DES ABUS DE LA PAROLE
L'un des plus dangereux abus de la parole, tuais surtout pour celui qui le commet, c'est lorsque celui-ci, dans l'irascible fougue de sa médisante humeur, se montre si prodigue, contre son prochain absent, d'imputations hasardées et de qualifications injurieuses.
Il ne s'aperçoit pas que ces exagérations d'un langage inconsidéré, le déconsidèrent; qu'elles mettent en garde contre des jugements aussi amèrement prononcés; et que, s'il sait être plus mesuré dans ses actions que dans ses paroles, il semble ignorer que de telles paroles sont aussi des actions, et des plus compromettantes.
Aussi le voit-on s'attirer sans cesse des inimitiés dont il s'étonne, s'inquiète, et qu'il n'apaise qu'aux dépens de sa propre dignité, ou au prix de bien d'autres sacrifices plus ou moins coûteux à son amour-propre.
Oh! comme alors il se repent de ses coups de
D'UN OCTOGÉNAIRE. t*
langue ; comme il en accuse sa première nature ! oubliant que c'est la seconde , l'habitude, qui lui a rendu la première incorrigible ; ce qui est si vrai, qu'en dépit de son repentir, dès qu'une nouvelle occasion se présente , on ne le retrouve dans ses paroles, ni moins injurieux ni moins inconsidéré.