UN POÈME INCONKU DE GAUTIEK DE CHATILLON
Les extraits des Georgica Gat/en sont précédés, dans le Florilège parisien, parle premier vers de l*épigramme que le poète avait composé en son nom. On peut sans hésiter (il nous semble) déduire de cela que cet épigramme avait sa place à la tête des Géorgiqaes^ dans Texemplaire utilisé par le rédacteur de lanthologie ; tout comme dans les manuscrits des ouvrages de Virgile on trouve bien des fois, en tête de Ti^n^ic/e, Tépigramme Mantua me genuit ouïes vers fort connus Ille ego qui. Les vers 2 et 3 dérivent évidemment de l'invocation du poème, car lauteur y supplie le Christ, qu'il appelle << le plus grand des laboureurs » {praecelsus colonus), à favoriser le laboureur qui met toute sa confiance en lui, et s'excuse, peut-être, d'écrire des choses vulgaires, en faisant remarquer que c'est au vulgaire qu'il s'adresse. Les vers 4,5-6, semblent indiquer que toutefois il ne voulait pas dévoiler ses secrets à des auditeurs qui n'étaient pas dignes de les connaître. Avec les vers 7, 8, 9, nous sommes transportés déjà in médias res : on y traite de la nature des terrains et des semailles. Est-ce métaphoriquement que, au vers 13, on parle de la charrue? Quoi qu'il en soit, le vers suivant présente des mots adressés par un laboureur à ses bœufs... Malheureusement le fil très mince, que nous avons eu jusqu'ici entre les doigts, se brise tout à coup... Il y a bien encore par-ci par-là des fragments, où il est question de grains (v. 33), de fruits (v. 47), des boissons (v. 72), d'observations météorologiques (v. 80), de réflexions sur la pauvreté heureuse (v. 59) et les devoirs des pâtres vis-à-vis de leurs troupeaux (v. 83-84). Mais tout cela est fort décousu et ne mène à rien!
Les débris des Géorgiques de Gautier peuvent donc être comparés à ces cailloux multicolores qu'on trouve bien des fois dans les décombres des anciens édifices. Ces petites pierres, régulièment taillées, ont servi autrefois aux maîtres mosaïstes pour former des entrelacs capricieux et charmants, devenue méconnaissables. Les archéologues recueillent tout de même ces pauvres restes éparpillés. Pourquoi n'aurions-nous fait tout autant, nous, les archéologues de la littérature, pour ces fragments d'un ouvrage du plus grand poète français du xu® siècle?
François Novati.
MéUngeê Pàul Fubre. 18
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