Voir ci-dessus, p
4. En ce qui touche cette collection, je me permets de renvoyer au mémoire que je lui ai consacré sous ce litre : Le premier manuel canonique de la Réforme du A7« siècle^ dans le tome XIV des Mélangea de l'École française de Rome (1894). On trouvera à la suite de ce mémoire l'analyse détaillée de la collection en 74 titres.
se termine par neuf chapitres où l'on retrouve encore quelques fragments provenant de la collection en 74 titres; ainsi les ch. 59 et 194 K
Le livre III s ouvre, comme le précédent, par un emprunt fait aux ch. 111-116 de la collection en 74 titres; il reproduit ainsi les principales règles que donne cette collection sur la discipline cléricale, notamment au point de vue du recrutement du clei^é ; à cette occasion il rappelle les règles contre la simonie. On y trouve ensuite, sur les mêmes matières, une série tirée du livre II de Burchard, à savoir les ch. 6 (ici est encore intercalé le ch. 163 de la collection en 74 titres), 10, il, 12, 17, 20, 22 (ici se placent les ch. 231 et 232 de la collection en 74 titres), 29, 30, 27, 28, 24, 34, 35, 37, 4. Le livre se poursuit au moyen d emprunts faits aux mêmes recueils ; on pourrait énumérer encore plus de quatre-vingts fragments provenant du II* livre du Décret de Burchard. Ces fragments sont d'ailleurs coupés de temps en temps par des chapitres de la collection en 74 titres ; c'est aussi par des chapitres de cette collection que se termine le III* livre. Sans doute on y rencontre (n*** 175-178) des éléments étrangers : ainsi la suite des canons conciliaires apocryphes qui a trouvé place aussi dans d'autres manuscrits dès le
1. Je rencontre à la fin du livre H deux fragments précédés d^attributious erronées, ainsi conçus :
c< De légitima excusatione eorum qui in causa sua et aliéna ad concilium sunt vocati. Julit pape. — Quando conctlium in ea provincia et ab ipsis geritur ubi et à qui bus quondam violenter ac temere rcs gesta est, ne ad illud eatur canonica excusatio est. Quando locus nec proximus nec testibus produccndis facilis est, canonica excusatio est. »
Justinianus in libro II<^. u Quando idem locus propterbellorum tempestates sine periculo salutis et libertatis adibilis non est, canonica excusatio est. Quando qui judicare débet abest, canonica excusatio est. Quando eos congregare eum quibus nos dcbemus purgarc jubcmur tune pro brevi impossibile est, canonica excusatio est. Quando eosdem, etiamsi accusatores desint, paratos habere prccipiipur, quod nusquam in sacris auctoritatibus invenitur, canonica excusatio est. In decretis pontificum legitur quod (si) aliquis aliquem injuste judicaverit, prejudicatus prcjudicantis amplius non débet subdi judicio. Vide igitur, ut ait beatus Augustinus, utrum juste an injuste obliges patrem tuum, quoniam injusta vincula dirrumpit justicia. Et Lco Magnus de eodem : Manct Pctri judicium ubicumque ex ejus equitare fertur judicium. Ex quibus vcrbis aperte colligitur quod non manet Pétri privilegium ubicumque ex ejus iniquitate non fertur judicium. » Explicit liber II «.
MéUnges Paul Fttbrt. 14
X® siècle * ; ainsi encore une série de dispositions appartenant aux Capitulaires, qui ont été certainement extraites du recueil de Deusdedit -, Quelle que soit Timportance de ces additions et de diverses autres, on peut affirmer que l'élément principal de ce livre III® est fourni par le recueil de Burchard, auquel sont empnmtés environ cent fragments et par la collection en 74 titres, qui en a fourni au moins quatre-vingts.
