INFLUENCE GERMANIQUE DANS LE NORD DE LA FRANCE
Nord. En voici quelques exemples. Si la sculpture de la cathédrale de Reims a fait école à Bamber^, comme Ta si bien montré M. le D' Weese *,la cathédrale de Reims présente, en revanche, un trait qui lui est commun avec beaucoup d'autres édifices gothiques de Champagne et de Brie et qui, à Tépoque romane, ne se rencontre que dans TEcole germanique ; je veux parler de ces frontons qui couronnent les quatre faces des tours ^ : ils existaient également sur les tours de Téglise à jamais regrettable de Saint-Nicaise de Reims, et ils ont été copiés par Tartiste champenois qui a élevé en Chypre, vers le second quart du xiv" siècle, la façade de la cathédrale de Famagouste, copie réduite de celle de Reims ^.
Si nous examinons d'autres façades de grandes églises gothiques, nous serons frappés d'un autre rapprochement. Quelle disposition, en apparence originale, que cette galerie qui passe devant le pignon de la façade de Notre-Dame de Paris et de Notre-Dame de Mantes et qui forme comme un double pont reliant entre eux les étages des deux tours ! Rien de semblable ne se voit dans les églises romanes françaises, mais, si nous jetons les yeux au delà de la frontière, nous trouverons dans le style roman germanique de nombreux exemples de façades terminées en ligne horizontale par une galerie reliant entre elles deux tours ou tourelles, comme à Kônigslutter, Notre-Dame et Saint-Servais de Maestricht, Saint-Barthélemi de Liège. Cette construction, plus massive que dans les exemples français et gothiques, forme une sorte d'écran gigantesque devant l'église; du reste, cette disposition a même passé en France à l'époque gothique sans se modifier et nous la trouvons à Notre-Dame de Dijon dans toute sa lourdeur et non plus interprétée et allégée comme à Paris et à Mantes. Le narthex germanique avec ses tours forme un ensemble qui prend quelquefois l'aspect d'un transept occidental, comme à Andernach. On
i. D' A. Weese. Die Bamberger Domskulpturen, Strasbourg , Heitz, 1897, in-8. Der Dom zu Bamberg, Munich, 1898, in-fol.
2. Cette disposition dérive d'une ordonnance antique fréquente et que Ton trouve notamment en Allemagne dans le monument funéraire romain d'Igel près Trêves.
3. Et également 'dans beaucoup d'églises rurales comme à Dormans (Marne), Presles, la Chapelle-sur-Crécy, Mormaut (Seine-et-Marne), etc.
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sait que dans quelques-unes des premières grandes églises gothiques de France, le bas des tours, largement ouvert sur le narthex jusqu'à une grande hauteur, prend également l'aspect d un transept occidental : c'est la disposition de Saint-Denis, de Mantes, des cathédrales de Noyon et de Soissons et du Mont Notre-Dame près Soissons.
Un autre point de ressemblance et une autre originalité des deux églises de Mantes et de Notre-Dame de Paris est le plan primitif de leur déambulatoire, dépourvu de chapelles. Ce plan appartient à tout un groupe d églises de la même époque et de la même région : Morienval à Tépoque de transition ; un peu plus tard Deuil, Domont, Gassicourt, Conflans, Tancienne cathédrale d'Arras et Saint-Pierre de DouUens. On le trouve également en Danemark, à Roskilde, mais l'élévation de cette cathédrale est une flagrante copie de lancienne cathédrale d'Arras, dont un tableau du xvi* siècle ^ nous a conservé un portrait exécuté avec un très g^and soin. De même trouve-t-on le plan en question à Nicosie de Chypre, mais Tarchevéque Thierry qui en 1209 en posa la première pierre était ua parisien, frère du sous-chantre de Notre-Dame.
D'où vient ce plan? Il ne semble pas que la région du Centre, où il s en trouve quelques exemples romans ^, ait influencé lllede-France à Tépoque qui nous occupe ; en revanche, l'Ecole germanique présente dès le xi® siècle des exemples de déambulatoires sans chapelles à Saint-Michel d'Hildesheim et dans l'église de plan tréflé de Sainte-Marie du Capitole, à Cologne. La tradition se maintient à l'époque gothique dans les cathédrales de Bâle et de Munster. Une des églises françaises qui présente ce type de déambulatoire, Saint-Pierre de DouUens, a, du reste, un triforium extérieur de pur style germanique ^,