‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 10 sur 133 · V/E VICT1S · texte numérisé non relu

V/E VICT1S

Quand un chien crie, tous accourent et le déchirent! L'homme à ce spectacle s'indigne. Et pourtant que fait-il lui-même , quand l'un de ses semblables tombe frappé d'un revers d'amourpropre, de fortune ou de santé, sinon d'aggraver sa chute en la lui reprochant, et en l'attribuant à une faute quelconque, dont il l'accuse?

D'où vient qu'ainsi l'on donne toujours tort au malheur? car ces deux faits, ou plutôt ces deux méfaits de l'homme et du chien contre l'infortune, sont fréquents et incontestés. 1

La cause en est, pour le chien, que le cri de douleur de son pareil réveille en lui l'aveugle instinct d'une proie à dévorer ; et pour l'homme, le besoin de se croire à l'abri d'un revers pareil à celui dont il est témoin : ce qu'il se persuade, en n'y voulant voir que l'effet d'une faute qu'il s'empresse de signaler, et qu'il se promet bien de ne pas commettre.

Chien et homme, c'est donc un même instinct égoïste qui les. pousse à déchirer ainsi leur semblable malheureux , l'un de ses dents, l'autre de sa langue.

Mais combien l'homme est pire que le chien, quand, si souvent, c'est une envieuse joie qui le porte à mordre à si belles dents son semblable dans sa chute !

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