‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 177 sur 312 · GAUTIER DE CHATILLON · texte numérisé non relu

GAUTIER DE CHATILLON

On a bien des fois, surtout pendant le moyen âge, attribué à Gautier de Châtillon, « le versificateur pompeux, élégant et même raffiné, à qui nous devons le chef-d'oeuvre métrique du XII* siècle S » des pièces dont il n*a pas été [certainement Tauleur; mais personne, au contraire, n^a jamais sonné mot d'un grand ouvrage qui serait bien à lui, un poème didascalique sur la culture de la terre, dont quelques lambeaux presque méconnaissables, hélas!, sont arrivés jusqu'à nous dans un manuscrit parisien. Ce silence ne laisse pas d'être fort étrange, sans doute; mais est-il tellement inconcevable qu'il nous autorise à nier de la façon la plus absolue l'authenticité des fragments attribués par un recueil d'une ancienneté très respectable au grand « clerc » de Lille, que ses admirateurs jugeaient, tout comme Virgile, nullius disciplinae expers ^? M. Hauréau, qui a seul touché, et

1. Cf. Hauréau, Not, sur un ms. de la reine Chriêtine, e/c.,in Notic. et Extr, des mss., t. XXIX, 2* p., p. 292 et suiv. Dans ce mémoire Tincomparable connaisseur de la littérature latine du moyen âge a démontré combien à tort M. W. MUldeneh, Z)te zehn Gedichte des Walther von Lille genannt von Châtillon, Hannover, 1859, attribuait au poète de Lille les dix pièces du ms. lat. 3245 (anc. 8359] de la Nationale de Paris, VApocalypsis Goliae y comprise, qui appartiennent à plusieurs auteurs et ont été écrites en temps divers. Cf. Romania, IX, 466.

3. C*est, comme on le sait bien, le mot de Macrobe (Comm. in Somn, Scip, I, yi, 44). Un admirateur de Gautier n'a pas hésité à écrire sur son compte :

Quidquid gentiles potuerunt scire poetae, Totum Galtero gratia summa dédit.

Cette opinion était encore partagée au xiv* siècle par les savants d'Italie ; et Pieraccio Tedaldi dans le sonnet où il exprime ses regrets pour

en passant, à la question, croit qu'il en est ainsi ^ ; nous sommes au contraire d'un avis différent. Le regretté savant, pour justilier son incrédulité, raisonne de la façon suivante : Personne n'a parlé jamais de ce livre, si ce n*est le copiste du manuscrit parisien : donc le copiste s'est trompé et ne dit rien qui vaille. Ces objections auraient de la valeur, si la vie et les ouvrages de Gautier avaient été au moyen âge, voire même plus tard, l'objet de recherches consciencieuses ; mais il n'en est rien. Des notices assez vagues, des anecdotes fort sujettes à caution, recueillies par les grammairiens qui ont glosé avec plus de zèle que de discernement r^ lexandréide ; voilà tout ce que le moyen âge nous a transmis sur le poète de Lille ^ ; voilà ce qu'ont répété jusqu'ici presque

la mort du Dante, dit que sa science surpassait même celle de Gautier :

fu piû copioso in iscienza Che Catone, Donato o ver Gualtieri.

V. RimediP. Tedaldi, Florence, 1885, sonn. XVIII, p. 51. Et cf. ma note dans Le Moyen Age, IV, 1891, p. 185.

1. Cf. Noiic, et Exlr. de quelques mss. de U Bibl. NaI,, Paris, 1892, t. IV, p. 306 suiv. Après avoir donné une description assez sommaire du ms. Iat.l5, 155, voilà tout ce qu*il dit sur le sujet qui nous intéresse :« Au même feuillet : Georgicorum Galteri de Caslellione. Ce titre est-il exact? Aucun bibliographe, ancien ou moderne, ne donne des Géorgiques à Gautier de Châtillon, et vainement nous avons recherché quelque manuscrit de ce poème, avec ou sans son nom. Les vers que nous en avons ici sont donc peut-être les seuls qui subsistent. C'est pourquoi nous allons en transcrire quelques-uns, les meilleurs. [Il transcrit, en effet, ici les vers 22-23, 43, 60, 70, 74, 75 de notre Appendice], Ces vers, quoique les meilleurs de l'extrait, ne rappellent aucunement ceux de VA lexandréide. Mais sont-ils vraiment de Gautier? Nous en doutons. Pour parler sans détour ni réserve, nous croyons que le copiste s'est trompé, et que Gautier n'est pour rien dans ces Géorgiques dont f>ersonne n'a parlé si ce n'est lui. »

2. Aumilieude ce fatras on peut glaner toutefois des renseignements fort utiles; tels ceux communiqués par M. Thurot à la Revue critique, 1870, p. 123 : cf. Hauréau in Not. et Extr. t. XXIX, p. 295 suiv. Il faudrait examiner avec attention tous les commentaires, dont VA lexandréide a été l'objet; mais ce serait un rude travail à faire, car les mss. du poème, qu'on lisait, comme tout le monde sait, dans les écoles, sont très nombreux et presque tous présentent des notes et des éclaircissements. « Des dix-neuf exemplaires qu'a de ce poème la Bibliothèque Nationale, il n'en est pas un qui ne soit plus ou moins rempli de ces notes, ou marginales ou interlinéaires » ; écrivait Legrand d'Aussy dans sa notice sur VAlexandréide {Xol. et Entr, des fhss. t. V, p. 104). Un spécimen très remarquable de ces mss. glosés, a été donné par M. P. Meyer dans les Héliogravures de

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