Suite du canon cité
4. De jure melropolitanorunif c, 35. Migne, Palrologie latine^ t. CXXVI, col. 206.
5. Hincmar continue : « et quod elRcaciae usu, nonconsentientibusquibus intererat, obtinere non potuit, patientissime, ut eum decuit, toleravit, ne scan-
122 CH. PFI8TER
Si Drogon renonça à ce pouvoir ecclésiastique, on peut toutefois supposer qu*il fît tous ses eiïorts pour maintenir la concorde entre les trois frères et pour faire régner la paix. Selon toute vraisemblance, il prépaca les entrevues où les souverains prenaient des mesures générales pour la protection du regnum Francorum. Il était le médiateur naturel entre ses neveux. Aussi n'est-il pas étonnant qu'on ait songé à lui pour aplanir un grand différend entre Lothaire et Charles le Chauve. Le premier prétendait toujours faire conférer le siège de Reims à Ebbon qui l'avait perdu à cause de lui ; sans doute, Louis le Germanique lui avait attribué dans l'intervalle l'évéché de Hildesheim ; mais l'empereur et le prélat jugeaient la compensation insuffisante; Lothaire s'adressa au pape Serge II en faveur d'Ebbon. D'un autre côté, Hincmar, protégé par Charles le Chauve, venait en avril 845 d'être choisi comme métropolitain de Reims. Le souverain pontife fort embarrassé ordonna la réunion à Trêves d'un concile chargé de se prononcer entre Ebbon et Hincmar. Y devaient siéger les légats du pape, le métropolitain de Rouen Guntbold et les archevêques Drogon de Metz, Hetti de Trêves et Otger de Mayence ^ Mais le concile ne se réunit pas, sans doute parce que
dalum fratribuset consacerdotibus generans, schismain sanclam ecclesiam introduceret. — Cf. Schrôrs, Hinkmar^ Erzbischof von Reims, p. 369-370. — SHl fallait en croire une lettre tirée de la Colledio britannica epislolarum LeonisIVei tout récement rééditée dans les Epistolse karolini œm, III, p. 591, Tempereur Lothaire aurait demandé un peu plus tard pour Hincmar, archevêque de Reims, le droit de revêtir quotidiennement le pallium, et le vicariat du Saint-Siège au delà des Alpes. Le pape aurait accordé la première demande, mais aurait repoussé la seconde, parce que, disait-il, cette dignité avait déjà été accordée à Drogon qui était encore vivant. M. Parisot a fort bien montré, p. 739, ce que cette lettre contient d'invraisemblances. Comment admettre que Lothaire ait sollicité ce vicariat pour un évèque habitant hors de son royaume et qui certainement un jour ou Tautre se serait retourné contre lui? Nous ajoutons à ses arguments un autre tiré du De jure metropolitanorum, Hincmar félicite Drogon d'avoir renoncé à l'exercice de sa charge et il ajoute, faisant allusion à Anségise de Sens, en faveur de qui Jean VIII avait rétabli un vicariat en Gaule et Germanie (JafTé, n° 3032). « Qucm tantdf? generositatis ac dignitatis virum quisque nostrûm imitari debuerat. » Cette phrase serait bien singulière, si l'archevêque de Reims lui-même avait convoité le vicariat. — En conséquence, jusqu'à nouvel ordre, il faut tenir comme suspecte la Colledio britannica qu'Ëwald a signalée dans le Neues Archiv,, t. V.
1. Obtinuit tandem apud piissimum Leonem papam, ut daret ei judices suœ vicissitudinis, Drogonem episcopum, Otgarium archiepiscopum, Hetti
l'archevêque de METZ DROGON 123
Ilincmar ne voulut pas se présenter ; Guntbold réunit sur ces entrefaites une assemblée à Paris, et ce fut au tour d'Ebbon de la récusera En fait, Ilincmar garda son siège, et peut-être Drogon s'en afiligea-t-il, ne se souvenant plus du synode de Thionville ; tant est grande la contradiction humaine, quand les maîtres varient !
Drogon survécut à Lothaire. L'empereur, miné par la maladie et repassant en sa mémoire toutes ses fautes passées, s'était retiré à l'abbaye de Prûm et y avait rendu le dernier soupir, le 29 septembre 855 ^. L^archevéque de Metz devenait sujet du jeune Lothaire II, et il put encore voir les discordes qui éclatèrent entre celui-ci et ses frères Louis, roi d'Italie et empereur, et Charles, roi de Provence ^. Sans doute, un tel spectacle remplit son cœur de tristesse, et, frappé dans ses affections les plus chères, il quitta cette terre sans regret, quoiqu'il ne fût âgé encore que de cinquante-quatre ans. Il mourut par accident. Il s'était rendu, pour goûter les douceurs du repos, dans une villa dépendant de l'abbaye Saint- Pierre de Luxeuil, sur les bords de rOgnon, et nommée Himeriacum ^. Là, tandis qu'il se livrait au plaisir de la pêche à la ligne, il tomba dans le ruisseau ^ et périt le 8 décembre ^ 855 ^. On ramena son corps à Metz où il fut enterré
archicpiscopum et Gunbaldum archiepiscopum. Narratio clericorum Remen- MÎum dans Bouquet, VII, 280 D. On a écrit à tort Léon au lieu de Serge. (If. la lettre de Lothaire à Léon IV de 851, dans Bouquet, VII, 566.
1. Ilincmar, Epistolaad Nicolaum dans Migne, Pa/ro/o^ie latine^ CXXVI, col. 82.
2. DQmmlcr, Geschichle des osifrânkischen Reiches^ I, 391-392; Parisot, 69 et 76.