeuse, que nous l'appelions, entre nous , le conspirateur/
t Pendant notre jeunesse il en fut de même; mais bientôt Maximiiien , écolier obstiné à son travail, devint avocat : il se mit à défendre les pauvres gratuitement, et, soit haine contre les riches, soit calcul ambitieux, avec tant de passion, qu'il se faisait souvent rappeler à l'or-
dre. Cela lui acquit dès lors une réputation assez populaire. De là son élection à l'Assemblée Constituante et plus tard à la Convention. a Depuis son départ d'Arras je l'avais perdu
de vue, lorsqu'en 1794» attiré moi-même à Paris par quelque affaire, mon premier soin, comme il nous arrive toujours en ce cas, à nous autres provinciaux, fut d'y rechercher mes compatriotes. Le bonheur voulut que je ne commençasse pas par Maximilien : ce fut chez un autre que je me rendis. Je lui confiai que, plein d'espoir dans la grande influence dont jouissait alors Robespierre, mon projet était d'aller lui demander l'appui dont j'avais besoin, a Gardez-vous-en bien, me répondit-il, a vous subiriez infailliblement le sort de nos « amis qui ont payé de leurs têtes les souve- « nirs d'enfance et de jeunesse dont ils avaient « cru l'intéresser! »
« Je ne pouvais croire à de telles horreurs ; mais les noms et les détails qu'ajouta ce compatriote me terrifièrent! Je me décidai donc non-seulement à ne point revoir ce cruel compagnon de ma jeunesse, mais à éviter toute occasion d'en être vu. Je me conduisais en conséquence, et avec d'autant plus de soin que tout ce que je voyais et apprenais ne confirmait que trop l'avis qu'on m'avait donné; lors-
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qu'un jour, en traversant les Tuileries , je rencontrai tout à coup, au détour dune allée, en face et à trois pas de moi, cet ami d'enfance! Un tigre, un serpent à sonnettes ne m'eussent pas causé , je crois , un effroi plus grand ! Le bond que je fis aussitôt de côté, et l'abri d'un gros marronnier, derrière lequel je me dérobai, et que je bénis encore, me firent espérer de ne lui avoir point laissé le temps de me reconnaître. Néanmoins , tout troublé du danger que j'avais couru , je me glissai d'arbre en arbre , et courus précipitamment chez moi , d'où je déménageai sur-le-champ, en recommandant bien à mon portier de répondre à ceux qui viendraient me demander, que j'avais quitté Paris pour un long voyage ! »
Cette anecdote m'en rappelle une autre. Je tiens celle-ci du général Lacuée, comte de Cessac, qui fut ministre de Napoléon :
« J'étais, me dit-il, officier du génie en 1794* Je résidais dans le Midi, quand une lettre de Girnot, chargé de diriger la guerre, m'appela à Paris pour l'aider dans ce travail. Ma réponse lui indiqua 1e jour et l'hôtel garni où j'arriverais pour
me mettre à sa disposition. Exact à ce rendezvous, je venais à peine d'entrer dans mon hôtel, qu'on m'y remit un billet pressé de Carnot. 11 m'avertissait de disparaître au plus vite, Robespierre, instruit de mon arrivée, ayant donné l'ordre de m 'arrêter sur-le-champ et de me traduire au tribunal révolutionnaire. En effet, mon chapeau sur la tête encore, et reprenant promptement mon porte-manteau, j'eus à peine le temps de m'esquiver par une porte, que déjà, paf l'autre, les gendarmes accouraient pour me saisir!
« Or, savez- vous pourquoi cet empressement à me faire couper la téte au nom du Salut Public, auquel pourtant je venais me dévouer? C'était parce qu'avant 1789, dans un concours littéraire à l'Académie de Metz, un mémoire de moi avait été préféré au sien ! »
Voilà cependant quel était ce monstre d'orgueil et d'envie, qu'aujourd'hui encore nos démagogues préconisent, en osant dire que ses contemporains et l'histoire l'ont mal juge*.
D'UN OCTOGENAIRE.