Le livre IV de la collection, qui comprend 267 chapitres, est intitulé de Ecclesiis, En considérant attentivement les 100 premiers chapitres, j ai constaté que 80 au moins proviennent du Décret de Burchard ; la plupart sont tirés du III* livre de ce recueil, quelques-uns appartiennent aux livres XI, XV et XIX. Des vingt autres chapitres, la plupart ont été empruntés à la collection en 74 titres; trois fragments de Capitulaires (les n®* 82, 83 et 84) ont été sûrement puisés dans la collection de Deusdedit, où ils figurent, au livre III, sous les n"" 146, 1473 et 148. Enfin on trouve, sous les n®* 86 et 87, deux décisions bien connues, la première de Grégoire VII et la seconde
1. Voyez le texte de ces apocryphes dans le mémoire : Un groupe de recueils canoniques inédits du X^ siècle j dans les Annales de l'Université de Grenoble^ XI, p. 358 et s.; ils y sont reproduits d'après un manuscrit originaire de la région lyonnaise {Bibl, Nat,, Latin, 2449), datant du x" siècle. Ils figurent aussi dans un manuscrit du x' siècle, contenant la collection des capitulaires d'Ansegise avec des appendices : ce manuscrit, provenanl de Saint-Remy de Reims et passé chez les Jésuites du collège de Clermont, porte maintenant le n° 163 dans la série des Codices Phillipici de Berlin (Voir le Catalogue de M. Rose, p. 359).
2. Voir sous les n°' 178 à 182 de notre livre les dispositions tirées des capitulaires qui figurent dans la collection de Deusdedit (édition Martinuccii IV, cil. 153-155, p. 477-478. 11 est certain que l'emprunt a été fait à Deusdedit; et il semble certain aussi que les fragments n'ont pas été tirés du manuscrit de Deusdedit du Vatican, fort mal publié par Martinucci. En effet, il y a dans ce manuscrit, tel que le reproduit Téditeur, une erreur de numérotage d'après laquelle nos fragments portent les n^' 153, 154, 155 au lieu de 154, 155, 156 qu'ils devraient porter. Or ce sont ces derniers numéros qui sont indiqués dans Vinscriptio de notre manuscrit. D*ailleurs cette inscriptio est ainsi conçue : Ex legibus imperatorum Karoli et Ludovici, et non comme dans rédition Martinucci : Ex legibus Francorum regurn.
3. Notre manuscrit donne ce texte : « Ex legibus Romanis a dompno Lamberto imperalore promulgatis (c. VIIII). L'éditeur de Deusdedit lit Lothario et non Lamberto ; c'est une faute, car la vraie lecture est Lamberto. Le texte provient en effet du capitulaire de l'empereur Lambert en 898; cf. Boretius, Capitularia, II, p. 109.
de Nicolas II. Aiosi, si Ton ne tient pas compte de rares exceptions, les chapitres 1 à 100 du IV* livre proviennent en majorité de Burchard, et, pour le surplus^ de la collection en 74 titres et de Deusdedit. On ferait des constatations analogues en étudiant les chapitres ultérieurs de ce livre, consacrés aux règles concernant les biens ecclésiastiques et l'administration de ces biens ^
Le livre V est intitulé de Corpore et sanguine Dominiy et juramentOy et baptismo et de nuptiis ; il comprend 263 chapitres. La source principale en doit encore être cherchée dans les livres de Burchard traitant des sujets analogues (IV, XII, IX) ; la collection en 74 titres a fourni d^assez nombreux éléments. Sous le n® 204 figure un fragment de la lettre d'Urbain II à Tévêque de Grenoble, saint Hugues, qui date vraisemblablement du 21 avril 1093 ^. Il est à remarquer que sous les n^" 245-261, on lit un document important du droit canonique en matière matrimoniale, à savoir la lettre d'Hincmar (lettre XXII) sur TaiTaire du comte Regimond.
Le VI* livre compte d'après la table, 272 chapitres ; il en comprend en réalité 290. Il n'a point de titre général, sans doute parce qu'il traite de matières très diverses. Ce qui domine dans les cent premiers chapitres de ce livre, ce sont les fragments tirés du recueil de Deusdedit ^ ; ils l'emportent ici en
1 . Gregorius papa VII, cap. VI. « Décimas quas in usum pietatis.. incurrere. — Nicholai pape. De redditibus primitiarum val décima ru m.... communione privetur. »
Citons encore, au début du livre sous les n^* 12, 14 et 15, trois textes attribués à Eugène II : « Monasterium vel oratorium construitur... Clerici non plus ordinentur... Sacerdotes non constituantur in ecclcsiis... »
2. JafTé-Wattenbach, n^ 5739. Dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale, Latin 2449, ce fragment, ailleurs dépourvu de date, est ainsi terminé : u Datum Troie XI Kal. Mali », ce qui ne peut guère convenir qu*à 1093.
3. Ce livre s'ouvre par un certain nombre de textes de la collection en 74 titres : ainsi les premiers fragments sont les ch. 222 à 227 de ce recueil. Puis vient Burchard, XV, 43, suivi des ch. 234, 235, 241, 242, 237, 308, 313 et 246 de la collection en 74 titres, ces derniers avec un sommaire différent de celui qu'ils ont dans cette collection. On trouve ensuite : Deusdedit, I, 1 10 ; puis les ch. 310 et 311 de la collection en 74 titres ; puis Burchard, XV, 31. Un peu plus loin (ch. 25) se trouve la donation de Constantin, dont une portion seulement figure dans Deusdedit, IV, I ; suit (ch. 26) la décrétale de Gélase de recipiendis libris ; après ce texte on rencontre Deusdedit, IV,
nombre sur les chapitres tirés du Décret de Burchard et de la collection en 74 titres. A partir du ch. 102, la collection de Turin perd le caractère d'une œuvre méthodique. On y trouve les canons de Nicée, de Constantinople, de Chalcédoine (jusqu'au canon 23), en texte dionysien ; puis la lettre apocryphe du pape saint Clément (iVo/u m tibi facio,,,) et divers autres extraits des lettres apocryphes de ce pape ; le 3* canon du concile romain tenu en 1 059 par Nicolas II et divers canons du même pontificat * ; un texte d'Alexa.ndre II emprunté à Deusdedit 2, les canons du concile romain tenu par Grégoire VII en 1078, du concile tenu à Poitiers en cette même année, du concile tenu à Melfî en 1089 par Urbain II, du concile tenu à Plaisance en 1095 sous le même pontificat. Viennent enfin divers fragments sans ordre, dont le dernier est la lettre de Léon IX destinée à refréner la cupidité de certains membres du cleiçé régulier ^.
Le livre VII, annonçant à la table 97 chapitres et en contenant en réalité 210, traite de la pénitence. On y reconnaît d'importantes portions du XIX® livre de Burchard, ou Corrector ; et des canons extraits d'autres livres du même ouvrage, par exemple du livre IX sur la fornication et du livre VI sur l'homicide. Au n® 180 a été inséré VOrdo qualiier concilium agatur *;
42 et 43 à 46. Sous le n^ 30 figure la longue lettre de Grégoire VII à Tévêque Ilermann de Metz (Jaffé-Waltenbach, n^ 5201). Ensuite se rencontrent (ch. 31 et il) lies fragments de Deusdedit, IV, 93, 94, 95, 87, 79. Plus loin (ch. 37 et il) on trouve Deusdedit IV, 68, qui à lui seul fournit la matière des ch. 38-43. Sous le n® 45, je reconnais le premier fragment de Deusdedit, IV, 126 ; sous le n° 47, un fragment de Burchard, VI, 43 ; puis le compilateur reproduit Deusdedit, IV, 131, 132, 123, 124, 127 (avec une fausse attribution au pape Victor), 128, 129, 117, 119, etc. J'en ai dit assez pour montrer Timportance des citations empruntées h Deusdedit.
1. Ainsi la série de canons du concile de 1059 d*où sont extraits quelques canons publiés dans le tome II du Supplément de Mansi au recueil de conciles de Labbe-Coleti (II, appendice, p. 69), d'après un manuscrit de Turin coté au XVIII* siècle E, 51, 1; puis la série de décrets de Nicolas II publiés dans Labbe-Coleti, XII, 36, comme datant de la 1'" année du roi de France, Philippe I".
2. IV, 52, in fine. C'est un extrait de la lettre ad cleruni et populum Lucensem : Patrologia laiina, CXLVl, ch. 1394.
3. JaiTé-Wattenbach, n° 4269. Ce fragment, sans numéro, suit le ch. 288. Il figure aussi dans Deusdedit, III, 59.
4. «Hora diei prima, ante solis ortum, ejiciantur... »Ce texte, quioccupe une page, finit ainsi : « Et expletis ah archidiacono, dicatur : In nominc Domini Nostri Jhesu Christi eamus cum pace. »
viennent ensuite les Canones Angilramni, puis divers extraits théologiques ou canoniques, parmi lesquels on peut signaler nombre de textes pris dans les Slatuta Ecclesiœ antiqua ^
De Tensemble de ces observations, il résulte clairement que la collection de Turin est Tœuvre d'un clerc italien qui, à une époque voisine de Tan 1100, s^est proposé de composer un recueil canonique en mettant à contribution trois sources principales : en premier lieu le Décret de Burchard qui lui fournissait les textes connus depuis longtemps, puis la collection en 14 titres et celle de Deusdedit, dans lesquelles il trouvait les textes invoqués par les partisans de la réforme grégorienne 2.